Livres
du mois
JANVIER-FÉVRIER 2002.
Jean Bacon, Les
cultures à la rescousse de la foi,
Montréal, Médiaspaul, Coll.
"Brèches théologiques"
no. 36 , 2001, 229 pages.
En
ces années où les communautés chrétiennes
commencent à se préoccuper d'évangélisation,
on entend très souvent parler d'inculturation.
Le mot est utilisé à toutes
les sauces.
Mais que signifie-t-il réellement?
Le livre du théologien montréalais Jean Bacon, Les
cultures à la rescousse de la foi,
fait le point sur la question de
manière fort éclairante.
L'auteur se soucie de rendre
accessible une réflexion qu'il
poursuit depuis plusieurs années,
tant par la recherche que par la
pratique. De nombreux tableaux
viennent soutenir et illustrer le
propos à travers les cinq chapitres
de l'ouvrage.
L'auteur explique l'origine du mot « inculturation »,
qui n'apparaît pas dans les
dictionnaires en raison de sa
nouveauté.
L'historique de l'inculturation
révèle le rôle important joué
par les missionnaires dans sa
naissance et sa diffusion.
Le Concile Vatican II a
contribué à répandre et à élargir
la préoccupation de l'inculturation.
La problématique actuelle de
l'inculturation est influencée par
trois facteurs: « le mouvement
de décolonisation du Tiers-Monde,
une certaine affirmation des Églises
locales et la quête d'une
conception autre de l'évangélisation
que souhaitaient déjà plusieurs évêques
de Vatican II » (p. 21).
Spontanément, il est facile de concevoir l'inculturation
comme une simple démarche
d'adaptation ou d'accommodation à
la culture ambiante.
Il suffirait d'introduire
quelques expressions à la mode dans
une catéchèse ou quelques gestes
nouveaux dans une célébration, et
le tour serait joué.
Jean Bacon démontre la
superficialité d'une telle
approche.
Il ne s'agit pas de
transposer rapidement un « message
chrétien » supposément
universel et intemporel.
Le nez collé sur la figure
du christianisme que nous
connaissons, nous ne percevons plus
à quel point elle est
culturellement située, modelée par
ses origines sémitiques, juives et
gréco-romaines.
En réalité, l'inculturation suppose la redécouverte
des intuitions fondatrices de la foi
pascale.
Il s'agit avant tout de
reconnaître l'Esprit agissant au cœur
des cultures et des modes
d'expression qui leur sont propres.
La Bible peut nous inspirer
dans la mise en œuvre de ce
processus qui part de la base (et
non du sommet).
Cette manière de procéder
n'est-elle pas au cœur de l'activité
missionnaire de Paul, qui a su
repenser dans l'univers grec ce
qu'il avait expérimenté dans la
culture juive? Dans le dernier chapitre de son livre, Jean Bacon démontre
que cette intuition de Paul porte
des fruits visibles aujourd'hui.
Ces exemples d'inculturation
constituent une invitation vibrante
à la créativité et à
l'innovation.
Sophie Tremblay
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