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Ses 35 ans d’existence
Le
Centre de pastorale en milieu ouvrier (CPMO) est
un organisme qui aura 35 ans en 2005. À l’origine,
le CPMO a été mis sur pied pour répondre à une
demande et un besoin des prêtres et
religieux-euses impliqués dans le mouvement
ouvrier, particulièrement au sein des mouvements
d’action catholique ouvrière. Au début des année
’70, suite au Concile Vatican II, ils voulaient
refaire leur théologie et relire leur expérience
de foi vécue à partir de leurs engagements et en
solidarité avec la mouvance sociale qui
travaillait le Québec à cette époque. Ils
voulaient se donner un lieu de formation conforme
à leur option en faveur de la classe ouvrière et
populaire. Ce besoin a été vite exprimé par des
militantes et militants laÏcs impliqués au nom de
leur foi dans les mouvements d’action catholique
et d’autres groupes populaires. Depuis, le CPMO a
évolué et ne rejoint plus seulement des
religieux-euses, des prêtres ou des laïcs
chrétiens-nes engagés socialement, mais un
ensemble de personnes appartenant à différents
milieux, surtout communautaires, c’est-à-dire des
milieux qui s’enracinent dans un mouvement de
transformation sociale. C’est pourquoi le CPMO
fonctionne maintenant sous le nom officieux de
Carrefour
d’engagement, de ressourcement et de formation.
Son
approche d’éducation populaire autonome
Le
CPMO se définit d’abord comme un organisme
d’éducation populaire autonome. C’est important de
le situer au point de départ, car la définition de
l’éducation populaire autonome dans laquelle le
CPMO se reconnaît identifie clairement son
approche. L’éducation populaire autonome c’est un
ensemble d’activités; qui permet aux personnes de
prendre conscience de leurs conditions de vie, de
leurs conditions de travail, de leur condition
sociale; qui permet de découvrir ensemble leurs
capacités individuelles et collectives; et qui
permet de travailler à transformer ces situations,
pour elles, pour la société et pour l’ensemble de
l’humanité. Cette approche est donc une
caractéristique fondamentale du travail du CPMO.
Ses options de fonds
Le
CPMO est un organisme à portée nationale voué à la
transformation permanente de la société québécoise
dans une perspective de justice sociale et de
respect de la dignité des personnes. Après 35 ans
d’histoire, le CPMO a voulu redire sa mission pour
aujourd’hui.
Tout d’abord, la compréhension de son identité
chrétienne rend le CPMO particulièrement sensible
à des valeurs telles que la dignité humaine, la
justice, la solidarité, la liberté, l’égalité
hommes-femmes et la non-violence. Ces valeurs sont
appliquées dans tous ses champs d’analyse, au
niveau ecclésial, social, politique, économique,
communautaire.
Sa
visée
Le
CPMO poursuit sa visée principalement par les
moyens suivants : par le partage des analyses,
faites en relation avec le milieu, sur la
situation de la société québécoise, les conditions
de la démocratie, et les pistes d’avenir
envisagées. Ce partage se fait avec d’autres
réseaux communautaires qui se situent dans la même
dynamique et portent des objectifs semblables
(réseaux des groupes de femmes, des groupes de
défense collective des droits, réseaux intervenant
dans différents champs tels immigration, santé et
services sociaux, éducation populaire autonome,…),
bref avec tout le mouvement de transformation
sociale qui vise plus de justice; aussi par sa
fonction de rassemblement, que lui reconnaissent,
entre autres, bon nombre de chrétiens et
chrétiennes engagés socialement; enfin, en
suscitant la participation de ses membres à des
initiatives du mouvement populaire et le soutien
qu’il est en mesure d’apporter à des groupes au
niveau de l’orientation, la mobilisation, la
participation et la réflexion. Le CPMO poursuit
cet objectif en solidarité avec les chrétiens et
chrétiennes solidaires des milieux populaires, les
militants et les militantes cherchant à nourrir
leurs motivations et leur recherche de sens et les
gens ouverts à mieux comprendre et transformer un
système qui crée l’exclusion, principalement
regroupés par des organismes populaires.
Ses
activités
Le
CPMO offre des sessions de formation qui intègrent
la démarche d’éducation populaire autonome et de
conscientisation qui vise à mettre les personnes
en action en faveur du changement social pour un
monde plus juste. Vous pouvez explorer et mieux
connaître le contenu des sessions que nous offrons
en consultant
notre site internet. Les thèmes abordés sont les
suivants :
-
Immigration.
Vivre ensemble tout en étant d’origines
diverses, pour explorer les valeurs à découvrir
et à mettre ensemble, mais aussi pour bâtir une
société plus juste et mettre fin aux préjugés;
-
Des droits et des luttes,
qui explore les notions de droit, du
fonctionnement de nos processus démocratiques et
de la responsabilité citoyenne dans les luttes
pour la reconnaissance des droits;
-
Initiation à l’analyse sociale,
pour apprendre à identifier les causes des
inégalités et de l’exclusion sociale pour une
action qui permet de vrais changements;
-
Mondialisation des marchés
pour mieux comprendre la mondialisation
néolibérale, sa logique, ses outils
d’implantation, ses conséquences et les efforts
pour y résister;
-
Le Droit à la santé n’est pas une
marchandise,
pour mieux comprendre les valeurs qui
sous-tendent notre système de santé, les enjeux
de la privatisation et les actions pour
l’empêcher;
-
Pour une foi qui change le monde,
pour permettre d’établir des liens entre la foi
chrétienne et l’engagement social pour la
justice tout en réfléchissant à l’exercice du
pouvoir dans la société actuelle et voir comment
il est possible de l’exercer de manière juste et
respectueuse des personnes;
-
Souffle et militance,
qui reprend la même démarche que la précédente,
mais qui fait le lien avec diverses
spiritualités et l’engagement social pouvant
ainsi rejoindre des personnes de diverses
traditions religieuses ou humanistes;
-
Et bientôt, Bien commun et mondialisation
pour approfondir davantage les enjeux liés à la
mondialisation néolibérale et ses impacts sur le
Bien Commun.
L’an dernier, nous avons revu les contenus de nos
sessions pour y donner un espace explicite aux
questions de sens et de valeurs. Les résultats de
notre enquête sur le sens de l’engagement social
chez les 20-45 ans, dont le rapport s’intitule
De l’indignation à l’espérance, nous ont
amenés à explorer davantage cet espace de sens et
de valeurs et de l’intégrer comme partie prenante
de nos démarches de formation. Dans les
organismes populaires qui font appel au CPMO, il y
a des personnes qui se reconnaissent de tradition
chrétienne, de traditions religieuses autres, de
tradition humaniste ou qui ne se réclament ou
identifient à aucune tradition, mais qui sont
motivés profondément par la dimension spirituelle
et qui ont besoin d’être alimentées.
Nous soutenons aussi des activités de
rassemblement, de ressourcement, pour les
chrétiennes et chrétiens engagés socialement qui
résident dans la grande région de Montréal. Ces
rencontres sont appelées Rencontres du
Carrefour Montréal. Quatre fois par année, des
chrétiens et chrétiennes engagés, solidaires des
milieux populaires ou de causes pour la justice,
se rencontrent pour célébrer, exprimer
collectivement leur foi enracinée dans le vécu. De
plus, nous organisons un 24 heures de
ressourcement pour les enfants. Les familles
ayant des enfants et qui viennent aux Carrefours
Montréal, organisent, une fois par année, un camp
pour partager la dimension spirituelle avec les
enfants, en lien avec l’engagement social.
Nous avons aussi une petite collection qui
s’appelle « Déclic ». À coût minime et dans un
langage accessible, ce sont de petits ouvrages de
vulgarisation bibliques qui permettent d’approcher
différentes thématiques. Par ailleurs, depuis
quelques années, nous organisons des lectures
publiques de la nouvelle traduction de la Bible.
Cette activité permet aux personnes participantes
de s’approprier, découvrir ou redécouvrir des
textes qui, souvent écoutés avec habitude ou jugés
trop vétustes, peuvent supporter notre recherche
de sens dans les défis et les questions soulevées
aujourd’hui. Ils se veulent une occasion d’entrer
en contact avec les fruits de vaste chantier que
fut cette nouvelle traduction et d’en percevoir
toute la richesse.
Ses
souffrances par rapport à l’Église
Au
moment d’aborder nos souffrances par rapport à
l’Église, il est heureux d’intervenir après les
autres qui ont pris la parole. Nous souscrivons à
plusieurs souffrances déjà mentionnées par les
personnes qui nous ont précédés. Parmi celles-ci,
la rigidité de l’Institution et de l’épiscopat est
très importante.
Précisons tout d’abord que le CPMO n’est pas un
organisme rattaché à l’Église, ni un organisme
reconnu par l’Église, même si cela fait
trente-cinq ans que nous intervenons entre autre
dans le diocèse de Montréal. Mais
il se veut et se sent d’Église au sens
évangélique du terme. Chez nous, l’approche
d’éducation populaire autonome et l’approche
d’éducation de la foi sont apparentées et
s’enracinent dans un même mouvement de libération.
C’est une question de cohérence et de fidélité.
Alors, quand on parle de développer un esprit
critique dans les dimensions sociales, politiques
et économiques pour agir ensemble contre ce qui
tue la vie, on en parle aussi au niveau de la foi.
Quand on porte comme options de fond le respect de
la dignité de chaque être humain et de la
création, la justice, la solidarité, la liberté,
la non-violence, l’égalité femmes-hommes, la
démocratie, on transporte ces mêmes options dans
la relecture de la radicalité du message
évangélique et de l’organisation ecclésiale. On
favorise donc une éducation de la foi qui
s’inscrit dans une dynamique d’éducation
libératrice et non pas intégratrice aux systèmes
qui créent l’exclusion, l’oppression,
l’exploitation et l’aliénation.
Actuellement, l’orientation de la démarche
d’éducation de la foi et de la catéchèse de
l’institution ecclésiale se fait de plus en plus
dans une perspective intégratrice. Pour faire
passer des contenus, on utilise de nouvelles
méthodes, des vidéos, de nouveaux programmes, mais
en autant que cela demeure dans le schéma de
l’Église institutionnelle avec peu d’espace pour
contester sa structure, son organisation et sa
pensée officielle. Par exemple, dans un diocèse, à
la fin de la cérémonie de lancement de la nouvelle
démarche d’éducation de la foi, les agents de
pastorale étaient invités à se passer la crosse de
l’évêque en signe de fidélité et d’unité avec leur
évêque. Pourtant la démarche catéchétique proposé
comporte des intuitions intéressantes Mais il y a
des symboles qui traduisent un système qui veut
contenir et tout contrôler. Ce qui empêche la vie
de jaillir.
Quand nous intervenons dans les milieux
populaires, nous n’entendons pas beaucoup un rejet
de la foi catholique, ou
chrétienne… Mais on y fait une association
entre foi chrétienne et Église catholique
institution. C’est cette Église institution « contrôlante »,
loin de leur vie et des débats qu’ils mènent au
quotidien, que les gens ignorent ou rejettent de
plus en plus. Ils n’ont pas quitté l’Église. C’est
l’Église qui a quitté leur vie, les a abandonnés
et s’est refermée sur elle. Ça ne veut pas dire
qu’ils rejettent
l’inspiration libératrice de l’Évangile. Au
contraire, quand on commence à parler des valeurs
qu’on retrouve dans l’Évangile et qu’ils
partagent, les gens font des liens avec ce qui les
anime au plus profond d’eux même et se sentent
très proches de cette inspiration-là.
Avec l’Église, il y a une espèce d’incohérence
entre la parole et les gestes, le discours et les
actions. Rappelons-nous. Lors des marches pour la
paix à l’hiver 2003, avec un froid à fendre la
pierre, 250,000 personnes (enfants, jeunes,
familles, personnes âgées,…) sont descendues dans
les rues à Montréal pour crier Non à la guerre!
De son côté, l’évêque invitait les chrétiens à une
soirée de prière à la cathédrale. Il aurait été
intéressant qu’on nous montre que « marcher avec »
est une prière. Sur la question du mariage entre
personnes de même sexe, le discours des évêques et
des prêtres dans les églises invitait à manifester
clairement et ouvertement notre opposition. Encore
là, on nous dictait qu’être chrétien supposait une
seule ligne de pensée à laquelle il fallait
adhérer. On a eu la marche du 1er Mai,
sous le thème « En colère, mais solidaires » qui
réunissait quelques 100 000 personnes membres des
organisations syndicales, des groupes populaires,
des groupes de femmes, des groupes de jeunes, etc.
Oui, cette manifestation se voulait une
contestation ouverte des politiques néolibérales
du Gouvernement Charest qui vont engendrer
iniquité et injustice. À l’ouverture de la marche,
il y avait les représentants et représentantes des
mouvements sociaux. Mais, il y avait une grande
absente. À l’occasion de ce même 1er
mai, les évêques du Québec, comme à chaque année,
ont pourtant publié une déclaration d’inspiration
intéressante. Mais l’Église n’était pas
« avec », dans la mouvance. Probablement parce
qu’y être obligerait à
une cohérence à laquelle elle résiste en se
réfugiant derrière une interprétation de
l’Évangile et de la tradition chrétienne qu’elle
est en mesure de contrôler et qui ne dérange pas
beaucoup. C’est comme si elle était seule en
mesure de savoir de quel côté souffle l’Esprit et
que cela se passe uniquement à l’intérieur de ses
murs.
Ses
sources d’espérance
Au
CPMO, il est clair que notre mission n’est pas de
travailler à faire changer l’Église institution.
Nous n’avons pas le goût, ni les énergies, ni les
ressources pour le faire. Ceci n’exclut pas
cependant certaines collaborations ponctuelles qui
se situent dans le sens de nos objectifs.
Ce
qui est source d’espérance, c’est que dans les
milieux qu’on rencontre, la dimension spirituelle
est présente. Quand on parle de la dimension
spirituelle, on parle de ce qui donne du souffle,
de ce qui anime profondément les gens qui sont
dans ces mouvances de création d’une Terre de
justice, d’amour et de paix, en recherche
constante de sens. Les gens sont en recherche de
lieux ou d’espaces pour s’appuyer et s’entraider
dans cette recherche. Ils n’ont plus de place pour
parler de cela. Certains se créent et se donnent
des lieux pour le faire. Ça c’est inspirant,
dynamisant.
Dans cette dimension spirituelle, on y retrouve le
lien entre foi et enracinement concret dans
l’engagement pour la justice sociale et pour la
paix. C’est dans ce creuset qu’on peut aborder
réellement la dimension œcuménique ou de l’interspiritualité.
C’est pourquoi le CPMO a choisi de s’allier au
Réseau Œcuménique Justice et Paix (ROJeP).
Sur
notre propre base, nous vous avons parlé
plus tôt de la session Souffle et militance.
À l’intérieur de cette session, nous n’avons pas
évacué la dimension chrétienne. Nous avons intégré
d’autres inspirations spirituelles religieuses ou
non, comme l’inspiration humaniste. Est-ce que ce
qui constitue le fondement de la spiritualité est
une chose qui n’appartient qu’aux
chrétiens? Est-ce que ce qui se trouve au cœur de
cette démarche spirituelle ne pourrait être un
lieu de rencontre que le CPMO peut investir pour
le redynamiser, aider à le découvrir, et lui
permettre de s’exercer en action? Nous sommes donc
sur un terrain de recherche et d’expérimentation,
d’espérance et de vie. Ce sont des pistes de
travail qui ne se veulent pas déracinées, mais
bien incarnées dans notre monde et notre temps.
Comme chrétiens et chrétiennes, nous aimons
entendre des prises de position claires sur les
enjeux qui travaillent notre Terre et pas
seulement sur les enjeux concernant l’avenir ou la
pertinence de l’Église.
Centre de pastorale en milieu ouvrier -- CPMO
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