Livres
du mois
MAI 2011
Guy Aurenche, Le souffle d’une vie. Préface de Stéphan Hessel.
Paris, Éd. Albin Michel, 2011.
« Quand j’aide les pauvres, on dit que je suis un saint.
Mais quand je demande pourquoi il y a de la
pauvreté, on me traite de communiste ».
Helder Camara
Contre la barbarie du néolibéralisme
Direct et pragmatique, le « souffle » dont témoigne Guy
Aurenche dans ce livre dévoile au lecteur un
réjouissant chemin d’évangile à travers les
contradictions et les épreuves du monde
contemporain. Un chemin de libération et d’amour
face aux forces mortifères qui menacent
l’humanité. Par delà l’évocation des « quarante
ans de combat » menés par l’auteur en tant
qu’avocat et à la tête de l’Acat puis du CCFD-Terre
solidaire, l’ouvrage invite chacun à participer
à l’instauration d’une société plus juste et
plus fraternelle. Une rafraîchissante bouffée
d’air prophétique.
Aurenche ne se contente pas de préconiser une moralisation de
l’ordre social dominant en remédiant à ses
dysfonctionnements. Il identifie et combat
l’inhumanité qui est à la racine de cet ordre et
qui le détermine. C’est parce que les puissants
privilégient leurs intérêts au mépris de
l’humanité que la violence et la misère
dévastent la planète. Les êtres les plus
vulnérables sont partout humiliés, opprimés,
exploités ou marginalisés. La maison commune que
représente la nature est pillée sans vergogne.
Mais contre l’inacceptable, la résistance et la
révolte s’imposent aux plans éthique et
politique. « Un autre monde est possible » :
équitable, solidaire et respectueux de toutes
les cultures.
Se fier à la vie et croire en l’homme
La Vie est première et elle aura le dernier mot, affirme
Aurenche. Elle est la source de l’humanité et
l’irrigue jusque dans les enfers. En amont de
toute religion, une mystérieuse tendresse
originelle habite le cœur des hommes et peut
racheter même les plus coupables d’entre eux.
Cette vitalité qui vient d’ailleurs et qui
transcende l’être humain est une force de
résurrection capable de vaincre toutes les
fatalités et toutes les morts. Défiant le mal et
repoussant la désespérance, l’auteur proclame
son inébranlable foi en l’homme, en sa vocation
à aimer et à être aimé.
En exigeant le respect absolu de la dignité humaine, la
Déclaration universelle des droits de l’homme
revêt pour Aurenche un caractère sacré. Comme
l’évangile, elle impose de combattre les
politiques qui maltraitent et avilissent l’être
humain, qui criminalisent les pauvres et
repoussent l’étranger. Lutte contre la torture
et la peine de mort, contre toutes les formes de
rejet, de misère et de sous-développement. Il
faut d’urgence agir partout, dans tous les
domaines et à tous les niveaux, pour bannir la
faim, les haines et les guerres. C’est pourquoi
le CCFD-Terre solidaire se bat sur tous les
fronts, non pas pour créer une « cité
chrétienne », mais simplement pour une société
plus humaine.
Une foi engagée au service du monde
Aurenche se dit heureux d’appartenir à l’Église catholique et
de militer dans ses institutions. Mais il n’en
est pas prisonnier et n’hésite pas à en
critiquer la cécité et les manquements à
l’occasion. La Parole créatrice et libératrice
de Dieu échappe à tout monopole. Foncièrement
universel, le message évangélique du Christ et
de la Tradition vivante de l’Église ne connaît
aucune frontière. Aussi l’auteur se veut-il, à
l’opposé de tout repli identitaire, en dialogue
et en partenariat actif avec toutes les
personnes et toutes les communautés qui œuvrent
à l’humanisation de la société.
« Dieu n’est pas à chercher dans les cieux, écrit Guy
Aurenche, mais à rencontrer dans les aventures
humaines ». Sans s’embarrasser de préalables
dogmatiques, ce christianisme de terrain relève
de la plus profonde intelligence de la foi.
Radicalement bienveillant et valorisant
l’altérité, « à l’écoute des Samaritaines
d’aujourd’hui », il se préoccupe plus de savoir
« où est Dieu » et comment le secourir, que de
préciser « qui Il est ». Une foi qui doit par
conséquent se risquer hors les murs : « Parce
qu’il est catholique, le CCFD-Terre solidaire se
doit d’aller aux frontières de l’Église, là où
elle a parfois du mal à s’aventurer, et où
l’Esprit déploie aussi ses trésors
d’inspiration. »
Jean-Marie Kohler
www.recherche-plurielle.net
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