Livres
du mois
AOÛT
2011
Joseph Moingt, s.j., Croire quand même.
Libres entretiens sur le présent et le futur du
catholicisme. Édition Temps Présent.
Collection Semeurs d’avenir, 2010.
Publié à la fin de l’année dernière, ce livre
retranscrit les entretiens entre le théologien
Joseph Moingt et deux interlocuteurs, Karim
Mahmoud-Vintam et Lucienne Gouguenheim. Il garde
les traces de cette situation de conversation,
parfois à bâtons rompus, et n’en est que plus
vivant.
Son intérêt majeur, à mes yeux, est de ne pas se
focaliser sur le fonctionnement de l’institution
Église, encore moins de se lamenter sur la
sécularisation accélérée de nos sociétés, mais
de proposer une réflexion lucide et pleine
d’espoir sur notre mission de chrétien(ne)s.
Chaque chapitre correspond à une journée
d’entretiens : À bâtons rompus – De la foi au
Christ aux dogmes de l’Église – D’une Église à
l’autre – Au plein vent du monde.
Joseph Moingt a traversé le XXème siècle, et le
début du XXIème (il est né en 1916)
et, dans ce livre, on sent toute la force d’une
pensée longuement mûrie et toute la liberté d’un
homme que l’Évangile accompagne. Il ne cherche à
éluder aucune question, pas même celle de
l’existence de Dieu et il prend en compte, par
exemple, les formulations du Credo, non pour les
rejeter comme surannées et périmées, mais comme
des « incontournables » de la tradition
chrétienne dont « le théologien doit
s’expliquer ». C’est donc sur le contenu de
notre foi, sur les mots et leur signification
dans leur culture d’origine et dans la nôtre que
ce livre apporte des éclairages précieux,
beaucoup plus que sur les problèmes de
l’institution ecclésiale. « Il faut apprendre à
transformer : à changer, à comprendre et à vivre
autrement la relation de la tradition au dogme,
de la foi à l’Écriture, du peuple de Dieu à
l’autorité, de la « religion en esprit et en
vérité » au culte ». (p. 141).
Joseph Moingt, dans de nombreux domaines, ne
donne pas de réponse définitive, mais ouvre une
réflexion et nous propose des questions à
travailler, en adultes responsables. Par
exemple, p. 168 et 169 sur la question des
sacrements et du sacré, à propos des demandes de
mariages ou de baptêmes par des personnes sans
lien avec une communauté chrétienne : « Alors,
que faut-il faire ? Ou bien on va tomber dans
cette démarche sectaire de refus des sacrements,
ou bien on va faire des sacrements sans bien
savoir ce qu’on fait ? On ne pourra pas éviter
cette question-là qui va remettre en cause la
théologie des sacrements du jour où on voudra y
réfléchir sérieusement, ce qui n’est pas encore
le cas. »
Cela ne l’empêche pas de proposer des analyses
décapantes de l’invention du sacerdoce et du
pouvoir de Pierre, toujours à partir d’une
lecture attentive et précise des textes et des
évènements. Mais il nous rappelle l’essentiel :
« Les fidèles vont de plus en plus ressentir
qu’être chrétien n’est pas autre chose que
d’être homme, une manière particulière mais
authentique d’être homme. Ils prendront la
responsabilité de leur être-chrétien en prenant
la responsabilité de leur être-homme et du
destin de l’humanité, de sa marche en avant »
(p. 187).
Enfin, évoquant le salut et la résurrection des
morts, il nous en offre une perspective « plus
universaliste qu’individualiste ». Voici de quoi
nous donner envie de goûter à l’éternité : « On
ne définit donc pas le salut chrétien de manière
satisfaisante par l’idée de monter au ciel et de
vivre à contempler Dieu. Il y aura autre chose à
faire, car Dieu lui-même sera occupé à autre
chose : à parcourir l’univers pour l’unifier,
l’habiter, le spiritualiser, l’aimer. Et nous
serons nous aussi occupés à faire comme lui, à
le faire avec lui et en lui, et lui avec nous et
en nous. On parle de repos éternel, ce qui n’est
pas spécialement alléchant ni stimulant. Je
pense que nous entrerons dans un travail
éternel : nous deviendrons co-créateurs avec
Dieu, co-animateurs de cet univers » (p. 222).
Alors les amis, on se met au travail ? Cela peut
commencer par la lecture de ce livre passionnant
et stimulant.
Marie-Anne Jehl
Vagues d’espérance, Revue des groupes
Jonas d’Alsace
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