Livres
du mois
FÉVRIER
2009
Cardinal Carlo Maria Martini, Le rêve de Jérusalem. Entretiens
avec Georg Sporschill sur la foi, les jeunes et
l’Église. Paris, Desclée de Brouwer, 195p.,
2009.
Les rêves apaisants de Martini
Politiques
et responsables catholiques possèdent un point
commun frustrant : dès qu’ils ne sont plus aux
affaires, ils deviennent plus bavards et plus
lucides sur les dysfonctionnements de leur
institution. En lisant le Rêve de Jérusalem
du cardinal Carlo Maria Martini, on se prend à
rêver que le prélat italien ait pu publier de
telles idées lorsqu’il était archevêque de Milan
et, surtout, tête de pont du courant « libéral »
(progressiste) de l’Église catholique. De la
traduction très attendue du testament du
cardinal Martini — écrit en 2007 avec son
confrère jésuite allemand Georg Sporschill —
émergent quelques engagements forts, bien que
sans aigreur, à contre-courant des vents
dominants. Ainsi, abordant le sacerdoce, le
vieux prélat affirme que « des hommes appelés à
la prêtrise ne possèdent pas le charisme du
célibat ». Et de demander d’ouvrir le débat sur
les « viri probati, hommes expérimentés qui ont
fait leurs preuves », débat fermé à double tour
par le pape polonais. Pour Martini, cette piste
vaut mieux que l’importation de clercs pratiquée
par la vieille Europe.
Il revient aussi sur Humanae Vitae,
l’encyclique de 1968 qui interdisait l’usage de
moyens contraceptifs non naturels. « Beaucoup de
gens se sont éloignés de l’Église et l’Église
s’est éloignée d’eux. La hiérarchie peut montrer
un meilleur chemin ». Il est temps de rectifier
le tir. « Pour les sujets où il y va de la vie
et de l’amour, nous ne pouvons en aucun cas
attendre si longtemps ».
Les vertus du concile
Pour celui qui fut rival du cardinal Ratzinger
lors du Conclave de 2005 (son nom aurait réuni
plusieurs dizaines de voix), il faut donc faire
sauter certains verrous. Mais son témoignage va
bien au-delà et esquisse ce que pourrait
(devrait) être l’Église catholique aujourd’hui.
Ce tableau ressemble fort, en creux, à un
réquisitoire contre certaines valeurs en cour à
Rome. Ainsi le cardinal trouve plus de vertus
que de failles au dernier concile. Vatican II
« a affronté courageusement les problèmes de
notre temps, a entamé le dialogue avec le monde
moderne tel qu’il est sans se refermer
frileusement sur lui-même. Et surtout il a perçu
où se trouvent les nombreuses forces positives
qui poursuivent le même but que notre Église, à
savoir celui d’aider les hommes, ainsi que
chercher et vénérer le Dieu unique ».
Bibliste avant d’être pasteur, Martini fait plus
confiance aux textes sacrés qu’aux règles
humaines. « La base de l’éducation chrétienne
réside dans la Bible. Si on la prend pour
fondement, il existe de nombreuses possibilités
et chemins qui mènent tous vers le Dieu
unique ». Vision quasi protestante, à l’opposé
de la frilosité ambiante en matière de dialogue
interreligieux et d’œcuménisme. « On ne peut pas
rendre Dieu catholique. Il est au-delà des
limites que nous construisons ». De retour sur
la terre, le Christ se contenterait, selon le
cardinal, de trouver « une Église pauvre et
petite, animée d’une foi puissante et agissant
selon la foi ».
Le Dieu de Martini « demande d’avoir confiance,
en lui et les uns les autres. Il veut que nous
sachions qu’il est de notre côté ». L’Église
catholique aurait-elle oublié cela ? Le jésuite
le suppose en affirmant « qu’elle a beaucoup
trop parlé de péché » et que « si l’enfer
existe, personne ne sait si quelqu’un s’y
trouve ».
Vent frais de la jeunesse
Celui qui réussissait à remplir sa cathédrale de
Milan avec des moins de 30 ans consacre de
longues pages aux jeunes. « L’Église de la
vieille Europe a besoin de vent frais ». Il voit
du « positif dans la recherche de la nouveauté,
dans la volonté d’introduire du changement ».
« Grand optimiste », le cardinal invite à
rejoindre les « jeunes qui défendent des
valeurs, mais se trouvent loin de l’Église.
Comme nous, ils travaillent à sauver le monde et
à réaliser ce que Dieu veut pour le monde.
Ensemble, nous pouvons faire bien plus ». Ces
discussions entre deux amis, agréables à lire et
vivifiantes, présentent un prophète apaisé. Âgé
de 81 ans, le cardinal Martini ne cache pas que
la maladie de Parkinson va bientôt l’emporter. À
l’heure ultime, il attend un dernier mot de
Jésus : « Je le sais, mais je voudrais bien
l’entendre une dernière fois dire qu’il
m’aime ».
Philippe Clanché
Témoignage chrétien, 12 février 2009
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