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L'Association des religieuses pour la promotion des femmes
Marie-Paule Lebel


L’Association des religieuses pour la promotion des femmes a 25 ans d’existence et à peu près 150 membres à travers le Québec. Elle déborde aussi un petit peu sur le Nouveau-Brunswick. Elle a été créée parce que des religieuses ont pris conscience de leur être de femme et ont voulu créer des groupes de réflexion, de solidarité et d’action féministe. Les membres appartiennent donc à différentes congrégations religieuses. Comme femmes, en alliance avec d’autres réseaux, nous voulons poursuivre un processus de conscientisation au vécu d’oppression des femmes, participer à l’avènement de rapports égalitaires entre les femmes et les hommes et contribuer à bâtir une société et une Église où la dignité, l’égalité et l’autonomie des femmes sont reconnues et respectées.

Nous avons toujours des programmes d’action. Depuis 2001, notre programme d’action vise surtout, dans nos engagements, à travailler contre la pauvreté et la violence, à œuvrer aussi pour des rapports égalitaires et pour l’intégrité de la planète, en travaillant dans le sens de l’écoféminisme, mouvement de justice sociale qui reconnaît les liens historiques entre la domination exercée sur les femmes et l’usage abusif de la nature. L’écoféminisme est une dimension importante de notre réflexion et de notre engagement. Et bravo à ce groupe de congrégations qui s’élèvent contre le Suroît actuellement, même si on dit que les congrégations religieuses n’ont pas la compétence pour ça et feraient mieux de se taire (bien sûr) !

Souffrances en Église

C’est à travers tout ça que nous faisons route avec d’autres. Bien sûr, des souffrances ont été nommées. Je dis « bien sûr », car justement, il y a dans l’Église cette exclusion par l’institution de 50 pour cent de ses membres à travers le monde. Quelle perception de notre être de femme l’Église institution nous renvoie régulièrement… On se dit : c’est vrai, l’Église institution, ce n’est pas toute la vie, mais en tant que femme, on se sent drôlement tassée, ridiculisée et mise au second plan. Je ne sais pas si c’est ce qui amène les groupes au Centre Saint-Pierre aux rencontres sur l’estime de soi ! En tout cas, il faut toujours avoir du courage pour relever la tête et dire : écoutez, les femmes, on a la même dignité que les hommes, on est baptisées, comme eux, on a le même pouvoir qu’eux. Mais quand on entre dans tout le système institutionnel, on est tassées. On ne partage pas la même table.

En tant que religieuses, une autre dimension de ce pouvoir-là, on l’expérimente aussi à travers des luttes de justice, même dans l’Église. Je regarde par exemple l’engagement des religieuses pour les MAC : les mouvements d’action catholique. Actuellement, il y a encore une lutte de pouvoir, mais avec un effet économique, parce que les évêques voudraient gérer entièrement les sommes que les communautés religieuses ont données pour les mouvements d’action catholique. C’est une souffrance terrible. Parce qu’ils voudraient encore avoir le gros bout du bâton et nous tasser comme bailleurs de fonds, point à la ligne. Et, justement, les congrégations religieuses féminines sont très engagées dans ça. Eh bien nous avons encore un os à gruger, parce que les résistances et les obstacles sont toujours là. Même après notre dernière rencontre, il y a moins d’un an.

Aussi par rapport à notre cher clergé : la Conférence religieuse canadienne, qui s’éclate, et pas pour le meilleur. Encore là, les congrégations religieuses féminines, particulièrement au Québec, qui forment la grande majorité de cette association, savent leur pouvoir, je dirais, en termes d’interventions de justice auprès des marginalisés de notre population du Québec. Notre chère CRC, de tendance fédéraliste bien sûr, à l’image de l’Église, veut garder un modèle symétrique de gouvernement, alors que la grande majorité des gens sont au Québec,que l’argent vient du Québec, et que l’input prophétique, je dirais, vient aussi du Québec. Et voilà ! Alors on se bat pour avoir un modèle asymétrique à l’intérieur de notre Conférence religieuse canadienne. Bien, allez y voir. On a encore une assemblée prochainement. On a besoin de se relever les manches.

Mais, au fait, c’est que la représentation de ce que nous sommes n’est pas là non plus. C’est une espèce de tic d’Église qui fait que les Églises locales ne sont pas reconnues, les organisations locales ne sont pas reconnues, les aspirations locales ne sont pas reconnues. Alors, il faudrait passer de l’Église de Rome à l’Église de Jérusalem, en termes symboliques de reconnaissance des Églises locales.

Il y a aussi… Nous avons partagé avec Femmes et ministères, l’idéal, le vent qui soufflait avec le Virage 2000. L’ARPF était là, l’ARPF a partagé les espoirs, mais, malheureusement, à notre dernière réunion, l’année dernière, avec une belle déclaration, nous avons expérimenté ce qui a été nommé déjà, l’essoufflement des femmes et, je dirais, le manque de courage à se solidariser pour des causes qui amènent la marginalisation. Donc, il y a une souffrance entre nous en Église, de ne pas pouvoir vivre solidairement jusqu’au bout. Les divergences à l’intérieur de nos réseaux font aussi qu’on ne sait pas faire Église. On ne sait pas faire Église à notre propre niveau. Alors ce partenariat est parfois difficile à vivre.

Sources d'espérance

En termes d’espérance, eh bien, justement, il y a des réseaux qui existent, où nous reconnaissons que, hommes et femmes, nous pouvons être de regard à regard. Dans les réseaux. Mais quand il s’agit de poser, assez souvent, des affirmations concrètes, eh bien là on refuse. On dit : l’Église, ce n’est pas l’institution. D’accord, mais à un moment donné il y aurait des paroles à dire. Pour nous, il s’agit de faire route avec des disciples, hommes et femmes, bien sûr, mais l’Association des religieuses pour la promotion des femmes met actuellement son accent et son espérance sur les mouvements de femmes à travers le monde. Nous partageons de très près toute la démarche de la Fédération des femmes du Québec. Nous sommes directement impliquées dans l’organisation de la Marche mondiale des femmes, qui aura lieu en 2005, et dans l’élaboration d’une charte des femmes pour l’humanité qui sera proclamée en 2005. Donc, là-dedans, nous mettons nos énergies, nous mettons aussi de l’espoir, parce que ce sont des choses qui font leur chemin, non seulement au Québec, mais aussi à travers le monde, et ça nous fait vivre une très grande solidarité.

Notre souci c’est de bâtir des rapports égalitaires, des rapports de justice, qui doivent préci­sément se débattre aussi sur un plan politique, et il faut être là. Actuellement l’ARPF parti­cipe aussi à un grand mouvement de sensibilisation pour tout ce qui regarde la traite, la commercialisation du sexe, des femmes et des enfants à travers le monde. Il y a eu à Rome, il y a quelques années, une déclaration des supérieures majeures à ce propos-là, qui malheureusement n’a pas fait tout l’effet qu’elle aurait dû produire jusqu’à maintenant. Mais actuellement, nous nous attelons fermement à toute cette sensibilisation, pour faire jaillir des actions concrètes. Il y a un théâtre, le Théâtre Parminou, qui justement a bâti un scénario par rapport à ça, vous pouvez inviter le Théâtre Parminou, qui développe cette problématique de la traite des femmes et des enfants, qui devient un problème crucial à travers le monde. Crucial pour nous; mais pour les gens qui veulent faire des sous et de l’économie, ça devient presque la deuxième source d’économie de mondialisation actuellement à travers le monde. Alors, s’il vous plaît, ayons notre regard là-dessus. Voilà la passion de l’ARPF et ses espérances. Partez maintenant !

 

 

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