Livres
du mois
MARS
2009
Jean Rigal,
Une foi en transhumance, Desclée de
Brouwer, 2009, 263 pages.
Quand un spécialiste de la théologie de l'Église sort de son
bureau et de sa bibliothèque pour se mêler à la
foule, que se passe-t-il en lui et que devient
son enseignement doctoral? Jean Rigal a quitté
depuis des années la salle de cours de
l'Institut Catholique de Toulouse où il initia
tant de laïcs et de futurs prêtres à
l'ecclésiologie, mais il ne s'est pas enfermé
dans la haute ville de Rodez où la retraite lui
faisait retrouver ses racines. Que de fois il
prend le train pour animer des sessions aux
quatre coins de France, ou sa voiture pour aller
vers une église de l'Aveyron ou quelque réunion
de formation. Partout, il écoute, attentif aux
situations, aux questions, aux difficultés, aux
interrogations actuelles. Ce nouveau livre est
le fruit de sa réflexion au milieu des
ébranlements de la foi chrétienne aujourd'hui.
Le titre dit un constat et un souhait. J.R. observe la foi
« en transhumance » et il l'accompagne en
montrant des chemins. Il observe « le déclin du
christianisme » et l'étendue de l'incroyance et
de l'indifférence. Mais il ne se contente pas
d'une observation de surface. Il détecte les
mouvements de fond qui sous-tendent ces
évolutions et il nous en offre des analyses
précises en des pages d'une belle clarté. Il
nous fait prendre conscience – c'est l'apport le
plus important de cet ouvrage – des nouvelles
cultures, des nouvelles sensibilités, des
nouvelles croyances qui ont volatilisé les
quasi-unanimités de jadis. En le lisant, on
découvre que beaucoup de débats de ces dernières
décennies nous ont empêché de voir l'évènement
majeur, souterrain comme un lent mouvement
sismique : la rupture entre la foi reçue et les
cultures apparues en nos sociétés.
On a souvent parlé de l'inculturation de la foi dans les
cultures africaines ou asiatiques. La question
se pose aussi, urgente, de l'inculturation de la
foi dans les cultures de l'Occident.
J.R. ne reste pas dans des constatations et des vœux
abstraits. Sur des points de la plus haute
importance – la foi en la résurrection des
morts, le symbole de Nicée-Constantinople – il
ouvre des perspectives, solidement étayées sur
sa connaissance de l'histoire. On remarquera
particulièrement son chapitre sur « La foi
chrétienne à la lumière de Vatican II ».
Cet ouvrage est tonique : proche de nos hésitations et de nos
tâtonnements, il nous rappelle que la foi est
toujours en devenir, que l'enseignement de
l'Église a besoin d'être « réinterprété » dans
le contexte actuel, que de véritables « débats
de foi » devraient avoir place dans la
communauté ecclésiale, « librement, comme source
de recherche et de fécondité ».
Merci à Jean Rigal pour ce livre de lucidité et de courage où
sa compétence, sans jamais peser, éclaire nos
chemins.
Gérard Bessière
Extrait de
Jonas
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