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Le
Centre Saint-Pierre a été fondé par les Oblats,
il y a trente-trois ans. Ils avaient un
enracinement historique dans le quartier
Centre-Sud de Montréal qui vivait alors de
profonds bouleversements qui touchaient tout
particulièrement les pauvres délogés par la venue
de Radio-canada. Les Oblats avaient mis sur pied
tout un programme de counselling familial à
l’Université St-Paul compte tenu du phénomène
croissant d’éclatement de la famille. C’était la
mouvance de Vatican II avec tout le besoin dans
l’Église de formation aux nouvelles perspectives
ecclésiales. Mais au départ, il y avait surtout
cette concentration des médias sur un même
territoire (Radio-Canada, TVA, Télé-Québec) qui a
fait naître le projet d’une pastorale des
communications. Et puis, il y avait cette bâtisse
disponible permettant d’y faire des activités.
Progressivement, des Oblats de différents horizons
se sont mis à développer des projets novateurs en
réponse à des besoins du milieu : formation aux
communications, formation spirituelle, soutien aux
familles, organisation communautaire, production
audiovisuelle, etc. Le Centre St-Pierre était né.
En
effet, progressivement tous ces projets se sont
unifiés derrière un projet missionnaire par
l’instauration d’un centre multi-ressources
d’évangélisation, d’éducation populaire, de débat
public. C’est-à-dire que par rapport aux problèmes
sociaux, aux changements de culture, on a voulu
assurer une présence d’Église dans des réseaux
assez divers et qui rejoignent les gens dans leurs
besoins quotidiens, comme dans leurs besoins
sociaux, économiques et politiques. Graduellement,
le Centre s’est défini, comme le dit sa mission,
comme un lieu de promotion des valeurs de justice,
de solidarité, de dignité humaine, de démocratie,
de spiritualité et de foi en Dieu. Un Centre qui
cherche à tenir compte de l’ensemble de la vie.
Souvent, dans la société et dans l’Église, on
conçoit la réalité en silos séparés. Ou bien, on
fait du politique ou bien on fait de la croissance
personnelle ou bien on fait de la spiritualité, de
la Bible… Le Centre Saint-Pierre veut relever un
défi assez fou : prendre l’ensemble de la vie
humaine et se demander si on peut faire en sorte
que la vie se développe, qu’on puisse aider les
gens à vivre à différents niveaux d’une façon
intégrée.
Comme l’option d’intervenir prioritairement auprès
des appauvris et de ceux et celles qui
interviennent auprès d’eux s’est clarifié
progressivement, on a de plus en plus mis l’accent
sur le soutien des organisations communautaires.
On s’est dit, en effet que si on vise un
changement social significatif pour une plus
grande humanisation, il fallait privilégier le
monde des pauvres. Et il apparaissait que le
mouvement social le plus susceptible aider ces
gens-là à se solidariser, c’était le mouvement
communautaire. On a donc développé de plus en plus
une panoplie de formations au niveau des groupes
communautaires pour les aider à gérer des
bénévoles, à gérer le personnel, à mieux
s’organiser et se donner des stratégies, à trouver
comment régler les conflits internes, comment
avoir des relations de travail qui ont de l’allure
etc. Au niveau des communications aussi : comment
communiquer, comment faire des dépliants, comment
faire paraître son message dans les média, etc.
Puis dans ce projet de changement social, il y a
l’individu avec ses besoins en terme d’estime de
soi ou de gestion de ses émotions dans des
situations plus ou moins difficiles. On a donc
développé aussi tout un ensemble de formations en
développement personnel. C’est assez incroyable
les types de sessions qu’il y a au Centre
Saint-Pierre à ce niveau. On pense aux sessions
sur la colère, la honte, l’estime de soi. Il y a
un problème social important d’atomisation des
personnes, une exclusion des personnes; les gens
ne se sentent pas valorisés. Alors, comment faire
pour aider ces gens-là à devenir, à se sentir des
individus, à avoir de la dignité. Bien sûr, il y a
tout un défi que de faire passer du développement
personnel au développement communautaire, au
développement politique.
L’autre dimension est la dimension spirituelle. Il
y a dans la société une recherche spirituelle
considérable. Beaucoup de gens ne voient pas en
quoi le message de l’Église qui leur paraît peu
crédible pourrait répondre à leurs besoins. Le
Centre Saint-Pierre s’est organisé pour répondre à
ce type de besoin-là, de transcendance,
d’ouverture à l’autre, et de façon plus spécifique
au niveau de la spiritualité chrétienne.
Souffrances en Église
On
m’a demandé de parler des souffrances que j’avais
en regard de l’Église institution. On peut en parler
très longtemps. D’abord, il y a le phénomène assez
inouï de la rigidité de cette Église, qui, malgré
qu’elle ait pondu des textes assez extraordinaires
sur culture et foi, a une grande difficulté à
penser et présenter l’Évangile « harnaché » à la
culture contemporaine. Beaucoup des discours de
l’Église, beaucoup de sa façon d’être, de sa
liturgie sont l’expression de cultures des siècles
passés, pré-scientifiques et pré-modernes. Elle a
une difficulté considérable à en sortir. Il y a
dans cette volonté continue de rester en dehors de
la culture contemporaine sur la question des
femmes et de la sexualité, par exemple, quelque
chose qui, moi, me dépasse. Dans toute la société,
même à droite, tenir compte de la question des
femmes, c’est devenu un incontournable, sauf dans
l’Église. C’est quand même phénoménal.
Par
ailleurs, on ne peut pas dire que l’intégration
entre spiritualité et engagement social ait
tellement pris dans les communautés chrétiennes et
chez les agents de pastorale. C’est une dimension
qui est malgré tout assez présente dans le
discours officiel de l’Église. Mais ça ne traverse
pas véritablement la culture des communautés
chrétiennes.
Et
puis, il y a le fait qu’on continue toujours à
tout centrer sur le prêtre, alors que cela a de
moins en moins de sens. À la catéchèse où je vais
tous les samedi matin avec mon petit de huit ans,
ce sont des femmes qui s’occupent de tout. Mais
quand arrive la liturgie, elles n’ont plus aucun
rôle sérieux à jouer. C’est le prêtre qui prend
toute la place sans nécessairement dire des choses
très pertinentes.
Dans la déroute dans laquelle elle se trouve,
l’Église vit un vent de panique et cherche à
investir dans sa survie, beaucoup, au niveau des
sacrements, de la catéchèse etc., mais elle a de
la difficulté à investir dans le renouveau
véritablement communautaire.
Motifs d’espérance
Dans tout cela, il y tout de même des motifs
d’espérance. Cet écroulement de l’Église telle
qu’on l’a connu peut ouvrir à de nouvelles
possibilités. À travers ça, il y a effectivement
une foule de gens qui, à l’intérieur des
différentes composantes de l’Église, mettent de
l’énergie… On se parlait de la catéchèse tantôt,
mais actuellement, au Centre Saint-Pierre, on est
en lien avec le diocèse de Saint-Jérôme et la
région de Laval du diocèse de Montréal. On est en
train de faire une démarche d’éducation populaire
de la foi avec des personnes en quête de sens,
invitées par ces services de formation. On le fait
aussi dans les locaux du Centre même. C’est très
humble. Mais c’est une démarche qui part des
questions et connaissances des gens et qui les
accompagne dans leurs questionnements.
Il
y a aussi toute cette volonté de se réseauter. Il
y a, par exemple, le réseau œcuménique [ROJEP].
c’est intéressant de voir ces chrétiens de
diverses confessions religieuses se réunir sur la
base de la pertinence sociale de leur foi en
Jésus. Le fait que la foi chrétienne continue
malgré tout à être un lieu de contestation, de
remise en cause de l’idéologie dominante, c’est
quand même fascinant… Puis il y a tout l’impact
encore des communautés religieuses. Qu’on pense à
cette première page de la Presse sur le Suroît!
C’est aussi tout le mouvement communautaire
québécois qui est supporté par les communautés
religieuses ! Et si on regarde, à l’intérieur de
ce mouvement communautaire, le nombre de gens qui
sont de la tradition chrétienne, eh! bien c’est
fascinant aussi. Et même l’Église comme telle
continue, même s’ils coupent sur la pastorale
sociale par ailleurs, de prendre des positions,
d’avoir un discours qui est contestataire. Il n’y
a pas beaucoup d’institutions sociales qui font
ça actuellement.
Et
il y a les petites communautés de base,
l’initiative du Relais Mont-Royal. Il y a une
foule de choses qui ne sont pas nécessairement
articulées entre elles et qui, peut-être, dans
l’écroulement de l’Église, vont pouvoir plus
facilement resurgir. C’est une histoire en marche…
http://www.centrestpierre.org/
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