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SEPTEMBRE  2006
 

Catherine Grémion et Hubert Touzard, L'Église et la contraception L'urgence d'un changement. Éd. Bayard, 2006, 175 pages.
 

Voici un propos particulièrement éclairant sur la question de la contraception et les prises de position qu'elle suscite dans l'Église catholique. Nous le devons à Catherine Grémion, sociologue, et Hubert Touzard, psychologue, tous deux faisant partie d'un groupe d'intellectuels catholiques. En simplifiant, et dans le but d'en favoriser la lecture, je crois discerner, dans cet ouvrage, quatre parties essentielles.

1.  L'histoire d'une doctrine

Les rédacteurs du texte observent, tout d'abord, que l'enseignement du magistère ecclésial n'est plus reçu, ni considéré comme recevable par la grande majorité des couples. Non seulement la parole de l'Église apparaît inacceptable, mais, pire encore, pas réellement fondée.

Reconnaissant que cet enseignement est riche en certains de ses aspects et qu'il indique des repères importants pour l'équilibre d'une vie vraiment humaine, le livre souligne le danger de voir rejeter en bloc l'idéal du mariage chrétien. Néanmoins « à charger la barque inutilement ou sans raison, celle-ci coule ou les passagers désertent » (p. 17).

Il semble bien, en effet, que la rigidité de l'enseignement de l'Église a contribué à éloigner du christianisme nombre de couples catholiques, des femmes en particulier. Ceci est d'autant plus manifeste que beaucoup de chrétiens ne retrouvent pas dans le message biblique les préceptes qu'ils sont appelés à suivre. Ainsi, on cherche en vain dans l'Évangile une allusion à la fécondité. Pour saint Paul, l'union des époux est orientée vers la sainteté, à l'image de celle du Christ et de son Église (Ep. 5, 21-33). Par contre, pour un saint Augustin, la relation physique n'est acceptée qu'orientée vers la fécondité.

2.  Une élaboration sinueuse

L'encyclique Humanæ vitæ est publiée par le pape Paul VI le 25 juillet 1968. Ce document est le résultat d'une préparation à la fois longue, laborieuse et sinueuse. Dès 1963, Jean XXIII avait créé une commission de six personnes chargées de réfléchir au problème de la limitation des naissances. Lors de la troisième session du Concile, Paul VI retirait le sujet de l'ordre du jour de l'assemblée conciliaire et renforçait la commission en élargissant sa composition. Celle-ci sera élargie une deuxième foi : 58 membres dont 34 laïcs (dont cinq femmes). C'est par 52 voix qu'elle se prononce pour un net assouplissement de la position de l'Église sur le sujet. Ce n'est pas tout: sur les conseils du cardinal Ottaviani, le pape va nommer 16 cardinaux et évêques comme membres de la commission.

En fait, le débat entre théologiens va se terminer par un vote qu'on peut qualifier d'historique : « La doctrine de l'encyclique Casti connubii est-elle irréformable? La contraception artifïcielle est-elle une violation intrinsèquement mauvaise de la loi naturelle? » Le résultat sera le suivant : non aux deux questions par 15 voix contre 4. Le pape, encore hésitant, multiplie les consultations supplémentaires et, en dernier lieu, se range à l'opinion du Cardinal Wojtyla (le futur Jean-Paul II) et de la commission qu'il a constituée à Cracovie : « Tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie. » C'est un retournement complet et inattendu du texte annoncé, par rapport aux avis majoritaires de la commission pontificale.

3.  Une réception mouvementée

La réception de l'encyclique Humanæ vitæ a été particulièrement houleuse, notamment dans les pays anglo-saxons, mais aussi en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas. En France, une note pastorale des évêques, votée à l'Assemblée plénière de Lourdes, en novembre 1968, prend soin de rappeler que l'encyclique n'est pas « infaillible ». Elle recommande de se conformer vis-à-vis des époux à la loi de croissance. Un paragraphe précise que « la contraception est toujours un désordre, mais que ce désordre n'est pas toujours coupable ». Néanmoins, l'enseignement officiel de l'Église catholique, dans ses principes, ne va pas varier, comme en témoigne, en 1981, l'exhortation apostolique de Jean-Paul II sur la famille.

Les auteurs du livre ici présenté remettent en cause le caractère « pas très naturel » des méthodes dites « naturelles ». Ils invitent les théologiens à dépasser une morale de l'acte pour adopter une morale de l'intention. Ils privilégient une attitude qui dissocie l'union charnelle des époux et la fécondité immédiate, pour aller dans le sens d'une fécondité globale du couple. C'était la proposition de la commission pontificale constituée par Paul VI en 1966 (p. 150).

4.  Une importante question ecclésiologique

La crise soulevée par Humanæ vitæ pose une question importante d'ordre ecclésiologique: celle du rapport entre l'autorité du magistère ecclésial (de Rome en l'occurrence) et « le sens chrétien » des fidèles. Il est incontestable que la « non-réception » très générale de l'encyclique – du moins en Occident – s'est soldée par un discrédit grave et durable de l'image de l'Église. Le Père Yves Congar – en tant qu'ecclésiologue averti – critiquera le caractère « pyramidal et monarchique » du document. Le point le plus important est que «  tout se passe, quelles que soient les déclarations faites, comme si tout le Saint-Esprit promis à l'Église était accordé à un seul, et que celui-ci puisse décider solitairement de façon souveraine (...). Il se pourrait que Rome ait perdu en un coup, ce quelle a mis seize siècles à construire. »

Comment sous-estimer que, en ce domaine de la morale conjugale et sexuelle, les laïcs chrétiens sont les premiers concernés? N'est-ce pas un lieu où s'exerce éminemment « le sens de la foi » des baptisés? II est courant de l'entendre dire au niveau des principes, mais qu'en est-il dans leur application effective?

Au total, un livre bien documenté et qui donne à penser...

 

Jean Rigal

(Le Courrier de Jonas, no 36)

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