SEPTEMBRE – OCTOBRE 2001.
Timothy Radcliffe, «Je vous
appelle amis». Entretiens avec
Guillaume Goubert. Écrits. Paris,
La Croix, Les Éditions du Cerf,
2000.
Ce
livre a reçu un excellent accueil.
Il a même conduit son auteur,
l’ex-maître général des Dominicains,
chez Bernard Pivot, à Bouillon de
Culture. Les téléspectateurs découvraient
un personnage médiatique plein
d’humour et d’humanité, qui
savait parler du Christ, de Dieu, de
la foi dans un langage très
moderne. C’est une qualité
constante du frère Radcliffe :
qu’il raconte sa vie – son
enfance,
sa vocation, les grandes étapes
de son engagement religieux –
qu’il écrive des lettres aux frères et aux moniales de l’ordre dominicain,
qu’il s’adresse à des publics
inusités – évêques réunis en
synode, supérieurs majeurs de
France, invités du Tablet à
Londres – il ne parle jamais la «langue
de bois». Au contraire, il
s’exprime dans un langage simple,
direct, toujours proche de l’expérience
personnelle, avec de réels bonheurs
de paroles.
Plusieurs
sans doute ont déjà lu ce livre et
s’en sont réjouis. Mais nous le
signalons à nouveau à nos
visiteurs qui n’en auraient pas eu
l’occasion. On n’y trouvera pas
de recherches théologiques ou
philosophiques subtiles, pas
de prises de position précises
dans les débats chauds
d’aujourd’hui, mais plutôt une
«prédication» au sens très riche
que l’auteur donne à ce mot, le témoignage
d’une vie centrée sur Dieu. En même
temps, cette vie soutient le
paradoxe d’être entièrement présente
au monde moderne : aucune peur,
aucune condamnation globale, plutôt
un regard d’amitié chaleureuse
sensible aux plus belles découvertes
de la modernité, attristé de tout
ce qui contredit le message évangélique
et conduit dans des impasses…
D’ailleurs
l’amitié est vraiment le thème
central du livre, que ce soit
l’amitié de Dieu pour tout homme
et toute femme, que ce soit
l’amitié entre les frères, entre
les sœurs de la famille dominicaine
sans cesse évoquée comme une
dimension essentielle de
l’accomplissement et de la joie,
que ce soit l’amitié profonde qui
doit accompagner l’annonce de l’évangile.
Pour frère Radcliffe, toute prédication
doit être dialogue, et tout
dialogue doit se vivre dans
l’amitié. D’abord devenir
sensible à la réalité vécue par
l’autre, d’abord l’accompagner
dans ses cheminements. Ensuite
affirmer nos propres valeurs, mais
ne pas oublier de nous laisser
interpeller par les valeurs de
l’autre, si différent, si
marginal soit-il. Ne faut-il pas
sans cesse nous convertir?
Le
souci de mettre l’amitié au cœur
de la prédication, du dialogue et même,
on le sent, de toute intervention du
Maître général auprès de ses frères,
fait circuler un souffle de
tendresse et de liberté dans ces
pages, qui se refusent constamment
à toute condamnation globale et
systématique. On sent le pasteur
soucieux d’accompagner chacun dans
son chemin unique, que ce chemin
passe par le divorce,
l’homosexualité, ou par une
religion différente… Le pasteur
soucieux de dire là, au moment
opportun, la parole évangélique
qui saura être entendue.
Pas nécessairement une
parole qui convertit au sens
restreint du mot, mais une parole
qui rend meilleur dans sa propre et
mystérieuse voie…
Pour
faire entendre cette parole
incomparable, nous avons placé dans
nos <textes libérateurs> la
brève intervention à
l’assemblée spéciale pour l’Europe
au Synode des évêques, en octobre
1999.
Claude
Giasson
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