Livres
du mois
OCTOBRE
2009
René Girard
et Gianni Vattimo, Christianisme et
modernité. Paris, Flammarion, 2009,
Champs/Actuel, 148 p.
J'éprouve comme rarement le désir de vous
convaincre de lire ce petit livre essentiel. Il
est une sorte de compte rendu d'un congrès qui
s'est tenu à Falconara Marittima, en Italie, en
2006. Le simple fait que l'on ait jugé utile
d'en proposer la traduction aux lecteurs
français est en soi une preuve de grande
qualité. Le centre de l'ouvrage est le débat de
haute tenue conduit entre René Girard, le grand
anthropologue français, et Gianni Vattimo, le
grand philosophe italien revenu au christianisme
grâce a l'influence du premier. Malgré le
respect et l'amitié qu'ils partagent, leurs
échanges sont sans complaisance, et chacun va au
bout de convictions qui ne sont nullement
superposables.
Pierpaolo Antonello, qui conduisit la rencontre,
résume un peu ainsi l'esprit des débats :
...le christianisme n'est pas une "religion" au
sens propre du terme, mais le principe de
déstructuration de tous les cultes archaïques,
qui se "travestit" en religion institutionnelle
pour instaurer un dialogue avec les credo
traditionnels. Tel un cheval de Troie, il entre
dans le château millénaire des religions
naturelles et le vide de l'intérieur, en
empruntant à celles-ci leur langage et leur
symbolique, mais en renversant complètement leur
signification, en démystifiant toute la violence
sur laquelle elles avaient été érigées. On
comprend que les intervenants, déclarant, pour
G. Vattimo, que la sécularisation est
consubstantielle au christianisme, et, pour René
Girard, que l'on est à l'aube d'une rupture à
côté de laquelle la Renaissance n'est rien,
reconnaissent implicitement que le christianisme
ne s'est jusqu'à présent pas réellement
affranchi des lourdeurs qui lui interdisent
d'accéder aux espérances dont il est porteur. Ce
serait affadir le propos que de prétendre
pouvoir résumer aisément la disputatio
entre René Girard, spécialisé dans le caractère
victimaire des religions, et Gianni Vattimo,
philosophe déconstructionniste et grand
connaisseur de Heidegger. Il vous reste à lire
cet opuscule passionnant, un peu pointu parfois,
mais jamais réellement difficile. Food for
thought, comme disent les anglophones.
Didier Vanhoutte
Les chrétiens des PARVIS,
numéro 43, septembre 2009
http://www.reseaux-parvis.fr/chretiens-en-liberte/
Chrétiens en liberté pour d’autres visages
d’Église
[
RETOUR ]