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MARS  2010

Denise Robillard,  Maurice Baudoux (1902-1988), Une grande figure de l’Église et de la société dans l’Ouest canadien, Québec, Presses de l’Université Laval, 2009, 518 pages.

Il est heureux que le diocèse de Saint-Boniface ait demandé à l’historienne Denise Robillard de rédiger la biographie de Mgr Baudoux, car cet homme a, comme prêtre et comme évêque, joué un rôle majeur non seulement en Saskatchewan, en Alberta et au Manitoba, mais également au plan national. Et l’auteure a fait un travail de recherche tout à fait remarquable qui rend justice à l’homme et qui nous permet de le suivre de sa naissance à sa mort. Et il n’est pas facile de suivre cet homme, qui était à sa façon un homme hyperactif.

En fait, son parcours est loin d’être banal  et l’histoire de sa vie est aussi passionnante à lire que le meilleur des romans. Il a quitté la Belgique avec sa famille et immigré en Saskatchewan en 1911, alors qu’il n’avait que neuf ans, et il a connu toutes les difficultés propres aux immigrants. Comme ses frères et soeurs, il a souffert du froid, de la pauvreté, de l’isolement dans des villages peu peuplés et il devait participer au travaux de la ferme. Au début du siècle, la vie sur une ferme n’était pas facile dans une province comme la Saskatchewan. Avant de partir pour le collège, il avait commencé à étudier le grec et le latin avec le curé de son village, l’abbé Bourdel, qui sera toujours pour lui un modèle de prêtre.  ll fit ses études classiques chez les Jésuites au Collège de St-Boniface, puis ses études théologiques d’abord chez les Oblats d’Edmonton et de Lebret, puis au Grand Séminaire de Québec pendant deux ans. Pendant ses études théologiques, il manifeste un grand intérêt pour la liturgie et pour le chant grégorien.

Dès les années de collège, le jeune Baudoux fait preuve d’une grande intelligence, d’une curiosité insatiable, d’une énergie inépuisable et d’une très grande détermination. Il se passionne pour tout ce qui peut l’aider à devenir un homme plus complet et son souci d’apprendre constamment et de se donner une bonne formation est impressionnant. Au collège comme au Grand Séminaire, il fait du théâtre, participe à des débats, s’initie à la musique et au chant choral, fait partie d’une chorale. Tout l’intéresse et sa vie se déroule comme un marathon. C’est un homme pressé conscient du nombre et de la complexité des tâches qui l’attendent. Il veut être certain de pouvoir réaliser tous les projets qui sont les siens et il retient tout ce qu’il a appris de ses expériences passées.

Pendant ses études théologiques, il découvre l’importance de la liturgie dans la vie chrétienne et  la participation des fidèles à la célébration de l’Eucharistie. Après son ordination sacerdotale, le 17 juillet 1929, il se passionne pour l’enseignement de la religion et se fait un devoir de recourir aux méthodes les plus modernes et les plus dynamiques de formation religieuse pour intéresser la jeunesse. Il sera au nombre des premiers prêtres de l’Ouest qui s’engageront dans l’Action catholique. On ne peut pas ne pas être frappé par l’intelligence de cet homme et par son souci d’avoir une pastorale et un enseignement qui correspondent parfaitement aux besoins de son époque. Dans toutes ses activités, il a le sens de la qualité, de la beauté et du travail bien fait. Il prépare ses sermons avec soin et s’impose de lire les meilleurs livres de théologie et de spiritualité. Malgré ses occupations, il sera toujours fidèle aux liens de famille et aux liens d’amitié. On est frappé par la qualité de la relation qu’il entretiendra pendant toute sa vie avec sa soeur Mariette, qui sera toujours pour lui une assistante dévouée et une confidente.  

En 1948, il est nommé évêque du nouveau diocèse de Saint-Paul, en Alberta. Quatre ans plus tard, il devient archevêque-coadjuteur de l'archidiocèse de Saint-Boniface, puis archevêque en titre en 1955.

L'activité pastorale du prêtre et de l’évêque sera toujours d’une très grande importance, ce qui ne l’empêchera de poursuivre, pendant toute sa vie, un engagement social. Il a été profondément marqué, pendant sa jeunesse, par les difficultés des francophones et des catholiques dans l’Ouest canadien. Il s’est engagé avec courage et ténacité dans les luttes que devaient mener les francophones des quatre provinces de l'Ouest du pays pour obtenir l'enseignement du français. C’était pour lui une question de justice et, parce qu’il s’est fait aussi le promoteur de la radio française pour la population canadienne-française de l’Ouest, on lui a donné le titre bien mérité de « père de la radio française dans l'Ouest ».

Il a de nombreux voyages et des collectes dans l’Est du pays pour défendre et justifier la radio française de l’Ouest. Il trouvait inacceptable, par exemple, que la population anglophone de Shawinigan, au nombre de 6 000 personnes, ait une station de radio, alors qu’il n’y avait aucune station de radio pour les 150 000 francophones de l’Ouest. Il a certes défendu la cause des francophones, mais il était aussi très préoccupé par les besoins des autres minorités et s’est toujours intéressé au sort des catholiques orientaux. Par exemple, le nombre de catholiques d’origine allemande dans le diocèse de Saskatoon l’amène à faire pression pour qu’on donne à ce diocèse un évêque d’origine allemande.

L’énergie de cet homme était vraiment inépuisable. Mgr Baudoux a été également le promoteur de l’éducation des adultes et il se mettait volontiers au service des bonnes causes qui faisaient appel à ses talents. Ses luttes pour la radio française l’ont obligé à être très présent au Québec, ce qui a contribué à faire de lui une figure nationale. Homme tenace et déterminé, Mgr Baudoux devait sans doute passer pour un homme autoritaire auprès de certains de ses collaborateurs, car il n’était pas homme à laisser tomber les projets qu’il avait conçus. Mais il savait aussi s’entourer de collaborateurs de qualité et c’est sans surprise qu’on constate que certains de ses collaborateurs deviendront évêques  à leur tour : Édouard Gagnon, qui sera évêque de St-Paul, en Alberta, et qui deviendra même cardinal ; Antoine Hacault, qui deviendra le coadjuteur, puis le successeur de Mgr Baudoux ; Aimé Décosse (Gravelbourg), Remi De Roo (Victoria) Noël Delaquis (Gravelbourg) ; Émilius Goulet (Saint-Boniface) ; Raymond Roy (St-Paul).

L’arrivée du pape Jean XXIII à la tête de l’Église et son projet, annoncé le 25 janvier 1959, de tenir un concile œcuménique feront le bonheur de Mgr Baudoux et le verront participer activement, avec les prêtres et les fidèles de Saint-Boniface, aux travail de préparation de ce Concile, dont il sera un acteur tout aussi important au plan national et international. À l’ouverture de Vatican II, en octobre 1962, il est président de la Conférence épiscopale canadienne et consacrera beaucoup d’énergie au travail conciliaire. Pendant toute la durée du Concile, il sera le délégué des évêques canadiens auprès de l’assemblée des conférences épiscopales. Il déploiera beaucoup d’énergie pour convaincre les évêques canadiens de travailler ensemble. Il sera particulièrement emballé par les travaux du Concile sur la liturgie, sur l’ecclésiologie, sur l’œcuménisme et sur les Églises orientales. Vatican II redonne à cet homme une nouvelle jeunesse et un regain de ferveur. Il n’aura pas de mal à adopter la vision de l’Église comme peuple de Dieu. On n’est donc pas surpris de lire le programme exigeant qu’il trace pour ses prêtres le 30 décembre 1965, donc quelques semaines après la fin du Concile :

« Il nous faut nous remettre à l’école, vénérés confrères dans le sacerdoce. Je puis vous dire qu’il en est ainsi pour la plupart des évêques, puis vous dire qu’il en est ainsi pour moi. Je n’ai jamais tant étudié depuis que j’ai quitté le Séminaire, que voilà depuis cinq ans, et continuellement et continuellement. Mais il faut que chacun de nos prêtres se remette de la même manière à l’étude [...]. C’est une nécessité absolue. Cela veut dire également qu’il faudra chez nous une véritable conversion. Vous ne l’ignorez pas que peu à peu nous en sommes arrivés au concile à faire disparaître le mot convertir du vocabulaire de l’œcuménisme. [...] Il n’y est plus question de la conversion des autres, parce qu’il est question de la conversion de tous, tous nous devons nous convertir et nous ne devrions jamais parler de conversions que dans ce sens de conversion mutuelle. [...] Nous sommes tous en état de conversion et si nous ne le sommes pas, nous ne sommes pas à la hauteur de la tâche du tout. Mais c’est extrêmement important que nous en arrivions là non seulement au point de vue intellectuel, mais au point de vue de la volonté, au point de vue de tout ce qui est en nous, pour pouvoir être en parfaite disponibilité vis-à-vis de la grâce qui vient de l’Esprit. » 

Quand on arrive à la fin de cet ouvrage, on est presque fatigué d’avoir suivi un homme qui a déployé, au cours de sa vie, une telle énergie au service de l’Église. On n’est donc pas surpris de le voir, en 1974, quitter sa fonction d’archevêque de Saint-Boniface à l’âge de 72 ans. Mgr Baudoux était sûrement épuisé; il était physiquement un géant, mais il fut aussi un géant au service de l’Église. On souhaite à notre Église plus d’évêques de cette stature et avec une telle vision.

 
Réjean Plamondon

 

 

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