Livres
du mois
MAI 2010
Hans
Küng, Une vérité contestée.
Mémoires
II, 1968-1980.
Paris /
Éditions
du Cerf, Montréal / Novalis, 2010,
731
pages.
Ce
nouveau tome des Mémoires de
Hans Küng
nous fait revivre sa recherche universitaire,
ses conflits avec les autorités d'Église, le
succès de ses publications et de ses conférences
dans le monde entier jusqu'à Pékin... On est
impressionné par sa résistance physique et
psychique, par sa capacité de travail, par
l'étendue et la précision de ses archives. On le
suit, dates et heures à l'appui parfois, dans
son agenda surchargé.
C'est aussi son itinéraire de théologien, de
prêtre, de chrétien et d'homme heureux qu'il
nous partage. Il résume avec beaucoup de clarté
l'apport de ses travaux sur l'Infaillibilité,
l'Église et ses structures, les ministères y
compris celui du pape, l'œcuménisme… à travers
lesquels il invite à poursuivre le renouveau
conciliaire ouvert par Jean
XXIII.
Là, il se heurte à. la restauration
antéconciliaire
de la Curie Romaine, particulièrement de la
Congrégation pour la Doctrine de la Foi : il
aura des
« ennuis »
interminables avec Rome et l'épiscopat allemand.
Que de figures évoquées, de conversations et de
correspondances rapportées, de constats
attristés devant l'enfermement doctrinal,
l'alignement servile des évêques, et parfois les
trahisons d'amis!
Mais
H.K.
ouvre loin le débat. Il est attentif aux
problèmes de
« vie »
devant lesquels l'appareil hiérarchique ne sait
que répéter le passé et opposer des refus : la
place de la femme, la régulation des naissances
et la morale conjugale, le célibat des prêtres,
la rencontre des religions et des cultures...
Au long de ses voyages, il fait bon participer à
ses émerveillements devant les beautés du monde,
à sa joie de nouer des amitiés nouvelles, à sa
bonne humeur devant une table où l'on va
apprécier un bon vin.
Lecture passionnante que celle de ce gros
livre : un grand intellectuel très humain
raconte en un langage simple son difficile
chemin et éclaire courageusement des questions
que nous sommes nombreux à nous poser. C'est une
théologie pour tous, avec, souvent, un grand
bonheur d'expression.
Au long de cet ouvrage qui demeurera un document
capital pour l'histoire de l'Église en notre
temps, on rencontre fréquemment le professeur,
l'archevêque, le Cardinal qui allait devenir
Benoît
XVI.
On voit s'élargir les différences profondes,
croissantes, entre les deux collègues de
Tübingen. Et l'on perçoit mieux les options
permanentes qui guident l'action du pape actuel.
Les initiatives et les attitudes de Paul VI et
de Jean-Paul II font également l'objet de
développements importants.
H.K.
connaîtra des heures de détresse quand lui sera
retirée l'habilitation de l'Église à enseigner.
Mais fort heureusement une décision étatique du
Ministre des Sciences lui conserve sa chaire et
la direction de l'Institut de Recherches
Œcuméniques.
Ce statut universitaire allait lui permettre de
poursuivre sa recherche de la vérité dans une
liberté nouvelle. Et d'aborder,
« au
grand large »,
les problèmes urgents du présent et de
l'avenir : le dialogue des religions et des
cultures, le développement d'une théologie
œcuménique universelle, la découverte d'une
éthique planétaire commune à tous les hommes.
Les yeux fixés sur
« ce
qui doit durer » dans l'Église : non pas une
doctrine, mais une personne, celle de Jésus.
Un index des noms, plus d'un millier, précède
une table des matières très détaillée.
Gérard
Bessière
Le Courrier de Jonas, no 44
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