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Je vais vous dire
quelques mots de l’orientation de Femmes et
ministères. C’est un organisme incorporé, fondé en
1982, qui est un réseau autonome de femmes
engagées en Église. Ce réseau se veut un lieu de
solidarité et de parole, de ressourcement et de
célébration, un lieu d’élaboration d’une pensée
commune, de réflexion et de concertation en vue
d’une prise de parole collective. Depuis plus de
vingt ans, le réseau Femmes et ministères
travaille à la reconnaissance effective de
l’égalité des femmes et des hommes dans l’Église,
communauté de disciples égaux, à la reconnaissance
officielle des ministères exercés par les femmes
dans l’Église, et à l’accès des femmes à tous les
ministères institués et ordonnés. Il travaille
aussi à développer un véritable partenariat
hommes-femmes, clercs-laïcs dans l’Église, et à
diffuser les pistes théologiques et pastorales
inscrites dans le service ecclésial des femmes.
Plusieurs publications rendent compte de
l’orientation du réseau, à savoir Les soutanes
roses, en 1986, Voix de femmes, voies de
passage, en 1995, Voies d’espérance, en
1996, et La 25e heure pour l’Église,
en 2002.
Souffrances en
Église
On nous a demandé de vous parler d’une souffrance
et d’une espérance aujourd’hui par rapport à ce
que nous vivons dans le groupe Femmes et
ministères. Je dois avouer que je n’ai pu répondre
à cette question. Réduction à une
souffrance? C’est presque l’état ! Les femmes dans
l’Église sont dans un état de souffrance.
Pour décrire ce qui constitue cet état de
souffrance-là, j’ai dû quand même pointer
plusieurs aspects de la réalité ecclésiale des
femmes. Pour en dire plus dans le moins de temps
possible, j’ai opté pour l’énumération. Parmi les
causes des souffrances des femmes, neuf choses :
-
Les
directives romaines qui maintiennent l’exclusion
des femmes des ministères ordonnés, et même des
ministères institués, et qui ont comme
conséquence l’exclusion des femmes du leadership
pastoral officiel et du pouvoir décisionnel; le
monopole ministériel des prêtres est de plus en
plus affirmé dans la politique de regroupement
des paroisses, et manifeste dans la nomination
des coordonnateurs de régions pastorales.
-
Le
statut précaire des agentes de pastorale, statut
considéré comme provisoire, supplétif, très
limité en fonction des responsabilités de
pastorale accessibles aux laïcs et
particulièrement aux femmes.
Comme vous le
constatez, ces aspects sont reliés à
l’organisation structurelle de l’Église et
constituent de sérieux blocages dans la mise en
place d’une Église de disciples égaux; [ce sont
des] points sur lesquels les femmes ont peu de
prise dans la situation ecclésiale actuelle. Mais
il y a d’autres causes de souffrance pour les
femmes qui sont désireuses d’une Église
renouvelée, plus ouverte et à l’écoute des
personnes.
-
Nommons d’abord le
constat que les femmes quittent l’Église. Pour
nous, c’est une grande souffrance. Les unes ne
veulent plus rien savoir de l’institution
ecclésiale, parce qu’elles ne sont pas reconnues
comme disciples égales aux hommes. D’autres
prennent une distance avec l’institution en
raison de directives morales et de prises de
position diverses, de resserrements de toute
sorte les concernant dans leur vie conjugale ou
dans leur autonomie sexuelle.
-
La montée de la
droite dans l’Église, chez les femmes comme chez
les hommes d’ailleurs, qui soutient et encourage
le statu quo dans l’institution et fait obstacle
à la prise en compte de besoins et des signes de
notre temps.
-
Aussi, le désintérêt
de nombreuses féministes pour la question
spécifique des femmes en Église, alors que la
lutte est bien structurée pour d’autres causes,
comme la prostitution, le lesbianisme, la
violence, l’équité salariale. Le fait que
trop de femmes, éternelles bénévoles ou agentes
de pastorales, continuent avec ferveur et
dévouement d’entretenir, de maintenir ou de
servir la structure sans faire d’analyse
critique des problèmes que rencontrent les
femmes.
-
Autre
souffrance, la fragilité voire la vulnérabilité
des groupes de femmes chrétiennes voués à la
cause et à la promotion des femmes.
L’essoufflement, la démotivation face à tant de
lenteur devant des changements attendus et vus
comme nécessaires et urgents. Le recrutement est
difficile, parce que beaucoup de femmes hésitent
ou se refusent à s’engager dans des luttes qui
paraissent de plus en plus sans issue. Notons
aussi le vieillissement des femmes féministes
engagées depuis de nombreuses années, et la
difficulté d’arriver à conscientiser les jeunes
chrétiennes à la situation des femmes en Église.
-
L’inertie ou
l’indifférence d’un grand nombre de chrétiens et
de chrétiennes devant la situation actuelle de
l’Église.
-
Et enfin le
quasi-désarroi des féministes chrétiennes
engagées, qui ne savent plus comment faire pour
que la situation change. Quelles nouvelles
stratégies mettre de l’avant ? Comment trouver
de nouveaux et de nouvelles partenaires avec qui
on pourrait avancer, voire contourner les murs
et faire jaillir une vie nouvelle ? Réenchanter
l’Église en quelque sorte, comme dirait Jacques
Grandmaison. (La journée d’aujourd’hui
permet de pointer ces partenaires.)
Germes
d'espérance
Les germes d’espérance ? Disons que les avancées
qu’ont connues les femmes dans l’Église du Québec
dans l’Église de 1900 à 1995 — je ne prends pas le
temps de les énumérer — sont compromises par les
blocages actuels. Malgré tout, ces avancées vécues
laissent espérer des situations meilleures pour
l’avenir et incitent un certain nombre de femmes,
sous certaines conditions, à poursuivre leur
réflexion et leur engagement au sein de la
communauté chrétienne. Toutefois, il nous faut
reconnaître, tout en affirmant notre volonté de
demeurer dans l’Église de Jésus Christ, que c’est
souvent ailleurs que dans l’Église institution que
nous décelons aujourd’hui les plus importants
signes d’espérance pour l’avenir de l’Église ou
pour l’avenir des femmes dans l’Église. En voici
quelques-uns.
-
D’abord, la
formation théologique et pastorale acquise ou en
voie d’acquisition de nombreuses femmes
désireuses de participer activement au
renouvellement de l’Église.
-
Le soutien, les
recherches, les publications de théologiens et
théologiennes d’ici et d’ailleurs qui
questionnent l’Église et aident les femmes et
les hommes à bien se situer face aux questions
qui se posent et aux problèmes qui se vivent, à
se forger des opinions appuyées sur des
fondements solides plutôt que sur des clichés
répétés à tort et à travers.
-
Aussi, les
solidarités de plus en plus explicites des
différents groupes de femmes chrétiennes, de
femmes et d’hommes aussi, qui entrevoient de
nécessaires changements structurels.
-
Le fait qu’il y a
encore des chrétiennes et des chrétiens qui
questionnent et refusent les prises de position
du Magistère en ce qui concerne les femmes, qui
le disent et continuent à travailler à la
reconnaissance effective des femmes dans
l’Église.
-
Des chrétiennes qui,
au nom de leur foi chrétienne, font le choix de
travailler à bâtir un monde de justice et de foi
en s’engageant dans le monde social, et que leur
ouverture et prises de positions de chrétiennes
pratiquantes rendent crédibles auprès de divers
groupes. [Il y a une remarque, qui n’est pas sur
la bande, sur Esther Champagne et la prise de
position publique des communautés religieuses
sur la centrale du Suroît.]
-
Les prises de parole
publiques par des groupes de femmes qui
contribuent à faire réfléchir et même à amorcer
des changements.
-
Aussi, les groupes
qui perdurent malgré les difficultés
rencontrées, et j’en nomme quelques-uns : les
répondantes diocésaines à la constitution
des femmes, l’Autre Parole, l’Association des
religieuses pour la condition [?] des femmes et…
Femmes et ministères. Toutes les rencontres qui
créent des solidarités et invitent à être
partenaires autrement, colloques,
rassemblements, groupes d’ici et d’ailleurs qui
travaillent avec des objectifs similaires aux
nôtres.
-
Je nommerais aussi
comme germes d’espérance certains sites Internet
qui sont des lieux ouverts à une façon positive
et stratégique d’exprimer des convictions, de
faire valoir des points de vue, de faire avancer
la réflexion. Et aussi des émissions
radiophoniques ou télévisées, Radio Ville-Marie,
Second Regard, qui produisent de bons
reportages et des témoignages.
Et enfin, dernier germe d’espérance, mais pas le
moindre, les alliances avec des groupes d’ici et
d’ailleurs, autres que ceux qui sont directement
liés à l’Église institutionnelle, pour trouver des
moyens de vivre l’Église autrement.
En terminant, je dirai qu’envers et contre toutes
les difficultés qui parsèment nos routes de
croyance, nous gardons l’espérance d’un avenir
pour les femmes dans l’Église, et l’espérance d’un
avenir pour l’Église d’ici.
http://www.culture-et-foi.com/femmes_ministeres/fm_realisations.htm
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