DÉCEMBRE 2002.
Normand
Provencher, Trop tard? L’avenir
de l'Église d’ici, Montréal,
Novalis, 2002.
L’Église
rend-t-elle son dernier souffle?
C’est la question que soulève
Normand Provencher. Sa réflexion
porte sur l’Église d’ici, celle
du Québec.
Et c’est sur cette Église
qu’il jette un regard critique et
sévère.
Il n’est pas tendre envers
nos pasteurs qui sont souvent trop
craintifs face à Rome.
« Les évêques sont
conscients de la situation (du
manque de prêtres), mais ils
n’osent pas prendre de décisions,
sous prétexte d’assurer la
communion avec Rome.
Ils oublient qu’ils sont
eux aussi, dans leurs diocèses
respectifs, des successeurs légitimes
des Apôtres et qu’ils ont la
responsabilité de donner à leurs
communautés les ministres ordonnés
auxquels elles ont droit. »
(p.40)
Une
liste quelque peu remaniée des
titres de chapitres nous donne un
aperçu de la teneur du volume :
une Église en recherche…
en déclin… qui ne transmet
plus… qui n’arrive pas à
rencontrer la société moderne…
qui n’est plus tout à fait crédible…
qui est en panne d’imagination…
qui est en phase terminale.
Tout
au long de ces chapitres, Provencher
nous parle de tentatives avortées
d’adaptation aux conditions
nouvelles (Vatican II, la Commission
Dumont, le comité de recherche de
l’AEQ, des rapports de chercheurs
tels Grand’maison, Lemieux et
Montminy), de la pénurie de prêtres
et de vocations, du rôle des laïcs,
en particulier celui des femmes, de
la non-transmission de la foi, du
refus de l’Église de s’adapter
à la société moderne et des
nouvelles tentatives d’adaptation,
telles les ADACE, et ses dangers de
corruption de la vraie mission de
l’Église.
Malheureusement, l’Église
de nos jours se cantonne dans un
passé figé et ainsi tue dans l’œuf
tout effort d’imagination et de créativité.
Au
lieu de se renfrogner dans son passé
et pleurer sa disparition, l’Église
doit se donner comme mission
« …d’accompagner la
modernité, de la défendre contre
ses détracteurs, de critiquer ses
erreurs en s’inspirant de l’Évangile.
Elle est un partenaire qui
peut apporter beaucoup à l’avenir
de la culture moderne. » (pp.
92-93)
Son
passé devient une tour d’ivoire.
L’Église n’écoute plus,
elle se dit seule en possession de
la vérité, elle pontifie, elle
anathématise et elle manque de
transparence (pp. 103-129).
Les gens de nos jours ne
veulent plus se faire traiter de
brebis, de gens de seconde zone. Ils sont imprégnés d’un sentiment de liberté, sont
intelligents et entreprenants et
veulent se faire traiter en conséquence.
« Dans une Église qui
se pose des questions, qui ne sait
pas tout, qui est fragile même, les
gens d’aujourd’hui seraient plus
à l’aise … L’Église d’ici
sera plus crédible »
(p. 129).
Au
premier abord, on pourrait penser
que le diagnostic de Provencher est
extrêmement
négatif.
Il n’en est rien.
Provencher porte, à
juste titre,
un regard sévère sur l’Église
mais il demeure optimiste parce
qu’il croit que l’Esprit,
toujours actif dans son
Église, suscitera des réponses
inattendues de la part des baptisés,
comme on peut déjà l’observer
dans certaines communautés et chez
certains baptisés, plus portés à
semer la Bonne Nouvelle qu’à se
plier aux rites et coutumes sans
signification. L’histoire est
remplie d’exemples où l’Église
persécutée, écrasée, s’est
relevée de ses cendres mais avec un
tout autre visage.
Il invite l’Église à
mettre en branle son imagination et
sa créativité pour que son message
rejoigne les gens du maintenant et
non ceux du passé.
En
terminant, Provencher ne s’étonne
pas du déclin de l’Église et même
de sa « mort ».
Elle, comme son Maître,
doit vivre le mystère de
pascal. Il y aura
forcément une « mort »
de l’Église pour qu’Elle
ressuscite dépouillée de ses vêtements
anciens pour endosser sa mission
auprès des pauvres et des délaissés
à la suite du Christ.
Nous
sommes redevables à Provencher, un
théologien de l’Université
Saint-Paul (Ottawa), d’aborder les
questions cruciales qui confrontent
l’Église d’ici et auxquelles
elle se doit d’élaborer, de façon
urgente, des éléments de réponses,
si elle veut transmettre
efficacement la Bonne Nouvelle à
tous les hommes et femmes de la société
moderne.
Jean
Trudeau
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