SEPTEMBRE-OCTOBRE
2001.
Jean-Paul
Lefebvre, Lettre aux évêques du
Québec, Montréal, Éd. Lescop,
2001,
77 p.
Le
synode des évêques qui se tient à
Rome du 30 septembre au 27 octobre
fournit à Jean-Paul Lefebvre une
autre occasion de reprendre la plume
pour transmettre ses convictions
face à la crise que traverse l’Église.
Il invite les évêques du Québec
à «retrouver une parole libre»
pour permettre de redécouvrir la
fraîcheur du message évangélique.
Avec
ténacité et avec ferveur, tout en
rappelant les différentes étapes
de son itinéraire intellectuel
depuis 1986, l’auteur rappelle les
démarches qu’il a faites auprès
de quelques évêques pour entamer
un dialogue constructif et reprend
la critique qu’il fait des
irritants qui subsistent, près de
quarante ans après le début du
concile Vatican II, dans
l’attitude de l’Église à l’égard
des croyants et des croyantes
d’aujourd’hui.
L’inculturation
de la foi chrétienne dans le monde
moderne est au coeur de cette démarche.
Une démarche qui comportait une
double exigence : «un
approfondissement des valeurs réelles
de la culture moderne et un effort
d’identification du contenu
fondamental de la Bonne Nouvelle»
proclamée par Jésus.
Pour
cela, il faut avoir le courage,
poursuit J.-P. Lefebvre, de libérer
le message chrétien des déformations
que lui ont fait subir les
bureaucrates de la curie romaine au
cours des siècles. Il faut aussi
retenir les valeurs positives de la
modernité après les avoir décantées
des orientations déshumanisantes
qu’elles comportent.
En
plus de son appel répété de
dialogue auprès des évêques, il
s’agissait aussi de rajeunir l’Église
et de susciter une prise de parole
au sein de la population chrétienne
elle-même. C’est à cette fin que
l’auteur a participé à la création
du réseau Culture et Foi, dans
l’espoir, déçu à ce jour, de
mobiliser la génération des trente
à cinquante ans.
«Convaincues
que les valeurs religieuses ne
sauraient reposer sur la négation
des valeurs séculières», ces
personnes auraient à s’engager
dans la recherche et la promotion
d’une spiritualité chrétienne laïque
dans le monde d’aujourd’hui. «Persuadées
que les débats suscités par le
concile Vatican II se rapprochaient
davantage de l’esprit évangélique
que l’attitude actuelle des congrégations
romaines», elles devraient
favoriser «la participation du
Peuple de Dieu aux prises de décision
dans leur Église, devenue plus cléricale
qu’elle ne le fut jamais», en dépit
de la présence accrue de laïcs
comme agents de pastorale….
Un
ouvrage stimulant, provoquant, nécessaire.
Mais il ne peut s’agir que d’un
projet à long terme puisqu’il
exige la reprise en profondeur de
l’esprit du dernier Concile. Un
tel projet fait
appel à une telle liberté
d’esprit, à un tel courage, à
une telle conversion, et à une
telle conscience de sa responsabilité
personnelle qu’il ne faut pas s’étonner
que les candidats ne se bousculent
pas au portillon, même dans les
rangs des évêques.
Denise
Robillard
[
RETOUR ]