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DÉCEMBRE  2009

Mgr Charles Valois, Le courage de changer. Collaboration à la rédaction : Paul-André Giguère. Préface de Jacques Grand’Maison. Montréal, Novalis, 2009, 232 pages.

Cette fascinante autobiographie de Mgr Charles Valois, né en 1924 et qui a été évêque de Saint-Jérôme de 1977 à 1997, nous permet de revivre l’histoire sociale et religeuse du Québec dans la seconde moitié du 20e siècle. Mgr Valois a été non seulement un témoin lucide de la Révolution tranquille, mais aussi un acteur important qui a fait preuve, dans son itinéraire de prêtre éducateur, de pasteur et d’évêque, d’une clairvoyance et d’un sens prophétique extraordinaires. Bien qu’il soit issu d’une époque très cléricale, il a acquis, grâce à son expérience de l’Action catholique, une discipline de réflexion et d’action qui lui a permis de s’approprier avec une facilité admirable la nouvelle ecclésiologie proposée par Vatican II où l’Église est présentée d’abord comme le peuple de Dieu et de se mettre à son service, car tous les baptisés, hommes et femmes, possèdent la même dignité d’enfants de Dieu et jouissent des mêmes droits dans une juste égalité.  Sa culture biblique et son sens de l’histoire l’ont rendu capable de bien lire les signes du temps pour s’ouvrir à la modernité et établir avec le monde des rapports de respect, d’amitié et de solidarité comme ceux que le pape Jean XXIII a proposés pendant son court pontificat. Il a donc pu dialoguer avec le monde sans jamais le condamner et sans cultiver la nostalgie d’un passé idéalisé.

Dans toute son action pastorale de prêtre et d’évêque, le paternalisme et les attitudes cléricales sont totalement absentes de sa façon de faire. On ne peut qu’admirer l’aisance avec laquelle il a encouragé l’initiative et respecté la liberté de toutes les personnes laïques à la collaboration desquelles il a fait appel et qui ont ainsi été capables de jouer pleinement leur rôle dans notre société et dans l’Église.

À titre d’exemple, il faut mentionner la sérénité avec laquelle Mgr Valois a accepté la fin des collèges classiques et l’arrivée des collèges d’enseignement général et professionnel (Cégeps). C’est donc tout naturellement qu’il devint le premier directeur du Cégep Lionel-Groulx, qui remplaça le Séminaire de Sainte-Thérèse, où il avait été directeur des études, vice-recteur et recteur. À la différence de la majorité de ses confrères des collèges et séminaires classiques privés, il ne s’est pas battu pour la création d’un réseau de collèges privés, mais il a  accepté avec réalisme la création d’un réseau de collèges publics : « J’estime que la création des cégeps, prônée par la Commission Parent, fut un coup de maître.Les cégeps ont favorisé la démocratisation de l’enseignement au Québec. Alors qu’en 1961, à peine 16 % de la population faisait des études postsecondaires, ce nombre dépasse aujourd’hui les 60 %, et ce, malgré le problème du décrochage scolaire. »

Le rôle joué par Mgr Valois lors de la contestation étudiante mérite d’être souligné. Au moment où cette contestation se préparait, il avait convaincu ses collaborateurs de ne jamais faire appel à la police, peu importe ce qui arriverait au Cégep Lionel-Groulx.  A ma connaissance, c’est le seul établissement qui avait adopté cette attitude.

Toutes les valeurs et les qualités que Mgr Valois avait développées et cultivées dans tous les postes qu’il avait occupées depuis son ordination sacerdotale, il les pratiquera aussi dans son rôle de curé, de vicaire général et directeur de la pastorale, puis d’évêque du diocèse de Saint-Jérôme. À la suite de son prédécesseur, Mgr Bernard Hubert, dont il partageait l’ecclésiologie d’une Église commnunion et dont il  loue le courage et l’intelligence, il a pleinement utilisé les laïques et il n’a pas hésité à leur donner des responsabilités pastorales et ministérielles dans le réseau des paroisses. Il a su lui-même se mettre à l’écoute des laïques  et, face à la diminution dramatique du nombre de prêtres, diriger et pratiquer une pastorale reconnaissant à tous les baptisés une mission d’évangélisation et de transmission de la foi. La  place qu’il a faite aux laïques dans l’animation pastorale des communautés chrétiennes me semble plus porteuse d’avenir que les fusions systématiques de paroisses et l’importation de prêtres d’Afrique ou d’Amérique latine pour prendre charge de ces nouveaux regroupements pastoraux : les unités pastorales.

C’est une observation attentive de la nouvelle réalité démographique du diocèse de Saint-Jérôme qui a conduit Mgr Valois à faire appel à des hommes disponibles, mais surtout à des femmes, pour le service des communautés chrétiennes. On devine même que, comme son prédécesseur et mentor, Mgr Bernard Hubert, il est favorable à l’ordination d’hommes mariés (et probablement de femmes). En1969, le diocèse de Saint-Jérôme comptait 169 prêtres pour desservir une population catholique de 170 000 personnes; 25 ans plus tard, il avait un peu moins de 100 prêtres pour une population de 380 000 catholiques. Mgr Valois a donc institué deux formes de service ministèriel pour l’animation des communautés paroissiales : celui des ministres ordonnés et celui des ministres non ordonnés. A compter de 1984, une religieuse,Soeur Raymonde Jauvin, c.n.d., a  successivement occupé les postes de directrice de l’Office de l’éducation, directrice du département des ressources humaines, secrétaire générale du diocèse, adjointe au directeur de la pastorale d’ensemble, puis à la Direction générale du diocèse. C’est, à ma connaissance, le seul diocèse où on a confié de telles responsabilités pastorales à une femme. Dix ans plus tard, 30 laïques, surtout des femmes, assumaient l’animation, l’administration et la coordination des différentes activités de la communauté chrétienne en partenariat avec le prêtre de la communauté, tandis que 29 paroisses étaient confiées à 21 «prêtres de la communauté» et 38 prêtres étaient curés d’une paroisse à la manière traditionnelle. On ne s’étonne donc pas que les pratiques pastorales non traditionnelles de Mgr Valois lui aient valu une convocation exceptionnelle à la Congrégation pour la Doctrine de la foi.

Enfin, il faut encore souligner l’engagement social de Mgr Valois. Selon la tradition de l’Église et, plus particulièrement, selon l’enseignement du concile Vatican II, il s’est toujours préoccupé, dans son ministère, du sort des pauvres et de ceux qui souffrent. C’est ainsi qu’il a pris la décision d’ordonner des hommes mariés au diaconat permanent et de leur confier, en priorité, un ministère de service auprès des pauvres et d’engagement dans la sphère sociale. Il s’est ainsi distingué de son prédécesseur, Mgr Hubert, qui avait refusé d’instaurer le diaconat permanent par crainte de favoriser un nouveau cléricalisme exclusivement masculin, et de faire de ces diacres des prêtres au rabais. Il aurait souhaité permettre l’accès de femmes au diaconat permanent, mais les règles de l’Église n’ont pas encore été modifiées pour rendre cela possible.

Enfin, Mgr Valois rappelle, dans son autobiographie, le rôle qu’il a joué lors de deux crises survenues dans son diocèse. Il parle de l’appui public qu’il a apporté aux expropriés de Mirabel dans « l’histoire de cet échec monumental  que fut le projet d’aéroport international de Montréal à Mirabel ». Pour lui, l’action des expropriés de Mirabel est la plus belle histoire de solidarité qu’il a connue dans sa vie. Puis Mgr Valois raconte son rôle dans une autre crise majeure : la crise d’Oka. Dans les deux crises, il a fait preuve de courage et de lucidité.

Ce livre se lit comme un roman. Mgr Valois ne se présente pas comme un surhomme ou un héros de taille inhumaine. Il a seulement été un homme d’Église engagé et ouvert au monde, capable d’écouter et de dialoguer, qui a su faire face aux nouvelles réalités et préparer l’avenir avec intelligence et courage. On souhaite plus d’évêques de cette espèce.

Pour mieux comprendre l’oeuvre et l’action de Mgr Valois, il importe de lire la préface de Jacques Grand’Maison, dont l’hommage est tout à fait remarquable et mérité.


Réjean Plamondon

 

 

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