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Foi et culture en dialogue : la présentation du thème
Marco Veilleux



Madame Chénier m’a demandé, au début de cette journée, de lancer quelques idées, en vrac, sur le dialogue foi/culture. Je le fais volontiers et de manière bien simple, à partir de ma réflexion personnelle de croyant.

Pour faire vite, je dirais que, pour moi, la culture, c’est le monde. Le monde dans lequel je vis, le monde auquel j’appartiens. Le monde que j’habite et qui m’habite. Le monde fait de grandeurs et de misères.

Je ne vois pas comment l’on pourrait prétendre vivre sa foi en dehors d’un dialogue constant avec la culture. Je ne vois pas comment l’on peut définir sa foi en faisant abstraction du monde. Nous ne sommes pas des anges, des purs esprits. Nous sommes des « êtres-au-monde ». Des sujets incarnés dans l’espace et le temps; dans l’histoire.

Mais ce dialogue entre la foi et la culture est toujours un dialogue critique. C’est pourquoi, pour ma part, j’évite de plus en plus de dire que la foi doit « s’adapter » au monde.

La foi ne doit pas « s’adapter », au sens de se modeler bêtement sur l’esprit du temps. La foi est une instance critique dans le monde et elle doit le demeurer. Elle le remet en question. Elle bouleverse parfois l’ordre établi, renverse les idoles mondaines et sape les idéologies que la culture ambiante nous impose comme des absolus.

Mais l’inverse est aussi vrai. Nous ne devons jamais l’oublier. Une foi vivante se doit d’entendre les interpellations légitimes du monde. Elle doit se laisser interroger, confronter et réformer par ce qu’il y a d’authentique dans la culture moderne. C’est le propos de notre journée.

Pourquoi la foi doit se laisser interroger? Parce que la foi n’est jamais pure. Elle charrie elle-même un ordre établi. Elle se mélange à des idéologies qu’elle donne pour des absolus. Elle risque toujours de se laisser aller à l’idolâtrie. Elle peut, à tout moment, sombrer dans le pharisaïsme.

C’est ainsi que certains croyants finissent par s’emmurer dans leur foi comme dans une citadelle dogmatique et morale à partir de laquelle ils méprisent le monde, se ferment aux mouvements de la culture et tentent de se soustraire à la complexité sociale.

Or, en vertu du mystère de l’Incarnation qui est au cœur de la foi chrétienne, je crois que les véritables disciples du Christ ne peuvent jamais mépriser le monde. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils » (Jn 3, 16), nous dit l’Évangile. C’est dans « ce » monde qu’il s’est incarné. C’est dans « ce » monde, « notre » monde qu’il poursuit, avec nous, son œuvre de salut.

Le dialogue foi/culture est donc, selon moi, un continuel travail de discernement critique en vue de lire les signes des temps et, ainsi, de s’engager autant dans la transformation du monde que dans la conversion et l’approfondissement de notre foi à travers celui-ci.

L’un ne va pas sans l’autre. Foi et culture s’interpénètrent tout le temps et sont continuellement en interaction.

C’est donc dire que le monde a une signification théologique. Il a une signification pour la foi. Il est le « lieu » de la foi en situation. Le lieu de la femme et de l’homme croyants, qui ne sont jamais des êtres abstraits, qui sont toujours situés dans une culture, dans une histoire nationale, dans un contexte social, politique et économique particulier et spécifique.

C’est pourquoi il est si important qu’avec les conférenciers et les conférencières de ce jour, nous nous mettions à la tâche de discerner, dans le monde de ce temps et dans cette culture qui est la nôtre, les défis qui se posent à notre foi.

En ce 30 avril, nous célébrons la mémoire liturgique de la bienheureuse Marie de l’Incarnation, mère de l’Église d’ici. Puisse celle qui a su si bien « incarner » sa foi dans un nouveau monde et une culture nouvelle, nous inspirer par son exemple et son génie.

 

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