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AVRIL 2001.

René Rémond, Le christianisme en accusation. Entretiens avec Marc Leboucher. Paris, Desclée de Brouwer, 2000.

  Au Québec comme en France, les croyants cherchent à voir clair dans la situation de leur Église. Elle a vécu des transformations si profondes depuis les années 60. On s’interroge : comment évaluer tous ces changements? Le catholicisme est-il dans un état de dégénérescence? Est-il en crise? Ou plutôt, délaissant le triomphalisme, est-il conduit à vivre dans l’humilité l’essentiel du message évangélique?

Déjà notre coup de cœur du mois de février, le livre de Raymond Lemieux et Jean-Paul Montminy, Le catholicisme québécois, nous aidait à mieux comprendre les processus en cours. Et voici que, de France, nous arrive ce merveilleux petit livre qui nous aide, sous des angles différents, à poursuivre nos interrogations.

La référence immédiate est la société française. Évidemment nous n’avons pas eu la Révolution, nous n’avons pas connu toutes ces années d’un anticléricalisme virulent, nous n’avons pas vécu aussi tôt la séparation des pouvoirs. Mais beaucoup de liens nous ont rattachés et nous rattachent toujours aux maîtres à penser du catholicisme français… Leur évolution est en quelque sorte la nôtre. Par ailleurs, certains phénomènes de société sont communs à tout l’Occident chrétien. En conséquence plusieurs analyses de René Rémond sont très pertinentes pour mieux comprendre ce qui nous arrive au Québec.

Le livre se développe en quatre séries d’interrogations. La première série établit un constat : après avoir vécu des périodes glorieuses avec des théologiens éminents comme Congar, Chenu, de Lubac… avec des intellectuels de grand calibre comme Péguy, Claudel, Bernanos, Mauriac… le catholicisme serait maintenant en discrédit auprès des intellectuels français. Quelles sont les causes de ce discrédit? Que lui reprochent-ils alors qu’ils accordent un accueil plus favorable au protestantisme et surtout au bouddhisme? Pourquoi ne retient-on des nombreuses interventions de Jean-Paul II, certaines très courageuses au niveau de la société globale, que ses interventions au niveau de la morale sexuelle?

La deuxième étape aborde une perspective interne au catholicisme. Est-il en train de vivre un déclin inéluctable? Quelles sont les conséquences de son retrait de nombreux domaines où il était puissant comme les milieux hospitaliers, l’éducation, diverses activités sociales? Comment comprendre surtout le désintérêt des jeunes et la crise des vocations qui l’accompagne? Ne faudrait-il pas des médiations pour que le jeune puisse s’identifier à des modèles qu’il admire? Or quelles médiations créer aujourd’hui qui les rejoignent?

La troisième étape confronte le catholicisme à ses peurs.  S’il est en crise aujourd’hui en Occident, faut-il s’en prendre à des peurs qui l’ont éloigné des valeurs positives de la modernité? Peur de la vie et culte de la mort qui seraient à rapporter à l’origine du message chrétien lui-même? Peur d’avouer les fautes commises tout au long de l’Histoire comme collectivité – les repentances de Jean-Paul II sont un phénomène récent qui ne reçoivent pas l’aval de tous les chrétiens? Peur du contact avec le monde, vu comme hostile et païen, et repli de la communauté sur elle-même, avec son langage propre, avec ses rites propres? Débordement vers l’anti-intellectualisme, peur de confronter la foi à l’intelligence, la démarche croyante à la raison?

Sous un titre quelque peu ambigu – le testament du christianisme – la dernière partie du livre cherche comment on peut présenter la différence chrétienne, ce qui fait la richesse et l’originalité du christianisme, sous une forme que nos contemporains peuvent entendre. René Rémond met l’accent sur la révélation d’un Dieu personnel pour lequel chaque être humain a une valeur infinie. À ce titre, haine et mépris sont des réalités anti-chrétiennes. À ce titre, on a postulé dès le début du christianisme la profonde égalité de tous les humains – hommes et femmes – et leur radicale liberté, car ils ont le pouvoir de refuser le projet que Dieu leur propose. Au cours de l’histoire, les chrétiens tireront, même si ce sera parfois avec grande lenteur, les conséquences du double postulat d’égalité et de liberté de la personne : lutte contre l’esclavage, valorisation du mariage, promotion de la femme… Et le processus est loin d’être terminé!

À toutes les questions de Marc Leboucher, René Rémond apportent  des réponses lucides, nuancées, documentées, qui bénéficient de son immense savoir d’historien et de sa profonde réflexion de chrétien. Par exemple sa réponse au reproche qu’on fait au christianisme depuis Nietzsche de valoriser la faiblesse et la mort, rejoint pour moi l’essentiel (3ème étape). De même, son analyse  du désintéressement des jeunes face au christianisme et de la crise des vocations est très éclairante (2ème étape). Bien intéressantes aussi les pages qui étudient les relations difficiles de l’Église à la déclaration des droits de l’homme (4ème étape). Et ce ne sont que trois exemples pris au hasard. Tout au long de ce livre, on a le sentiment d’accéder par l’histoire à une meilleure intelligence de la vie du christianisme en notre temps.

Signalons pour terminer que René Rémond et Marc Leboucher seront au Québec au mois de juin, et que le Réseau Culture et Foi organisent une rencontre avec eux, jeudi soir le 14. Voir nos convocations…

                        Claude Giasson

 

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