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DÉCEMBRE 2004

Jacques Gaillot, Alice Gombault, Pierre de Locht, Un catéchisme au goût de liberté, Paris, Éditions Ramsay, 2003.

Responsable du diocèse virtuel de Partenia créé en 1996, Mgr Jacques Gaillot a pu constater combien le réseau Internet offrait de possibilités de dialogue avec les internautes de la planète sur les sujets liés à la religion et à l’intelligence de la foi chrétienne. Peu à peu, pour répondre aux besoins, s’est constituée une équipe qui a mis en route et porté pendant quatre ans ce projet de « catéchisme électronique ». L’expérience s’est avérée une recherche d’intelligence de la foi, de son caractère vivant et libérateur.

Quoique fragmenté et fragmentaire, le tableau est impressionnant. En partant du terreau humain, des réalités de l’existence, du sens de la vie et de la possible existence d’une Transcendance, on y aborde la foi sous tous ses angles et sans dissimuler le caractère ambitieux de l’entreprise, mais avec la conviction que la foi est quête et non possession de la vérité; qu’elle est de plus accueil de la différence, comme l’enseigne l’épisode de la Pentecôte, mouvement vers la diversité.

Les conditions actuelles pour vivre ses convictions religieuses émergent d’un monde où la Paix doit dominer : c’est une responsabilité citoyenne que de la promouvoir entre les peuples et les hommes. Mais cette paix s’enracine dans la justice et le partage. Basée sur une condition humaine qui est identique pour tous, la relation aux Autres doit reposer sur le respect de leur différence. La tolérance, voilà le principe qui doit présider à toute relation et bannir les réflexes d’exclusion : contre les gens divorcés et remariés, contre les homosexuels, et qui doit changer nos attitudes à l’égard des questions de sexualité et du suicide. Le sens de cette démarche dérive de Dieu qui est Relation et Interaction. Personne ne peut préexister à une relation, parce que tout être est fait pour la réciprocité, sans fusion ni domination, comme en Dieu. Au-delà de la faute, de la vieillesse, du pardon et de l’espoir, une seule assurance : celle d’être aimé de Dieu qui mérite, à cause de cela, notre confiance.

Dans le seconde partie se trouvent posés les fondements d’une quête spirituelle authentique axée sur la personne et sur l’accueil d’un Au-delà de l’humain. La foi seule rend possible un tel accueil, qui n’est pas faiblesse ou fuite dans un Ailleurs idéal, mais espérance que tout peut changer. Car le temps chrétien est marqué par l’Avent, la conviction qu’un autre monde est possible. Après la conversion, l’expérience du désert, du carême, du voyage, tout est appelé à recommencer. Cela suppose une transformation intellectuelle, une métanoia théologique. Habitué à obéir, le chrétien d’aujourd’hui doit prendre ses responsabilités et rendent raison de sa foi, revisiter et réinterpréter le Credo. La création, la résurrection posent à l’intelligence des questions et peuvent mener à des impasses. L’esprit du croyant est convié à la foi sans certitude dont seul l’Évangile nous enseigne le dépassement : Jésus. Car plus le mystère est grand, plus l’explication risque de décevoir. 

Une troisième section traite le délicat dossier de la morale chrétienne « en création permanente ». Y sont abordés les sujets lourds de conséquences dans les milieux de croyants comme le sacrement de mariage qui s’inscrit dans le devenir du couple, les problèmes de l’avortement, de l’euthanasie, le travail, l’agir autonome et imparfait, la non-violence et l’explosion démographique, le sens du pouvoir et de l’autorité et la nécessité de la transgression des lois pour défendre la justice.

La quatrième section, intitulée La foi décantée, touche à la Révélation comme expérience de découverte : un monde ancien bascule, une vision nouvelle le remplace. Ces pages développent avec maîtrise les thèmes centraux de ce catéchisme au goût de liberté : la conversion, la foi mais sous l’angle de la liberté qui lui est liée et qui réactualise certains thèmes figés par les catéchismes traditionnels : péché originel, morale liée à la faute, le salut, l’au-delà et le désir d’infini, l’enfer et le purgatoire : tous ces thèmes reçoivent un traitement décapant dans l’optique d’une réappropriation de la révélation par-delà les formules ou le langage hérités du passé. 

La cinquième section est consacrée à l’Église, demeure de l’Esprit et non de la Loi. Sa double nature, visible et invisible, y est bien soulignée, de même que son type d’organisation modelé par l’histoire avec sa séparation clercs / laïcs et sa tendance à la sacralisation d’un sacerdoce auquel Jésus a mis fin : à sa mort, le voile du Temple se déchire. Mais des blocages psychologiques observables dans sa structure hiérarchique empêchent le peuple chrétien d’assumer pleinement son rôle. Mue par l’Esprit de Pentecôte, l’Église du Christ ne doit pas élever de frontière entre les croyants réunis par le sacrement de Dieu et non par la seule institution ecclésiale. En effet, hommes et femmes sont appelés à exercer de nouveaux ministères et services de manière plus souple et diversifiée, avec « une moindre crispation sur le pouvoir que ne le fait le ministère à vie ». Élargissant encore la perspective, les auteurs donnent à la théologie de la libération des pauvres et des opprimés sa vraie dimension. Ils évoquent ensuite la nécessité et les promesses du dialogue interreligieux, du mouvement œcuménique, appelant de tout cœur à un fonctionnement démocratique de l’Église catholique.

Cet ouvrage, il va de soi, s’éloigne du catéchisme traditionnel. À maints égards, il en est la contrepartie. Affichant même à l’occasion leur position anti-catéchisme, les auteurs démontrent que la foi est une réalité vivante, irréductible à des formules figées qui contreviennent à l’essence de la Révélation et à la liberté de l’Esprit promis par Jésus à ses disciples. Le vrai catéchisme est à construire à partir des réalités quotidiennes éclairées par l’Évangile. Cette pédagogie est celle du regard porté sur une foule de sujets inconnus par l’orthodoxie théologique dont les cadres de pensée craquent sous la poussée d’un monde en pleine évolution. Seule convient dans les circonstances une spiritualité de l’attente centrée sur Jésus, et non sur un Credo sans horizon ni ouverture face aux interrogations du monde contemporain.

Avec audace (le christianisme a un avenir en dehors d’une appartenance à un appareil), s’échafaude une vision de l’Église renouvelée et qui remet à l’individu croyant la responsabilité de son salut. Refusant à la seule obéissance à l’institution la garantie de l’authenticité de son engagement, le fidèle cherchera pour ainsi dire à faire sienne la formule augustinienne : Aime et fais ce que tu veux. Bien sûr, on s’interroge : une telle proposition d’ouverture et de renouveau face au pluralisme, à la famille, à la sexualité ne fera pas l’unanimité. Toutefois, à l’opposé du traité théologique, on nous présente ici une expression vivante et contemporaine de la foi sous l’angle évangélique. Défendre la liberté du chrétien, éviter le piège du catéchisme doctrinaire, ce n’est pas précisément faire œuvre impie, bien au contraire. La naïveté de la culture chrétienne qui surnage après l’effondrement des structures de chrétienté invite à une telle remise en question du langage croyant réclamée par la majorité. Les directives romaines n’ont plus l’heur d’être reçues sans examen critique. Dorénavant, le fidèle prend conscience que la foi ne dispense aucunement de la quête personnelle de la Voie, la Vérité et la Vie enseignée par Jésus mais qu’elle doit se faire avec tous ceux qui comme lui poursuivent une telle recherche. Le thème est récurrent à travers les pages de cet ouvrage stimulant : on n’existe que relié.


Raymond  Légaré  

 

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