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L’engagement social et la foi
Raymond Levac
Directeur général du Centre St-Pierre

 

J’ai beaucoup hésité à accepter de faire cette communication à ce colloque du réseau Culture et Foi. Cette hésitation venait surtout du fait que j’ai probablement plus de questions que de réponses concernant cette problématique. De plus, je n’étais pas sûr d’être la meilleure personne pour en parler. D’autres ont sans doute plus de certitudes que moi.

J’ai finalement accepté puisque cela me permettait de faire le point comme personne, mais aussi comme responsable d’une institution, le Centre St-Pierre, dont un élément de la mission consiste entre autre à faire oeuvre d’évangélisation dans le monde d’aujourd’hui en lien avec l’engagement social.

Une expérience d’indignation

Une expérience généralisée

Les militants et les militantes engagés dans les luttes sociales ont, en général, vécu une expérience qui a provoqué en eux de l’indignation, de la colère ou du scandale et qui les a marqués et poussés à l’engagement. On retrouve très bien cette démarche dans le rapport de la tournée effectuée au Québec par le CPMO sur l’engagement social intitulé « De l’indignation à l’espérance ». Tous ceux et celles qui ont vécu une pareille expérience ne s’engage pas nécessairement, mais les gens engagés ont, en général, vécu expérience de ce type.

Mes racines familiales

Je suis né dans une famille ouvrière à Verdun en 1945. Nous sommes en plein Québec catholique où à peu près tout le monde sait pourquoi il vit sur la terre : « Aimer Dieu, le servir et être heureux avec lui dans le ciel pour l’éternité ». Ma famille est catholique pratiquante, mais pas plus que la moyenne des gens. Je rêve très tôt de devenir prêtre. J’ai une mère à plein temps à la maison qui s’occupe de cinq enfants. Elle s’y consacre avec dévouement comme toutes les mères. Mon père est le pourvoyeur. Il travaille fort. Il aime sa famille. Il joue un peu du violon. C’est une famille unie, sans histoire.

Mais mon père est aussi indigné de ce qui se passe dans le monde. Il a sans doute eu des difficultés avec des patrons. Il décide de partir à son compte comme électricien et spécialiste en chauffage avec un associé. Il commence très tôt le matin et finit assez tard le soir. Il travaille souvent les samedis. Il a vécu durement la crise économique. Je me souviens d'une photo de lui le montrant revenant d'aller chercher du pain qui était distribué aux gens qui en avait besoin. Il s’engage dans un groupe d’extrême droite qui identifie les juifs et les capitalistes comme les causes (boucs émissaires) des injustices qu’il dénonce. Beaucoup de ses temps libres passent en réunion avec ce groupe. Il meurt du cancer à 49 ans et est enterré le jour de mes dix ans.

Ma mère se retrouve sans argent avec au moins deux enfants à charge. Mes frères quittent les études pour gagner leur vie. Le peu d’argent de mon père est passé pour les soins médicaux. Ma mère reçoit donc la pension des mères nécessiteuses. Puis elle travaille dans une usine de textile à Verdun. Elle n’y reste pas très longtemps, ne réussissant pas à produire assez vite pour recevoir un salaire raisonnable. Elle décide de se lancer dans la couture à la maison. Ce n’est pas très payant non plus. Puis un de mes oncles l’embauche, à petit salaire, comme commis dans l’entreprise dont il est responsable.

Pendant ce temps, à l’instigation d’un frère du Sacré-Cœur de mon école,  à l’insu de ma mère, je contacte un de mes oncles, membre de la congrégation des Oblats, pour m’inscrire au petit séminaire qu’il dirige. Sans ce geste, j’aurais probablement terminé mes études assez tôt. J’y fais mes études classiques et j’entre un peu naturellement au noviciat des Oblats en 1963. À l’heure du concile Vatican II qui ouvrait la fenêtre de l’Église sur le monde.

Puis, je me retrouve au scolasticat des Oblats à Ottawa pour y faire mes études philosophiques et théologiques à L’Université St-Paul. Les jeunes Oblats qui s’y trouvent quittent la congrégation à pleine porte. Je me demande bien ce que je fais là.

Le moment des choix

À cette époque, ce sont des Oblats qui sont aumôniers de la Jeunesse Ouvrière Catholique (JOC).  L’un d’eux, Roger Poirier, m’invite à faire un stage d’été à la Centrale Nationale de la JOC à l’été 1967. J’ai 22 ans. Je me souviens assez peu de l’Expo ’67 que j’ai quand même visité.

Je découvre surtout un mouvement de jeunes qui se mobilisent autour d’enjeux sociaux, qui travaillent avec d’autres jeunes travailleurs et travailleuses souvent méprisés et non reconnus à leur faire découvrir leur dignité en tant que personne et en tant que fils et filles de Dieu.

Cette découverte me replonge soudainement dans mes racines, permet d’identifier un lieu d’engagement pour la promotion humaine et contre l’injustice tout en faisant un lien avec la foi chrétienne qui m’avait porté jusque là. Puis, c’était un engagement qui me permettait de trouver un sens à l’implication dans la communauté des Oblats que je ne quitterai que près de 20 ans plus tard.

Cette expérience m’oriente donc pour les choix à venir. Durant les étés 1968 et 1969 je m’engage avec les jeunes de la Basse-Ville d’Ottawa comme travailleur de rue. Puis de 1970 à 1973, je m’implique avec une équipe d’Oblats à mobiliser et soutenir des personnes engagées dans les comités de citoyens de Hull. Ces derniers sont formés de regroupements d’assistés sociaux, de personnes expropriées, d’associations de locataires, d’une clinique médicale communautaire, d’une garderie populaire, etc. En somme de gens engagés pour plus de justice et de solidarité.

Ces groupes communautaires de Hull font partie d’un réseau de groupes populaires qu’on retrouve dans toutes les régions du Québec. Beaucoup de chrétiens sont engagés dans ces mouvements, mais ce ne sont pas des organisations chrétiennes. Elles se réfèrent à diverses idéologies et ont en commun de mettre l’accent sur l’organisation collective, la défense des droits et la recherche de causes structurelles aux problèmes sociaux vécus par les gens de milieux populaires.

Pendant toutes les années qui ont suivi, par mes implications, au CPMO, au Réseau Solidarité populaire Québec, à la revue Vie Ouvrière, à Développement et Paix et au Centre St-Pierre, j’ai été à même de tisser des liens avec les gens appauvris et exclus impliqués dans des actions de solidarité, y compris dans le tiers monde. J’y ai renforcé mes convictions et y ai acquis une vision du monde et de la société à partir de leur point de vue. On disait alors combien il était important d’opérer un déplacement des pieds pour avoir un regard critique sur la réalité. Mais il fallait aussi renouveler constamment l’expérience de ces liens avec les gens de milieux populaires pour garder contact avec la réalité et nourrir les convictions de fond.

Les communautés et les réseaux chrétiens.

Cette implication et ces nouvelles perspectives sociales ont nécessairement eu un impact sur la foi religieuse et le sentiment d’appartenance à l’Église.

Nous avions alors le sentiment de vivre en pleine contradiction avec un  monde religieux et une foi qui mettaient l’accent sur la dimension intimiste et psychologique de la personne tout en passant complètement à côté des réalités matérielles, de la pauvreté et de l’exclusion sociale avec ses causes politiques et structurelles. On s’intéressait aux pauvres surtout pour leur apporter une aide charitable.

Les pratiques de solidarité emmenaient à faire une lecture de l’évangile moins spiritualisante et nous faisait mettre un plus fort accent sur le contexte socio-politique de la vie de Jésus et sur l’impact politique de son message et de ses pratiques. On percevait mieux comment Jésus, dans sa vie, avait pris option pour les appauvris et les exclus de son temps, avait remis en cause les pouvoirs politique, économique et religieux de son milieu, avait annoncé une bonne nouvelle qui changeait quelque chose dans la vie des gens de son temps et en avait subi les conséquences en se faisant mettre à mort. On voyait mieux comment, le message de Jésus se situait dans la foulée du Jubilé biblique qui parlait de remise de dettes, de délivrance des esclaves et de repos de la terre. On percevait comment c’était dans l’histoire du monde et non d’abord dans l’histoire de l’Église que se vivait l’Histoire du salut.

Mais cela allait en contradiction avec beaucoup de perspectives reçues. Passer de situations individuelles à des causes sociales, économiques ou politiques n’apparaissait pas contenir d’éléments de spiritualité. On faisait du social plutôt que du spirituel. Dans le meilleur des cas, il s’agissait d’un charisme très particulier qui n’interpellait pas tellement les autres chrétiens. Dans cette optique, la formation des prêtres ne faisait pas tellement de références à l’engagement social au nom de la foi.

Tout comme il était nécessaire de maintenir des liens vivants avec des gens en situation de pauvreté et des groupes de solidarité pour maintenir le niveau d’indignation nécessaire à l’engagement avec ses analyses conséquentes, il était aussi nécessaire de maintenir des liens avec des lieux de soutien et de ressourcement pour maintenir et développer une foi  et une spiritualité enracinée dans l’engagement social.

Ce fut au départ, on l’a vu, la J.O.C. Puis, il y a eu par la suite la fraternité oblate avec qui je vivais, les communautés de base de Hull, le réseau des Chrétiens pour le socialisme, le CPMO et les différents réseaux de chrétiens engagés, les mouvements d’action catholique, particulièrement le Mouvement des travailleurs chrétiens, Développement et Paix, le réseau oecuménique Justice et Paix, le Centre St-Pierre, etc. Tout ce mouvement se nourrissait des perspectives théologiques de Vatican II ou de la théologie de la libération.

Remises en causes profondes

Ces lieux de soutien et de ressourcement étaient d’autant plus nécessaires que ces pratiques de solidarités ont conduit à des remises en questions profondes.

De l’Église d’abord.

Je n’ai sans doute pas à m’étendre beaucoup sur cet aspect tant la critique de l’Église, même en son propre sein, est assez répandue. Il devenait de plus en plus difficile de ne pas remettre en cause une Église souvent proche du pouvoir, qui montrait peu de sympathie pour la théologie de la libération et qui semonçait publiquement Ernesto Cardenal, ce prêtre qui faisait partie du gouvernement sandiniste. Difficile aussi d’approuver une Église soutenant l’Opus Dei et qui en a même canonisé son fondateur en prenant la procédure rapide. On ne pouvait accepter une Église incapable d’accepter les femmes comme des personnes à part entière et qui imposait aux croyants un fardeau moral trop lourd au nom de principes abstraits et d’une culture du passé, qui avait tant de difficultés avec la sexualité comme partie prenante de la personne et qui était incapable  de discerner dans le monde les signes des temps et la présence vivifiante de l’Esprit du Dieu incarné de Jésus-Christ. Difficile de s’identifier à une Église qui se croit dépositaire de la Vérité et qui se prend souvent pour le Royaume de Dieu sur terre. Cette Église, qui par la définition de certains dogmes et surtout par leur interprétation rigide et littérale sans tenir compte de la culture dans laquelle ils ont été décrétés, impose à la raison des croyances qui défient l’intelligence et la science.

De Dieu ensuite.

Puis vient la question de savoir si on peut croire au Dieu auquel ce type d’Église fait référence. On se surprend alors à sympathiser avec les athées et les agnostiques qui ne peuvent plus adhérer à la foi en Dieu, particulièrement chez les militants et militantes engagés socialement.

Dieu apparaît alors comme la projection  d’une vision du monde passéiste dans un absolu sacralisé et dogmatisé et qui sacralise une Église  de l’exclusion. Ce Dieu conforte les gens dans leurs convictions et se voit instrumentalisé en fonction de sa culture et de son idéologie. Ce Dieu qui donne la conviction d’être dans la Vérité et que les autres sont dans l’erreur. Ne s’agit-il pas d’un Dieu qu’on peut appréhender trop facilement comme s’il n’était plus mystère absolu et qui finit par être à notre image et ressemblance.  De ce point de vue, on a peut-être beaucoup à apprendre de l’Islam qui refuse de produire des images de Dieu. Puis, bien sûr, la question se pose à savoir que si le Dieu des autres est incroyable, le nôtre l’est-il davantage? Le doute fait alors partie intégrante de la foi qui traverse une forme particulière de nuit.

Quelle est ma foi?

Une foi en l’humain

Dans un monde pour qui les valeurs tournent autour de la satisfaction de l’individu sans égard au bien commun, qui rend un culte à la beauté, à la réussite individuelle, à la consommation effrénée, à la compétition, etc. j’ai foi en la dignité de chaque personne humaine, particulièrement des personnes appauvries et exclues socialement et en la responsabilité de chacun et chacune à s’engager pour que cette dignité soit reconnue et défendue. Cette foi conduit à me solidariser, à soutenir les organisations dont la mission va dans ce sens comme les organisations communautaires ou les groupes de défense des droits.

Je crois également que le salut de chacun dépend de la solidarité de tous. De là l’importance de travailler à créer des réseaux de solidarité et de soutenir les démarches d’éducation populaire qui mènent aux changements sociaux. Je crois que cette solidarité doit être planétaire car nous portons une responsabilité face aux conditions de vie et de travail des gens des autres continents. 

Je crois que nous faisons partie de l’environnement et qu’il est important de travailler à rendre de monde habitable pour tout le monde d’où l’importance de prendre soin de la terre,  de l’air et de l’eau éléments essentiels à notre survie et notre épanouissement et de s’assurer que ces richesses ne soient pas à vendre.

Je crois à l’importance du développement de la personne humaine avec ses émotions, ses rêves, sa recherche d’épanouissement et sa quête de spiritualité, tous des éléments qui ont souvent été négligés dans le monde militant.

C’est d’ailleurs ce qui me séduit dans le projet du Centre St-Pierre qui a une option claire pour les appauvris et les exclus de ce monde et de leurs efforts de solidarité, mais qui s’intéresse à l’ensemble de la personne humaine avec ses dimensions sociale, économique, politique, mais aussi psychologique, culturelle et spirituelle.

En somme, je crois à l’importance de participer à renforcer tout ce qui humanise en tenant compte de la complexité de l’être humain. Cette humanisation suppose qu’on encourage tout ce qui dans notre culture favorise cette humanisation. Mais elle suppose aussi qu’on remette en cause dans cette culture tout ce qui déshumanise. Ce projet d’humanisation implique donc conversion, lutte et concertation.

Une foi chrétienne.

Cette foi en l’humain a été nourrie pendant des années par la référence à la vie et au message de Jésus. Elle en demeure marquée. Bien sûr une telle foi peut ne pas faire référence à Dieu. Je me souviens l’an dernier de la réponse qu’Albert Jacquart avait faite à Normand Provencher en affirmant que même s’il ne croyait pas en Dieu, il n’en était pas moins chrétien car se référant notamment au message de Jésus au sermon sur la montagne.

Actuellement, je dirais que ma foi au Dieu de Jésus-Christ se situe davantage dans l’ordre de l’inquiétude, de la recherche et du soupçon.  André Myre a écrit un magnifique petit livre intitulé « On ne voit Dieu que de dos » faisant référence à un passage de l’Ancien Testament. Dieu se laisse deviner à travers des signes dans nos vies et ne se laisse  percevoir que si on y est très attentif, particulièrement dans les moments de choix.

Cela me rappelle aussi une entrevue que j’avais faite, il y a maintenant 20 ans, avec Sœur Gaulin, alors abbesse des Clarisses de Valleyfield, une communauté contemplative, cloîtrée, essentiellement consacrée à la prière. Cette communauté se réunissait régulièrement avec une communauté de Capucins engagés en milieux populaires. Durant ces rencontres,  chacun et chacune partageaient sur ce qu’ils vivaient en terme et de militance et de contemplation.

« L’Histoire n’est pas anonyme, ni le fruit du hasard, ni celui de forces aveugles. Il y a à l’intérieur de l’Histoire une PRÉSENCE », affirmait-elle dans cette entrevue.  « Jésus, par sa mort et sa résurrection, fonde l’espérance de la victoire de toute lutte pour la Vie grâce à l’Esprit qui est à l’œuvre au cœur des gestations de l’Histoire » Dans ce contexte, « la  prière consiste à se laisser investir par la volonté de Son Père afin que tous et toutes aient la Vie et l’aient en abondance. C’est discerner la présence du Dieu vivant dans tout ce qui est en train de naître au milieu des ambiguïtés et des tâtonnements, particulièrement chez ceux et celles qui ont faim et soif, sont sans vêtement, immigrants, malades ou en prison et dont la dignité est agressée par une société de surproduction et de surconsommation ».

Cela rejoint beaucoup ma foi et mon espérance. Cette foi consiste à chercher et saisir parfois cette PRÉSENCE dans les événements de ma vie, mais surtout dans le cri des appauvris, dans les joies, les tristesses et les angoisses du monde de ce temps, dans ces sursauts d’indignation face à tout ce qui déshumanise, mais aussi dans tout ce qui désinstalle, fait sortir de soi et pousse à l’engagement pour un monde meilleur. On ne voit Dieu que de dos. On le cherche, on le soupçonne, on le croise.

Pour que cette spiritualité ne nous renferme pas dans nos certitudes et idéologies, le critère d’authenticité de cette découverte de Dieu ne devrait-elle pas être qu’elle nous rende attentif à la Vie, à l’écoute de la Vie. Qu’elle nous permette de rester critique face au moyens pris pour promouvoir la Vie et qu’elle soit constamment confrontée à l’épaisseur de la vie humaine pour faire sauter les idoles et les images de Dieu que l’on est porté à se créer constamment. 

La culture et la foi

La foi n’a pas à sacraliser la culture. Les luttes pour la justice sont une forme de lutte contre les dimensions de la culture qui poussent à la déshumanisation du monde. Dans ce contexte, cela fait partie de la mission de la communauté des croyants de contester une culture qui ne valorise que le culte de l’individualisme, l’exploitation  des autres, l’exclusion des plus faibles, la consommation effrénée, la spoliation de la nature, l’hyper sexualisation des rapports sociaux, etc.

Mais la crédibilité d’une telle critique n’existera que si cette communauté est en syntonie avec la culture de son temps et n’intervient pas par simple nostalgie des valeurs et des privilèges du passé. Elle doit donc être ouverte à ce qui surgit de nouveau dans la culture qui aide les humains à être des humains.

Si on regarde l’avenir, plusieurs questions de fond se posent concernant, par exemple, l’enjeu de la transmission. D’abord la majorité des chrétiens sont beaucoup plus prisonniers qu’héritiers de la tradition et cela apparaît vrai aussi de gens qui sont dans la haute hiérarchie de l’Église. La tradition devrait permettre d’assurer les assises et le souffle pour l’avenir alors qu’elle constitue davantage un frein à l’évolution. Il y a donc là un vaste chantier pour rendre mieux connus les éléments dynamiques de l’histoire et les dégager de leurs expressions culturelles figées qui ne veulent plus rien dire aux humains d’aujourd’hui.

Puis il y a le véritable saut culturel chez les jeunes qui n’ont pas le minimum de références religieuses requises leur permettant de se relier à cette tradition. On risque donc de perpétuer cette dichotomie entre engagement social et foi. 

 Il y a aussi de sérieux problèmes de lieux de ressourcement et de rassemblement pour les chrétiens et les chrétiennes vivant en syntonie avec la culture d’aujourd’hui et qui cherchent à vivre leur vie dans la mouvance de la solidarité sociale. Il manque de lieux pour faire cette relecture de la tradition ou pour faire l’expérience d’une foi qui englobe l’ensemble de la réalité humaine y compris celle de la solidarité.

Certains espèrent qu’avec l’implosion actuelle de l’Église qui devrait s’accélérer avec l’élection de Benoît XVI, pourra renaître de nouvelles communautés chrétiennes vivantes et engagées dans la société.

Je n’en suis pas personnellement si sûr. Se pose alors le défi pour les chrétiens engagés dans le monde de ce temps de bien marquer leur dissidence par rapport à une foi et une Église centrée sur la nostalgie du passé ou qui emprisonne les expressions de la foi dans des expressions culturelles passées et d’appuyer ce qui dans cette Église est source d’espérance et de vie tant dans les expériences communautaires multiples que dans les prises de position de sa hiérarchie.

L’histoire de l’Église, depuis ses tous débuts, n’est-elle pas ainsi faite d’avancées et de reculs, de conversions et de démissions, d’oppression et de remise en question. Il s’agit de savoir qui a l’énergie et peut-être la foi suffisante pour une telle entreprise aujourd’hui. 

 

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