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JANVIER 2001.

Lemieux, Raymond et Montminy, Jean-Paul, Le catholicisme québécois. Québec, Les éditions de l’IQRC, coll. Diagnostic, 2000, 141 p. 

Voilà un petit ouvrage dont la réflexion rejoint les préoccupations des membres du Réseau Culture et Foi. Il ne s’agit pas d’une étude purement historique mais plutôt d’«une recherche d’intelligence du catholicisme québécois comme fait social». Après une introduction qui présente leurs objectifs, les deux sociologues de l’Université Laval répartissent leur parcours sur trois étapes.

1. Une histoire ambiguë. Les auteurs jettent d’abord un regard historique et politique sur la réalité religieuse du Québec depuis la Conquête (1760), afin de tirer au clair le rôle positif et négatif joué par la religion dans la nouvelle dynamique sociale qui se met alors en place. Et ils dénoncent – preuves à l’appui – le caractère primaire des jugements qui qualifient  de grande noirceur la situation qui a précédé la Révolution tranquille. Des certitudes aussi catégoriques «ne renverraient-elles pas à un certain mal-être actuel?», se demandent-ils, et «n’est-ce pas notre identité actuelle, celle de Québécois aux prises  avec une ultramodernité laissant chacun quelque peu pantois devant le sens de sa vie, qui dicte en partie notre rapport à l’histoire?».

2. Le catholicisme comme culture primordiale des Québécois. Au début de cette deuxième étape, une citation de Fernand Dumont est mise en exergue  : «L’Église a colonisé les consciences, elle ne les a pas défrichées». Les auteurs s’interrogent sur la nature du catholicisme d’ici. Ils analysent la transformation des bases mêmes du catholicisme québécois qui a dû encaisser trois chocs majeurs : la sécularisation des structures d’encadrement en place; l’aggiornamento voulu par le concile Vatican II avec ses exigences de conversion de l’esprit; l’irruption des mass médias dont les représentations ont pollué les images et les symboles religieux ainsi que la culture populaire des Québécois. «Reçu par la nouvelle génération des baby-boomers, en héritage de leurs parents acteurs de la Révolution tranquille, le mythe de la grande noirceur précédant les années soixante perdurera au moins jusqu'à la fin du siècle. Chacun pourra alors trouver dans le dénigrement des  anciennes institutions des  arguments faciles pour se faire valoir.»

3. Des défis, d’aujourd’hui à demain. La troisième étape nous confronte à  une lecture de l’actualité qui répercute la grande interrogation qui hante les catholiques : le catholicisme d’ici a-t-il un avenir? Les auteurs ne jouent pas aux prophètes. Ils se demandent plutôt quels sont les projets possibles pour les héritiers du catholicisme québécois. Ils identifient les défis à relever à partir de trois séries de questions. La première concerne la fugacité des repères d’identité de ceux qui se disent catholiques; la deuxième concerne le rapport entre les institutions chrétiennes et les subjectivité croyantes (identité chrétienne en crise, problème de la participation à la cité et de la transmission de la foi, éducation dans une communauté vivante et active, relations clercs-laïcs, reconnaissance des femmes); la troisième se rapporte à la définition même de la mission du christianisme dans le monde. Une mission à redéfinir avec courage, puisqu’il s’agit de passer de la fonction sociale à la mission de l’Église. Une mission inscrite dans les textes fondateurs du christianisme comme proposition de sens et service du monde. Un projet à assumer : porter au monde le salut annoncé par Jésus-Christ. «Le problème le plus sérieux qu’affrontent les catholiques solidaires de leur tradition consiste  maintenant à inscrire, dans ce monde étranger par les règles qui l’organisent, la singularité de leur vision du monde.» Les auteurs constatent en terminant des vitalités paradoxales déjà présentes «dans les marges de l’institution». L’enjeu actuel est «celui d’un christianisme citoyen, à la fois capable d’une parole qui lui soit propre, sans honte ni suffisance, capable de respecter les paroles et les cheminements des autres, sans crainte ni outrecuidance.»

Tout un programme! On y retrouve, on le devine bien, les préoccupations du Réseau. L’exercice, décapant et éclairant, est susceptible d’alimenter bien des échanges et d’inspirer l’action.

Denise Robillard

 

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