Livres
du mois
JANVIER
2009
Gilles
Routhier, Penser l’avenir de l’Église,
Montréal, Fides, 2008,162 pages.
Au moment où la baisse de la pratique religieuse
et la pénurie de prêtres entraînent la fermeture
d’églises et la restructuration des paroisses,
on peut penser que l’Église n’a guère d’avenir
dans notre société ou, si elle en a un, que
celui-ci est impossible à prévoir et que, dans
ces conditions, on doit se contenter de
l’attendre passivement.
L’auteur de ce petit livre, Gilles Routhier,
prêtre et professeur à la Faculté de théologie
et de sciences religieuses de l’Université
Laval, avait toutes les qualités pour s’engager
dans ce travail de réflexion. Il est sûrement
l’un des plus grands experts sur Vatican II et
le meilleur au Canada. Bien qu’il ait écrit de
nombreux ouvrages et articles savants sur
Vatican II, son petit livre présente de façon
très accessible les défis que l’Église devra
relever. Il reconnaît que l’Église est
aujourd’hui confrontée à des questions
fondamentales concernant sa nature et sa mission
et qu’il faut engager un courageux travail de
réflexion si on veut construire cet avenir sur
des bases solides.
Pour commencer, il faut sans doute analyser
toutes les données dont ont dispose sur la
démographie, l’évolution des pratiques, la
situation du clergé et des communautés
religieuses. L’Église doit encore, d’une part,
étudier soigneusement son passé pour éviter de
le répéter ou de le restaurer et, d’autre part,
se laisser interpeller par les aspirations, les
attentes, les traits fondamentaux ainsi que les
mouvements spirituels et intellectuels du monde
dans lequel elle vit. Enfin, pour penser
l’avenir de l’Église, il faut aussi faire une
large place à la Parole de Dieu et à l’Esprit.
Même si les cinq chapitres de ce livre sont des
textes soit de conférences soit d’articles
publiés dans des revues, l’ouvrage conserve
néanmoins une grande unité. Celle-ci tient au
fait que l’auteur est non seulement un
théologien spécialiste de Vatican II, mais aussi
un observateur attentif depuis de nombreuses
années de l’évolution de l’Église du Québec. Il
n’a pas de recettes à offrir et il ne propose
donc pas de réaménagements pastoraux
particuliers. Il identifie d’abord les défis que
l’Église devra relever, puis indique les
ressources nombreuses que Vatican II fournit à
l’Église pour assurer son avenir. Ces
ressources, ce sont les documents, l’esprit et
le style du concile Vatican II. Pour l’auteur,
il importe peu de prédire la forme ou la
vitalité de l’Église de demain. Il pense plutôt
qu’il faut accueillir cette Église et en
façonner les traits.
Grâce à Vatican II, l’Église a cessé d’être une
Église occidentale et elle a découvert sa
catholicité et son universalité. Tout le
phénomène de l’évangélisation des cultures et de
l’inculturation de la foi est lié à la
mondialisation de l’Église. L’Église enrichit le
monde dans lequel elle s’incarne, mais elle est
aussi façonnée et enrichie par ce monde. En
définissant l’Église comme le « peuple de
Dieu », dont le rôle premier est
l’évangélisation, Vatican II a redonné à
l’assemblée chrétienne sa place centrale.
Vatican II a modifié les rapports de l’Église au
monde et permis à l’Église de développer une
nouvelle façon de parler au monde. Il n’a
prononcé aucune condamnation, mais il a plutôt
engagé un dialogue amical et serein avec le
monde, se faisant solidaire de ses
préoccupations et de ses attentes.
Les documents de Vatican II sont importants,
mais le style qu’il a donné à l’Église l’est
tout autant. La fidélité au style de Vatican II
est aussi importante que la fidélité aux textes
qu’il a produits. Alors, l’Église aura une plus
juste perception d’elle-même et sera amenée à
définir autrement sa mission ainsi que les
rapports entre les baptisés, entre les membres
du peuple de Dieu.
Penser l’avenir de l’Église au Québec, c’est
réfléchir au mode de transmission de la foi et à
la façon dont les nouvelles générations
recevront et reformuleront le christianisme. La
présence de l’Église au monde ne peut plus être
celle du passé et elle ne pourra plus compter
sur un réseau d’institutions ou de structures
confessionnelles. Elle ne disposera pas non plus
de pouvoirs ou de privilèges particuliers. Cette
présence doit être assurée par le témoignage de
vie et le dialogue amical des croyants. Pour
l’auteur, il faut parler de l’Église à
construire plutôt que de l’Église à établir.
Parmi les gestes instituants qu’il valorise pour
construire l’Église, c’est le rassemblement
autour de la Parole de groupes, de cellules ou
d’équipes. Surtout, l’Église doit toujours être
en situation de se convertir et de se réformer.
Elle est, dans une société pluraliste, une
simple «citoyenne» dont la mission est de
proposer (et non d’imposer) l’Évangile comme une
force capable de transformer et d’enrichir la
société. Elle y arrivera si elle retrouve le
dynamisme, l’esprit et le style de Vatican II.
Ce petit livre, qui est en quelque sorte la
suite de l’ouvrage 40 ans après Vatican II –
Espérer (Ottawa, Novalis, 2007, 166 pages)
envoie un message d’espérance. L’auteur y
présente une analyse tout à fait juste de la
situation de l’Église d’ici et il montre bien
que notre Église n’a d’avenir que si elle peut
retrouver le langage, l’esprit, le style et les
textes de Vatican II.
Réjean Plamondon
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