Livres
du mois
DÉCEMBRE
2008
Louis Lesage,
Et Dieu dans tout ça ! Montréal, Fides,
2008, 248 pages.
DES ENTRETIENS SUR LE SENS DE L’EXISTENCE
Ils sont quinze, dans Et Dieu dans tout ça!,
à témoigner de leur foi. En Dieu, en
l'humain, en l'avenir. D'abord diffusés sur les
ondes de Radio Ville-Marie en 2007 et en 2008,
ces entretiens menés par le journaliste Louis
Lesage proposent «un questionnement sur le sens
de l'existence ainsi que sur la présence et
l'absence de Dieu, son voilement et son
dévoilement».
Tous les invités à cet exercice de partage
respectent la culture religieuse, même s'ils ne
s'affirment pas tous croyants. André Pratte, par
exemple, évoque son agnosticisme, alors que la
sociologue Céline Saint-Pierre parle de son
humanisme athée. À l'autre bout du spectre se
trouve soeur Louise, la prieure du Carmel du
Plateau Mont-Royal, qui fraie avec le
mysticisme.
Parmi les moments forts de cet ouvrage, on
compte le témoignage de Gérald Larose,
ex-président de la CSN et ex-père rédemptoriste,
qui dit son attachement au Jésus historique, une
des inspirations principales de son engagement
militant, et celui du philosophe croyant Jean
Grondin, qui rappelle que la foi, qu'on le
veuille ou non, est au coeur de nos vies. «On
vit actuellement, remarque-t-il, dans une
certaine "religion de l'absence de religion".
Or, on oublie que cela est aussi en effet une
religion: on croit qu'il est mieux de vivre sans
croyances, sans religion. C'est cela qu'il
faudrait rappeler, que cela est aussi une foi.
Mais est-ce que cette foi-là aide à vivre?
Est-ce que cette foi reconnaît un sens à
l'existence, fonde nos existences et permet de
fonder ce qu'on appelle la dignité humaine?»
Bonne question.
Contre un catholicisme conservateur obsédé par
la seule transcendance au mépris de l'immanence,
une tentation que rejette fortement Gérald
Larose, l'avocat Brian McDonough, engagé auprès
des demandeurs d'asile, des pauvres, des détenus
et des déficients mentaux, redit que «l'Église
doit être au service de notre monde, comme Jésus
l'a été». Le jeune théologien Xavier
Gravend-Tirole, inspiré par Vatican II, va dans
le même sens. «L'Église, affirme-t-il, n'est pas
au service d'elle-même, mais au service du
Royaume de Dieu, et cela signifie qu'elle ne
doit pas chercher à se préserver elle-même,
qu'elle ne doit pas nécessairement préserver ses
institutions, mais chercher comment mieux rendre
service au monde moderne. Si cela implique du
métissage, des métamorphoses profondes pour le
christianisme, n'ayons pas peur.»
Le dominicain Benoît Lacroix, qui témoigne aussi
dans cet ouvrage, s'emberlificote en traitant de
la question nationale et en laisse échapper une
en tentant de disculper Lionel Groulx des
accusations d'antisémitisme. Groulx,
explique-t-il, n'était pas raciste. «Ce qu'il
reprochait aux Juifs, c'était simplement qu'ils
aient la mainmise sur le commerce. J'entends les
mêmes commentaires aujourd'hui, mais ils ne sont
pas dits publiquement.» Comme défense, on a déjà
vu moins maladroit.
Et Dieu dans tout ça! donne aussi la parole à la théologienne Alexandra
Pleshoyano, spécialiste d'Etty Hillesum, au
dominicain et ami de l'Afrique Yvon Pomerleau, à
«l'anthropologue de rue» Rose Dufour, qui
travaille auprès des prostituées de Québec, au
jésuite et bouddhiste Bernard Sénécal, au
psychiatre d'origine juive Marc-Alain Wolf, à la
théologienne de la vie mystique Thérèse
Nadeau-Lacour et à la journaliste et biographe
(Marie de l'Incarnation, Jeanne Leber, frère
André) Françoise Deroy-Pineau, qui avance une
intéressante hypothèse en suggérant que «tous
les gens qui ont réussi quelque chose en
Nouvelle-France avaient invoqué saint Joseph».
Ce que montre de belle façon l'ouvrage de Louis
Lesage, c'est que Dieu n'est peut-être pas
partout, mais que le questionnement sur Dieu,
chez ceux qui réfléchissent, n'est jamais loin.
Louis Cornellier
Le Devoir, 15 novembre 2008
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