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OCTOBRE  2011

Paul Donovan, Sylvain Fournier, Élisabeth Garant, Alain Gignac, Suzanne Lavallée, Louis O’Neill, La religion sans confession. Regards sur le cours d’éthique et culture religieuse. Montréal, Médiaspaul, 2011, 175 p.

Un cours controversé

La déconfessionnalisation de l’école québécoise suscite un débat vieux d’au moins quarante ans, le Rapport Parent datant de 1963. Depuis une quinzaine d’années, le régime pédagogique faisait une place à l’enseignement religieux catholique, protestant et de la morale. Mais le régime était boiteux et donnait lieu à de multiples controverses. En 2008, le Ministère de l’Éducation a mis en place le programme d’éthique et culture religieuse (ECR) dont la complexité, la perspective pédagogique, les orientations et l’implantation rapide causent problème. Les tenants de la laïcité pure et dure s’y opposent, tout comme ceux d’un enseignement religieux et du maintien de la confessionnalité. Deux procès ont été intentés et les médias sont friands des bavures sur la mise en place du programme, chaque clan y trouvant des arguments pour relancer la controverse.

Religion sans confession donne la parole à six auteurs qui sont aussi des acteurs de ce débat. Trois voix sont nettement favorables au programme ECR et trois voix nettement défavorables. Les six contributions sont en général de bon calibre et faciles à lire. Le texte de Sylvain Fournier, président de l’Association québécoise des professeurs en éthique et culture religieuse, est malheureusement polémique avec des sous-titres méprisants (« les prétendus laïcs », « les nationalistes du terroir »), mais il situe bien le cours et ses objectifs. Le texte d’André Gignac, théologien et conseiller pour la préparation de manuels scolaires du programme, est plein d’exemples concrets et met bien en évidence que la situation antérieure ne pouvait plus durer. Le texte d’Élisabeth Garant (« Une approche de la laïcité ouverte »), directrice du Centre justice et foi, m’a paru de beaucoup la contribution la plus éclairante. Elle situe les décisions actuelles dans le contexte historique, politique et religieux et pense que l’approche culturelle de la religion est la piste à explorer : « Cette option marque notre volonté de s’assurer que tous les élèves pourront développer ensemble une réflexion éthique, l’enrichir de perspectives différentes et s’assurer d’une compétence de base en matière de phénomènes religieux » (p. 139).

Incidemment, on remarquera que les jésuites sont des deux côtés du combat : alors que le Centre justice et foi le trouve opportun, le collège Loyola attaque le cours devant les tribunaux. La défense de son directeur, Paul Donovan, doit être solide, puisqu’elle a convaincu un juge (le gouvernement est allé en appel). Son argument est que Loyola n’a pas à adopter l’ECR puisque les deux objectifs du cours sont déjà satisfaits : « […] l’école Loyola offre depuis vingt-cinq ans un cours intitulé Religions du monde et aucun de nos étudiants des dix dernières années n’a reçu son diplôme sans l’avoir suivi ». Son texte attaque de front le philosophe Georges Leroux sur le plan de la neutralité et de l’éthique. Il contient également une forte défense de l’école (privée?) comme prolongement de la famille. L’argumentation de Donovan est auto-référencée et s’appuie sur le catéchisme de l’Église catholique et sur un texte de la Congrégation pour la doctrine de la foi (p. 65-67).

Le texte de Suzanne Lavallée témoigne d’une grande souffrance. Elle a intenté et perdu, avec son mari, un procès pour faire exempter ses enfants du cours ECR (la Cour suprême a toutefois accepté d’entendre l’appel). Essentiellement, elle voit l’école comme le prolongement de la famille. Elle entend donc que les convictions et les valeurs qui sont les siennes y soient présentes. L’auteure attaque ensuite le programme ECR, ses visées et sa conception de l’éthique. Elle critique également les manuels mis en œuvre, puis le vécu réel dans les classes (plusieurs éléments savoureux à lire aux pages 116-120).

Louis O’Neill, théologien et homme politique, procède pour sa part à une démolition en règle du cours à partir des travaux de Guy Durand et de Joëlle Quérin. Stratégiquement, il ne demande pas l’abolition du cours mais suggère des accommodements : primauté du droit des parents, droit d’exemption, liberté de conscience de l’enseignant et donc liberté de témoignage, restauration du libre choix. Dans le prolongement de Guy Durand, O’Neill propose un programme de culture chrétienne. Il demande l’inversion de la réforme éducative, le retour au contenu et l’abandon de l’insistance sur les processus et les habiletés.

Au total, il s’agit d’un livre intéressant mais inachevé. Il y manque un article intégrateur. L’éditeur aurait dû demander à un septième auteur de relire l’ensemble de l’ouvrage pour en dégager des perspectives, notamment en ce qui a trait au triptyque famille-école-État. J’attends ainsi, depuis longtemps, une intervention de mon Église sur la primauté de l’école publique…


André Beauchamp
Revue Relations, septembre 2011

 

 

 

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