Livres
du mois
FÉVRIER
2006
Richard Guimond,
Prier ?
C'est possible ! Montréal, Novalis, 2005,
112 pages.
« Prier? » Bien sûr, répondront les croyants,
mais, pour plusieurs, ce ne sera pas sans ajouter
un « comment? ». Dans un petit ouvrage chaleureux
qui n’a rien du mode d’emploi et qui se présente
plutôt comme un recueil de conseils amicaux
dispensés par un guide éclairé, le dominicain
Richard Guimond suggère d’aborder la prière comme
une causerie qui « est, d’une part, temps perdu
par rapport à l’action et, d’autre part, temps
gagné contre la solitude et le repli sur soi ».
Prier? C’est possible!
repose d’abord sur un souhait – « celui qu’on se
permette de prier comme bon nous semble » – qui
s’accompagne d’une thèse : « Je suis profondément
convaincu qu’il y a place dans la prière pour une
grande liberté. » La prière, ajoute Guimond,
« n’est peut-être pas une action à faire de son
mieux » et les critères d’efficacité, en la
matière, ne sont pas pertinents.
Il
importe, toutefois, pour se mettre dans un état
d’esprit évangélique, d’éviter quelques écueils
fréquents. Il y aurait, en effet, pour les
croyants, une incongruité à prier pour dire à Dieu
comment agir. Cela reviendrait à sous-entendre que
notre destinataire privilégié est « une sorte de
dormeur céleste » que nos plaintes ont pour but de
réveiller, un point de vue qui contredit le cœur
de la foi catholique. « En d’autres termes,
précise Guimond, nous ne prions pas pour changer
Dieu, mais pour que nous changions; nous ne prions
pas pour la conversion de Dieu, mais pour notre
propre conversion. »
De
même, l’idée populaire et répandue de la prière
pour les autres doit être bien comprise pour ne
pas devenir une façon chic de se désengager face
au sort de nos prochains. On ne doit jamais se
décharger sur Dieu de notre responsabilité dans le
monde. Aussi, « prier pour les autres, c’est
d’abord prier pour vivifier mon sens et ma
pratique de la solidarité », en ayant conscience
« qu’on ne rejoint l’humanité que par le chemin
des êtres concrets, proches ou lointains, avec
lesquels il est possible d’entrer en solidarité
réelle ».
Prémuni contre ces dérives potentielles, le
croyant peut maintenant s’abandonner à sa prière
« possible » en puisant autant aux sources de la
tradition qu’au secret de son intimité puisque ces
dynamiques différentes se fécondent et se
soutiennent mutuellement. Il peut aussi, si cela
le nourrit et le stimule, prier « avec » Marie, et
non prier Marie directement, « parce que la prière
chrétienne s’adresse surtout à Dieu le Père, par
le Fils et dans l’Esprit ».
Cette prière, aussi, ne doit pas craindre de
laisser monter le désir qui habite le cœur de
l’humain et qui, pour le croyant, cherche à
s’allier « aux desseins du Seigneur ». Comme
l’écrit bellement Bernard Feillet, cité par
Guimond : « La prière est de nous tenir devant
Dieu comme des êtres de désir. Il nous a faits
ainsi et ne peut s’en étonner. Aussi, selon les
âges de la vie, exprimons-nous devant Dieu les
différents désirs dont nous sommes habités, tout
en tentant de sélectionner les meilleurs, afin de
ne pas porter atteinte à la qualité de la
prière. »
Si
elle était une épreuve, la prière perdrait son
sens. Si elle n’était qu’une méditation
thérapeutique, elle serait égoïste et stérile.
C’est parce qu’elle est une parole désirante, la
mienne, en quête d’ouverture et d’engagement dans
son chant d’action de grâces qu’elle est
précieuse.
Louis Cornellier
Revue Relations, janvier 2006
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