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J’ai
cru un temps que je devrais annuler ma
participation à ce panel.
Le temps est devenu
une denrée rare dans ma vie actuelle
—
Je suis à une semaine de déménager. Vous pouvez
imaginer la maison actuellement avec quatre garçons
(entre cinq et onze ans), les murs dénudés, les
boîtes empilées, et tout ce qui reste encore à
« paqueter » !
—
Je suis dans une relance récente de ma pratique
professionnelle comme psychologue après trois années
consacrées à un programme de maîtrise en théologie
pratique.
—
Et je suis en rédaction intensive du mémoire
d’ici la fin de l’été.
—
Sans compter que le mois de mai, peut-être parce
que c’est le mois de Marie, est fécond en réunions
de « fin d’année », et aux allures
eschatologiques ! En un mois nous sommes
transportés par la culpabilité à vouloir tout
compléter le plan d’action rêvé au retour des
vacances de l’été précédent. Comme l’idéal
fait affront à notre incarnation !!!
(Parlant
de la fécondité de Marie, ce n’est surtout pas
pour vous révéler une piété mariale bien
camouflée, mais pour vous dire que j’aime, à
la manière de plusieurs exégètes, la concevoir
dans sa réalité de mère d’une famille
nombreuse, au fils aîné parfois malcommode dans
ses radicalités. Fin de la parenthèse.)
Et le parole aux
jeunes ???
—
Dites-moi, est-ce que d’avoir 41 ans
c’est encore être jeune ?
—
Aussi paradoxal que ça puisse paraître, au cours
de cette année où j’ai été membre du C.A. du
Réseau Culture et Foi, je n’ai jamais autant réfléchi
sur la réalité de mon âge. Avec tout le respect
et l’affection que j’ai pour mes collègues,
j’en étais tout de même le plus jeune membre.
À certains égard, je pouvais jouir d’un
« statut particulier », en étant le
« jeunot » du groupe.
—
En même temps, une dissonance constante était là,
entre mes 41 ans et mon statut de jeunot.
—
Je crois que ça m’a bien servi à intégrer
mieux mon âge réel et à poursuivre le deuil
intime de l’illusion de l’éternelle jeunesse
et d’être « trans-générationnel ».
—
Alors je ne crois plus me qualifier pour être de
ce panel ! Alors bonne raison pour tirer ma révérence.
—
Mais je n’oserai pas, par respect pour mes amis
et mes engagements.
J’ai donc retrouvé
mes motivations à dire oui
—
Tout d’abord mon fils aîné, alors que nous préparons
le souper, me lance un soir : Papa, t’as
l’air d’un gars de trente ans ! Si
c’est ça, je devrais bien me faufiler au milieu
des « jeunes » du panel. (En même
temps, on dirait parfois que nos enfants ont le
tour de nous mettre en plein visage nos enjeux les
plus intimes !)
—
Mais en vérité, lors de nos réflexions de cette
année sur les perspectives d’avenir du réseau,
j’ai développé la conviction qu’il fallait
offrir des espaces pour que les jeunes expriment
qui ils sont, tels qu’ils sont et non comme nous
souhaiterions qu’ils nous ressemblent. En plus,
c’est par ce genre d’espace-parole que des
liens se tissent et que l’histoire prend de
nouvelles tournures, parfois inédites. C’est là
mon espérance. Je ne crois pas en l’avenir de
l’« institution » qu’on appelle Réseau
Culture et Foi mais dans le devenir des relations
et des affinités qui se tissent , bref, dans ce
qu’on appelle parfois les forces instituantes.
Voici donc ce que je
vous présenterai
—
Ma vision du monde par le biais de mes choix de
vie et de mes options.
—
Mon rapport au Christ de l’Évangile (donc ma
vie spirituelle).
—
Finalement, mes aspirations communautaires.
Pour
chacun de ces thèmes je ferai l’exercice de dégager
pour l’essentiel : D’où je viens ?
Où j’en suis ? À quoi j’aspire ?
Ma vision du monde (mes
choix de vie et mes options)
D’où je viens ?
J’ai toujours été un idéaliste pragmatique
—
Je me rappelle le regard perplexe d’un de mes
profs de psychologie à l’Université d’Ottawa
alors que je lui exprimais avec conviction que ma
motivation à faire ces études était que je
voulais ainsi changer le monde. J’ai donc
toujours été intéressé par tout ce qui
s’appelait processus de changement.
—
Au delà de mes idées de grandeur, je me suis
toujours engagé dans des lieux où je pouvais créer
et innover. Ma première école fut le scoutisme.
Je me suis toujours perçu comme un éclaireur, un
pionnier, bref quelqu’un qui sortait des
sentiers battus.
—
Tour à tour, je fondais avec des amis un groupe
de renouveau liturgique au diocèse, je
m’engageais dans une communauté laïque au nom
de « Fondations pour un monde nouveau »
et je réunissais un groupe
d’intervenants‑es chrétiens dans un
organisme qui s’appelait Alliance Innovation.
Bref, du neuf, du changement, de l’innovation.
Où j’en suis ?
L’action dans le réel a plus de valeur que le
discours
—
J’ai réalisé que malgré mes désirs et mes
connaissances sur le changement, il n’était pas
si facile à réaliser. Je me convertis donc au réel
lentement, avec la satisfaction trouvée dans la
simple action accomplie.
—
Les nombreux projets et engagements font
maintenant place à une priorité à la vie de
couple et à la vie familiale. Le projet
d’offrir à mes fils les meilleures conditions
pour qu’ils deviennent des hommes debout et
heureux me passionne dorénavant.
—
Ma vie de couple et la parfois difficile
croissance dans l’amour et la différence sont
devenues un lieu privilégié. Notre liberté,
notre complicité et notre capacité à nous vivre
en partenaires de vie me fait bénir ces 14 années
d’engagement, sans occulter les vents et marées
de notre relation.
—
Je trouve satisfaction aujourd’hui à faire le
maximum pour recycler et récupérer ce qui peut
l’être, pour ne pas être pris dans le cycle de
la consommation et à aller dans les magasins
uniquement lorsque j’ai un besoin, à envoyer
mes fils à l’école alternative et à m’y
investir. J’aime être dans un magasin et
m’arrêter sur l’origine du produit avant de
choisir de l’acheter. J’apprécie lorsque
j’ai le courage d’être vrai et authentique
avec mes proches, de ne pas tourner les situations
à mon avantage. J’aime assumer mes
responsabilités quand j’ai fait une erreur et
trouver des solutions à des problèmes plutôt
que de les laisser perdurer. Même si ça me coûte
des milliers de dollars pour réparer la piscine
creusée que j’avais mal entretenue. Et je
pourrais vous parler du café équitable, des légumes
biologiques que nous privilégions chez un
cultivateur de la région, de notre vieille
camionnette qui s’enrouille et que nous voulons
utiliser au maximum…
À quoi j’aspire ?
Comme un bois bien vieilli…
—
M’enraciner de plus en plus dans ma capacité à
choisir et prioriser le vrai , le bon et le beau.
Avec le plus de simplicité « volontaire ».
—
Il y a peut-être là ce qu’on appelle de
l’intégrité ou de la maturité.
—
Je veux poursuivre dans la veine d’assumer et
affirmer par des choix concrets mes options pour
certaines valeurs qui vont parfois à
contre-courant mais qui sont ce qui m’anime
foncièrement. Développer une résistance dans
les choix du quotidien à ce qui contrevient à la
dignité de la personne humaine.
—
Je suis devenu allergique à mes propres discours
aux revers idéalisants. Je veux avoir des gestes
qui parlent plus fort que mes paroles.
Mon rapport au Christ de
l’Évangile (ma vie spirituelle)
D’où je viens ?
Sujet bien intime que cette expérience
existentielle
—
Je soupçonne que nous avons tous vécus des
moments fondateurs de cette expérience intime.
Moi, ça remonte en 4e année. Un
cours de religion… je suis séduit par le
« Aimez-vous les uns les autres ».
—
De caractère plutôt introverti, j’ai toujours
eu une dominante orientée vers la vie intérieure
et l’expérience de la prière. Bien que
j’aime l’action, j’ai un côté plutôt
contemplatif.
—
Cette vie spirituelle a toujours été associée
à une expérience d’Église et de communauté
chrétienne. J’ai eu la chance de côtoyer des
prêtres, des évêques et des agents de pastorale
qui se sont intéressés à ma parole et ont pris
le risque de me faire confiance.
—
J’ai également fait l’expérience d’une
communauté de base avant de me retrouver dans une
période plus « charismatique » avec
la communauté nouvelle d’origine française des
Fondations pour un monde nouveau. Eh oui, au
risque de perdre en crédibilité, j’ai été de
ma génération, à la recherche d’une expérience
d’église plus chaude et affective,
relationnelle et spirituelle. Je l’ai vécue
avec ses qualités et ses extravagances, au risque
d’enfermer Dieu dans une pédagogie.
—
Bien sûr, j’avais un potentiel « sacerdotable »,
mais j’ai saisi un jour que j’apprendrais plus
à aimer (et qu’il y avait là le désir de Dieu
pour ma vie) à travers la vie de couple. Malgré
des doutes passagers, je puis dire que dans mon
cas ça s’est vérifié. Quelle école ! Et
les enfants par dessus ça, en bonus.
—
J’ai parfois douté de la vérité de Dieu, de
son existence.
—
J’ai longtemps été tendu à chercher à quelle
vocation et à quelle mission il m’invitait.
Bref, quel était son « appel » ?
J’ai cherché à préciser mes aspirations, à
devenir performant pour le Seigneur, à prier pour
faire sa volonté (qui ressemblait plus à une
demande pour qu’il m’aide à réaliser mon idéal…).
Où j’en suis ?
Un renversement de la perspective…
—
Il veut profondément mon bonheur et que j’aie
la vie en abondance. Est-ce que ma vie en témoigne ?
—
J’ai donc quitté cette tension vers la mission
qui me tire hors de moi pour m’ouvrir à la vie
et au bonheur qui me sont offerts dès maintenant.
Et ça passe surtout par les relations aux
personnes et les liens que nous tissons.
—
J’ai plus de joie dans les petits gestes
d’amour, d’affection et d’appréciation que
dans nourrir le désir de le vivre. De même, pour
ce que je disais plus tôt, mon expérience du
Dieu de la foi chrétienne me rapproche de mes
valeurs profondes et essentielles. Est-ce que mes
gestes et mes choix du quotidien en sont de plus
en plus le reflet réel ?
—
J’accepte d’être très limité dans ce que je
peux faire et changer.
—
Également, cette volonté de Dieu est très différente
de mes rêves et emprunte des voies qui sont
rarement comme je l’ai planifié. Je l’accepte
mieux et je m’ouvre plus à l’inédit.
—
Ce passage d’un idéal spiritualisé à une
incarnation des valeurs d’Évangile m’amène
à explorer une spiritualité qui donne des mains
à la prière, à un vécu communautaire qui
enracine la vie spirituelle dans la vie
quotidienne.
À quoi j’aspire ?
Moins en parler qu’en vivre
—
Probablement que c’est ce que certains grands
spirituels disaient en parlant de la manière dont
sont indissociables la contemplation et
l’action.
Mes aspirations
communautaires
D’où je viens? Unité
dans la diversité
—
J’ai déjà mentionné quelques éléments de
mes expérience de communautés chrétiennes.
—
J’ai toujours cherché à ce que se vivent la
plus grande ouverture, le minimum d’exclusion
dans les groupes où j’étais.
—
Je portais (et porte encore) un idéal d’église
et de communauté chrétienne aux contours
« fusionnels », où le « aimez-vous
les uns les autres » s’actualise parfois
aux dépens du conflit créateur.
—
J’ai toujours été très sensible aux
incongruences du discours et de la pratique dans
les paroisses où j’étais engagé. Je cherchais
constamment à ce que s’y vivent et disent des
mots qui sonnent vrai. Le langage était hermétique.
Je voulais qu’on se parle, qu’on partage,
qu’on fasse eucharistie dans une expérience de
communauté véritable.
—
Je me suis donc toujours mieux retrouvé dans mes
expériences de petits groupes et de petites
communautés.
Où en suis-je ?
De la communauté chrétienne à la présence du
Christ (du Dieu vivant de Jésus Christ) au cœur
de la communauté humaine
—
Je n’arrive plus actuellement à me vivre dans
le rythme de la communauté paroissiale. Je ne
m’y reconnais plus. Il y a des différences
tellement grandes dans notre manière de voir le
monde… Quand le curé ne voit aucune raison pour
qu’il n’y ait pas plus de jeunes qui
choisissent le chemin du sacerdoce et du grand séminaire…
Je me dis : on ne vit pas sur la même planète.
—
La petite communauté que nous formons en famille
et en couple prend de plus en plus d’importance.
Comment faisons-nous expérience de Dieu ensemble,
et le reconnaissons-nous à travers ce que nous
vivons ?
—
Avec Manon, nous avons quitté un petit groupe de
partage de foi que nous avions fondé voilà trois
ans. En plus d’être le signe d’une étape
dans notre vie, nous sommes en recherche… peut-être
en attente d’autre chose.
—
La vie communautaire, pas juste chrétienne, prend
une nouvelle valeur. J’ai un goût pour le
communautaire qui se vit, la vie de quartier que
nous allons bientôt rencontrer là où nous déménageons.
À quoi j’aspire ?
—
Mes frontières s’ouvrent de plus en plus à la
conception du village global que nous formons
comme humanité.
—
Cette communauté humaine avec toutes ses différences,
entre autres religieuses, me semble représenter
une opportunité d’approfondir mon expérience
chrétienne dans le dialogue interreligieux ou
interspirituel. Il me semble que cette rencontre
de la différence m’amène à me réapproprier
et à quitter la gêne de mon identité chrétienne
voire catholique…
—
Une vie de communauté chrétienne qui intègre
ces deux pôles de l’action et de la prière, de
la parole de Dieu.
Conclusion
Au
début je vous ai dit que je manquais de temps.
Finalement, si je prenais le temps de rencontrer
l’essentiel ! Pour cesser de courir après
mon temps… je ferais mon pèlerinage sur la
terre (cf. texte de Foglia : « Sur le
chemin de Compostelle », journal La
Presse, samedi 18 mai 2002, p. A-5).
Il
me semble que j’approche une simplicité et une
concrétude que je réservais aux sages ! Je
crois que je suis rendu vieux ! (Lecture du
texte du Général MacArthur : « Rester
jeune »)
La
jeunesse n’est pas une période de la vie,
Elle est un état d’esprit, un effet de la
volonté,
Une qualité l’imagination, une intensité émotive,
Une victoire du courage sur la timidité,
Du goût de l’aventure sur l’amour du confort.
On
ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain
nombre d’années,
On devient vieux parce qu’on a déserté son idéal.
Les années rident la peau; renoncer à son idéal
ride l’âme.
Les préoccupations , les doutes, les craintes et
les désespoirs
Sont les ennemis qui, lentement, nous font pencher
vers la terre
Et devenir poussière avant la mort.
Jeune
est celui qui s’étonne et s’émerveille.
Il demande , comme l’enfant insatiable : Et
après ?
Il défie les événements et trouve de la joie au
jeu de la vie.
Vous
êtes aussi jeune que votre foi. Aussi vieux que
votre doute.
Aussi jeune que votre confiance en vous-même.
Aussi jeune que votre espoir. Aussi vieux que
votre abattement.
Vous
resterez jeune tant que vous resterez réceptif.
Réceptif à ce qui est beau, bon et grand.
Réceptif aux messages de la nature, de l’homme
et de l’infini.
Si
un jour votre cœur allait être mordu par le
pessimisme
Et rongé par le cynisme, puisse Dieu avoir pitié
de votre âme de vieillard.
Général
MacArthur
Voilà,
j’ai bien fini d’être un jeune adulte. Peut-être
suis-je rendu à être un adulte jeune ?
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