Livres
du mois
OCTOBRE 2008
GATEOS (Groupe d’appui à une table eucharistique
ouverte et signifiante), L’Eucharistie?
Pour une table ouverte et signifiante.
Montréal, Novalis, 2008.
L’idée de publier ce livre en collaboration n’est pas sans
lien étroit avec la tenue du Congrès
eucharistique international de Québec, en juin
dernier. Quelles que soient les réticences ou
non que certains pouvaient avoir sur la vision
de l’eucharistie que les responsables du
Congrès portaient et sur sa mise en œuvre,
plusieurs souhaitaient que cet événement,
maintenant passé, ait des suites. Pourquoi
alors ne pas ouvrir l’espace pour une réflexion
diversifiée sur nos pratiques de l’eucharistie!
Le titre du livre est révélateur. Il se présente d’abord
comme une interrogation et un souhait :
L’Eucharistie? (de quoi parle-t-on?) Et en
sous-titre : Pour une table ouverte et
signifiante (un souhait). Provenant de
divers milieux, événements et regroupements, ce
livre me semble être le fruit d’une belle
rencontre d’écriture entre plusieurs personnes
qui ont voulu réfléchir à partir de leurs
expériences eucharistiques. Je pourrais même
avancer qu’il s’agit d’une sorte d’écriture
multi-médias, puisque des textes ont paru sur
le blogue GATEOS (Groupe d’Appuis à une Table
Eucharistique Ouverte et Signifiante) dont les
responsables ont pris l’initiative de cette
publication. Les textes proviennent aussi de
conférences prononcées dans le cadre d’une
rencontre de Culture et foi, et du
dossier intitulé Eucharistie et société de la
revue Relations (n. 722). Cela donne un
dynamique et profond questionnement. Cette
publication révèle un souci de recherche pour
traverser la nécessaire dimension rituelle de
l’eucharistie, pour y retrouver une expérience
humaine et théologale. Devant le peu de
participation aux eucharisties dominicales ou
autres, on est en droit de se demander pourquoi
les chrétiens et les chrétiennes ne désirent
plus partager ensemble? Comment expliquer cette
perte d’appétit? Mais où est rendue la table? se
demande un blogueur.
Tout au long de la lecture de ce livre, on sent un immense
souhait: que, dans la pratique et aidée par une
juste vision théologique, l’eucharistie devienne
ou redevienne une table signifiante, ouverte à
toutes les personnes qui désirent s’y retrouver,
parce qu’elles n’ont jamais fini de saisir le
sens du geste de Jésus au soir de sa vie. Des
personnes qui veulent se souvenir… Retrouver ce
geste, dont les paroles qui l’accompagnent
parlent de mémoire, de travail à continuer
ensemble et de l’avenir du monde.
Ce livre se veut une parole qui manifeste une recherche
approfondie et pratique du sens de l’eucharistie
dans différents milieux, une sorte de « parole
éclatée » qui veut faire saisir de bien des
points de vue les multiples dimensions de
l’eucharistie et les questions que cette
pratique pose. On sent, à la lecture, que se
vivent de nombreuses expériences de pratiques
eucharistiques « ouvertes et signifiantes » dont
on parle peu. On aurait avantage à les faire
connaître. Ce sont des expériences d’une
approche d’Évangile qui veut redevenir le levain
pour une Église qui a le souci de relever la
tête, mais pas à n’importe quel prix. À cet
égard, ce livre vient comme ouvrir le paysage
et montrer qu’il y a ou qu’il peut y avoir des
expériences et approches différentes de celles
marquées par une mise en oeuvre qui tend à
refermer l’eucharistie dans un cadre rituel
rigide.
Depuis plusieurs années, l’exégèse et la théologie nous ont
apporté des réflexions pertinentes et justes
sur les grandes dimensions de la pratique
eucharistique. On a mieux saisi ce que Jésus a
voulu faire en posant ce geste et jusqu’où il
pouvait nous rejoindre et nous interpeller. Mais
ces dimensions théologiques (mémorial,
communion, sacrifice, action de grâce,
présence…) passent-elles vraiment dans la
pratique eucharistique? Ces dimensions
sont-elles mises en scène dans nos assemblées?
Ici on soupçonne quelques expériences.
Pour une large part, la tenue du Congrès eucharistique
international de Québec a été l’occasion de
réflexions suscitées par des organismes invitant
des personnes qui vivent une action engagée dans
divers milieux sociochrétiens. D’ailleurs, les
préoccupations autour de ce Congrès soulèvent
des questions qui sont abordées en première et
en dernière partie du livre. Au fond, toutes
les contributions parlent à la fois de la
fragilité de la table eucharistique, du grand
nombre de croyants et de croyantes qui se
sentent ou se disent exclus de cette expérience,
soit parce qu’ils ne trouvent plus de sens à
cette pratique, soit parce que ces personnes se
sentent exclues par l’institution. Mais ce
livre parle aussi et beaucoup de l’avenir
possible, du travail d’intelligence de la foi
qu’il y a à continuer pour que l’eucharistie
redevienne une table signifiante et ouverte à
tous et à toutes. On aurait pu intituler ce
livre : L’eucharistie, l’avenir d’un
souvenir; ou bien, pour reprendre le titre
de la contribution de Guy Paiement : Se
souvenir de l’avenir, tellement la dimension
d’avenir de la pratique eucharistique est
présente et préoccupante.
Ce livre se présente en 2 parties :
-
Réflexion sur le Congrès eucharistique
internationale de Québec : Pour ou contre?
À relire cette partie, je crois que les
lecteurs/trices trouveront un moment de
réflexions encore très utile, même après la
tenue du Congrès.
-
En deuxième partie, intitulée : Une table
ouverte et signifiante, on trouvera des
textes provenant du blogue GATEOS; donc des
textes assez courts sur des points très
précis de l’expérience eucharistique et
parfois livrant des prises de position assez
fermes. Ces textes portent sur le sens de
la table, de lourdes interrogations et
réflexions autour du phénomène de
l’adoration, sur l’exclusion de cette
table, sur l’eucharistie dans sa dimension
sacrificielle et sur le sens de sa dimension
communautaire. Enfin, on reprend l’excellent
dossier Eucharistie et société
publié dans la revue Relations.
Les thèmes suivants sont abordés :
l’eucharistie et les femmes, le langage
de l’eucharistie, le pardon, le sens de
l’Arche, un symbole utilisé au cours du
congrès. Enfin, un texte rend compte du
congrès eucharistique comme événement
médiatique.
Je souligne la pertinence du dernier texte du livre écrit
par André Gadbois. Un merci tout particulier à
André. Dans une conclusion en deux étapes,
intitulé : Pour la suite… et encore, il
pose un certain nombre de questions, comme pour
laisser l’interrogation ouverte et pour inciter
les individus ou les groupes à continuer la
réflexion pour eux-mêmes :
-
Comment dresser la table pour que la
révélation du Dieu de Jésus se vive dans un
langage signifiant?
-
Comment prolonger ma table, notre table,
pour éviter que nous mangions au nez des
pauvres?
-
Comment notre table favorise-t-elle le
plaisir d’être ensemble et de vivre la
communion?
Ce livre mérite un arrêt dans nos parcours de lecture.
J’oserais dire, en exagérant un peu, que c’est
un incontournable pour les personnes et les
groupes qui aimeraient entreprendre ou
poursuivre une réflexion sur la pratique de
l’eucharistie. Pour ma part, je me verrais
facilement tenir un séminaire sur l’eucharistie
à partir de ce livre, tellement le foisonnement
de questions est grand. Un bon instrument entre
nos mains et sous nos yeux.
Merci à tous les collaborateurs/trices. Merci surtout à
Alain Ambeault qui a pris le leadership ainsi
qu’aux membres de Gateos. Avec eux et elle, il
a travaillé très fort pour recueillir et
organiser la présentation de tous ces textes.
Guy Lapointe
Texte
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