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OCTOBRE  2007
 

Alain Ambeault, Autopsie d’un débat avorté. Montréal, Novalis, 207. 216 p.
 

L'année 2006 était celle d'un rendez-vous important pour les évêques canadiens et québécois. Ils devaient, en effet, se rendre à Rome pour la visite ad limina, cette rencontre quinquennale avec le pape visant à l'informer de la situation de l'Église dans les divers diocèses. «Il n'en va donc pas d'une visite protocolaire dont le point culminant serait la photo prise avec l'évêque de Rome, écrit Alain Ambeault dans Autopsie d'un débat avorté. Il s'agit plutôt d'un véritable moment de dialogue, de partage d'informations et de solidarité ecclésiale.»

À cette occasion, donc, la Conférence religieuse canadienne (CRC), qui regroupe les leaders de 230 congrégations représentant plus de 20 000 religieuses et religieux, a résolu de produire un Message à nos évêques pour «traduire ce que les gens que nous rencontrons vivent, pensent, disent de notre Église» et pour «ouvrir le débat». Comme l'explique Ambeault, clerc de Saint-Viateur et président de la CRC à cette époque, «la mission des religieuses et des religieux les met en contact avec une autre partie de la vie de l'Église – moins institutionnelle». Le Message voulait refléter cette expérience dans un souci de partage avec les évêques. Il reconnaissait des éléments positifs dans l'Église canadienne actuelle, mais il soulignait aussi une grave inquiétude. «Malheureusement, écrit Ambeault, le sentiment général fait davantage état d'une Église dépeuplée, en phase de liquidation, coincée entre des prises de position romaines radicales qui heurtent trop souvent ce qui semble se définir comme étant le noeud des valeurs communes de notre société.» D'où, dans le Message, la formulation de regrets et de souhaits.

Aux évêques canadiens et québécois qui s'en allaient à Rome, la CRC a donc rappelé, comme l'écrivait alors Guy Paiement dans Le Devoir, que «l'Église du Québec et [celle] du Canada ne sont pas de simples succursales d'un Wal-Mart romain et que les responsables d'ici devraient avoir le courage de se tenir debout devant les officines romaines». La CRC, en effet, disait regretter le manque de liberté de parole chez les chrétiens, la pauvreté de la prédication de certains prêtres, la rigidité de l'Église en matière de morale sexuelle (manque de compassion à l'endroit des divorcés remariés et des personnes homosexuelles), l'absence de jeunes dans la vie de l'Église, le rôle trop restreint accordé aux femmes, l'interdiction de la pratique de l'absolution collective, la méconnaissance de la doctrine sociale de l'Église et «l'hésitation de la hiérarchie à prendre parole qui pourrait être perçue comme contredisant ou atténuant le discours romain».

Ce réjouissant appel «en faveur d'un dépoussiérage des tablettes de notre tradition, laissant voir ce qui est essentiel», n'a pas été, c'est le moins qu'on puisse dire, très bien reçu par la Conférence des évêques catholiques du Canada. Bousculés, ces derniers ont réagi par un silence désapprobateur. Ambeault, qui ne souhaitait que le dialogue et le débat, s'en désole: «Ce n'est pas la parole qui crée le schisme, mais le silence imposé, le lourd silence, la conspiration du silence!»

Vibrant plaidoyer, qui prend parfois de beaux accents lyriques, en faveur d'un «combat pour la justice au nom de l'Évangile», d'une théologie au «goût de terre» et d'une «ouverture à la réalité spirituelle de nos contemporains», cet essai plein de courage et de respect illustre avec force et grâce qu'il existe une Église moderne et progressiste dont la vivifiante parole, malheureusement, est trop souvent étouffée au sommet.

 

Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca

Le Devoir, 1er octobre 2007

 

Radio Ville-Marie, Alain Ambeault parle de son livre et de prolongements souhaités dans la vie de l'Église)

 

 

 

 

 

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