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Le Réseau Culture et Foi
Claude Giasson

 

Deux symboles

 Au mois de mars 1995, le Réseau Culture et Foi était en pleine gestation. Lors d’une rencontre préliminaire, chez les moniales dominicaines de Berthier, le conférencier invité était un théologien que vous avez tous connu : André Naud de regrettée mémoire. Et sa communication portait sur les divorcés remariés dans l’Église catholique.

À mes yeux, et le conférencier et le thème sont d’extraordinaires symboles pour le Réseau Culture et Foi.

André Naud, je le vois comme le défenseur courageux, rigoureux, infatigable des droits fondamentaux de l’intelligence croyante aussi bien chez le laïc que chez le clerc. Nous avons le droit et le devoir de penser par nous-mêmes, d’exercer notre jugement critique, de ne pas renoncer à ce qui fait notre dignité d’homme et de femme, même devant les autorités les plus hautes.

Trois livres clefs : Le magistère incertain en 87, Un aggiornamento et son éclipse. La liberté de pensée dans la foi et dans l’Église en 96, et le troisième, Les dogmes et le respect de l’intelligence qui sortait des presses au moment de sa mort en 2002 et qui est comme une sorte de testament.

Dans ce dernier livre, André Naud dialogue avec une femme, Simone Weill, une juive qui ne deviendra jamais officiellement chrétienne. Et donc, évidemment, avec une laïque. Et il va si loin dans le respect et l’écoute, qu’il est reconnaissant à Simone Weill de lui avoir apporté une libération intérieure. Il s’inspire même de ses conseils pour recommander à l’Église une tout autre attitude face aux dogmes, par respect pour l’intelligence croyante.

Quel grand exemple de liberté intérieure dans la foi, et quel immense courage dans la prise de parole.

Quant au thème de sa conférence à Berthier, Les divorcés remariés…, n’est-ce pas un exemple typique, parmi tant d’autres, où l’Église est incapable d’entendre ce que les croyants de la base, clercs et laïcs, peuvent avoir à dire tant sur l’eucharistie, que sur le mariage… En ce lieu de rupture, de blocage de la communication, André Naud allait très loin pour remettre les décisions là-dessus à la conscience éclairée des personnes directement concernées.

Le Réseau Culture et Foi

Essentiellement, le Réseau Culture et Foi est un lieu de rencontre pour des croyants particulièrement sensibilisés au fait que le message libérateur de l’évangile arrive difficilement au monde moderne à travers l’institution Église. Ces croyants veulent comprendre et travailler à transformer cette situation.

D’un côté, ils sont immergés dans la culture moderne et post-moderne. Cette culture, ils l’apprécient, ils n’acceptent pas de la démoniser a priori. Ils veulent surtout découvrir les éléments positifs, les sentiers qui leur semblent entr’ouverts par l’Esprit… (Par exemple une sensibilité nouvelle aux inégalités sociales à l’échelle de la planète, à la responsabilités des pays riches. Par exemple encore la recherche d’égalité hommes-femmes…)

D’un autre côté, ils ont vécu des structures d’oppression anti-évangéliques dans leur Église. Ils en voient qui se perpétuent et s’appesantissent. Ces structures d’oppression, ils sentent l’urgence qu’elles soient dénoncées. Une sorte d’appel à la conversion dans l’Église, un appel pour que le message évangélique rayonne… Ne pas tout canoniser indifféremment, ne pas mettre les traditions multiples sur le même pied que la Tradition fondamentale… Respecter les champs de liberté…

Donc le Réseau Culture et Foi est un milieu où des croyants de la base, clercs mais surtout laïcs, se rencontrent pour une prise de parole libre et responsable à partir de leur foi. Et du même coup, un milieu qui veut pratiquer une écoute respectueuse de cette parole libre et responsable.

Sans développer, mentionnons que, pour nourrir ses démarches critiques, le Réseau a eu recours depuis des années et continuera d’avoir recours aux chercheurs de notre milieu : théologiens, sociologues, analystes divers…

À un autre niveau, pour fonder la foi de ses membres, le Réseau cherche un retour aux textes bibliques, un retour qui les actualise, qui les inculture pour nous hommes et femmes du XXIe siècle. Grâce à Hélène Chénier, une démarche importante a été accomplie avec le bibliste Jean Bacon depuis quelques années.

Le Réseau a aussi suscité des événements liturgiques renouvelés et signifiants, avec de forts moments de réécriture des textes et de relecture. À nouveau grâce à Hélène, à Richard Guimond, à Jean Bacon, à Marguerite Denhez-Zeitouni et à des personnes invitées de l’extérieur.

Au début, chez les fondateurs, il y avait le rêve d’un réseau de petits groupes à l’échelle de la province, avec de nombreux membres en-deçà des 50 ans. La réalité en est loin. La grande majorité de nos membres sont dans la région de Montréal avec une bonne équipe à Ottawa-Hull et des individus épars ici et là (Granby, Sherbrooke, Québec…). Et la moyenne d’âge dépasse les 50 ans!!!

Mais il y a eu surprise avec le site web du Réseau. Notre effort d’une parole libre et responsable rayonne à travers la Province. Elle rejoint même les réseaux parallèles à travers le monde. Nous nous rendons mutuellement présents pour notre réconfort et pour une efficacité multipliée…

Souffrances en Église

Je dirais que la principale souffrance vient de l’hypercentralisation : un pouvoir suprême qui veut tout contrôler, tout décider, tout uniformiser. On ne fait pas suffisamment confiance à l’Esprit pour accorder un réel pouvoir, de vraies responsabilités aux conférences épiscopales, pour accorder un réel pouvoir décisionnel aux synodes des évêques, pour vivre à tous les niveaux une réelle subsidiarité. Faire confiance en l’Esprit pour qu’il assiste chacun dans son domaine propre et qu’il suscite des initiatives originales, créatrices, parlantes pour les diverses populations.

Surtout, on ne fait pas suffisamment confiance à l’Esprit pour croire que les laïcs puisse exercer un pouvoir décisionnel quelconque, puisse collaborer efficacement au processus créatif en Église. On est terriblement frileux, terriblement apeuré par la différence. On a peur des initiatives et prises de position qui viendraient vraiment de la base en divers domaines et qui seraient vraiment acculturées: liturgie, morale sexuelle, ministères des femmes… Tout doit descendre du haut de la pyramide.

Le résultat : aucun stimulant aux divers niveaux, un immobilisme face à des problèmes essentiels…

Notre espérance.

Une prise de conscience à travers le monde s’exprime chez certains cardinaux, chez certains évêques, chez des prêtres et des laïcs. On voit que cette hypercentralisation fait problème, qu’elle est un frein à tout véritable renouveau. On commence à revendiquer… Et par ailleurs, à la base, des initiatives tout bonnement surgissent et se répandent. Un exemple :  les « repas de fraternité » autour de Georges Convert et autres…

Mais que de travail à faire avant que ça change!

 

 

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