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MARS  2008


Roger Poudrier, L’eucharistie source intarissable de pardon. Montréal, Médiaspaul, 2007, 99p.
 

Nous parlons beaucoup d’eucharistie de ce temps-ci en Église et le Congrès eucharistique de Québec en juin prochain y est certainement pour quelque chose. Or ce petit  livre du franciscain Roger Poudrier présente un aspect important de l’eucharistie qui pour moi s’est avéré nouveau et qui ne semble pas faire partie des perspectives du Congrès : être une source intarissable de pardon.

À la suite de la découverte de « trois surprises » dans le Catéchisme de l’Église catholique de 1992, concernant justement le pardon des péchés (voir par exemple les numéros 976 et 2839), l’auteur s’est mis à la rédaction de son livre pour souligner cette dimension de l’eucharistie. Il ne s’agit pas seulement du pardon de  fautes vénielles, mais «le sacrement par excellence remet les crimes et les péchés, si grands soient-ils, comme disait le Concile de Trente» (p.11). Il est important, au plan pastoral de voir l’eucharistie comme source intarissable de pardon car en pastorale il faut toujours redonner l’espérance et ne jamais invoquer l’exclusion. Jamais, quelle que soit la raison invoquée, car elle existe pour «les pauvres, les boiteux, les estropiés et les aveugles».

Roger Poudrier s’émerveille de la miséricorde de Dieu. Le chapitre 1 présente le salut de la façon suivante : «Il y a des voies de salut éternel pour tous les êtres humains de la terre, même pour les enfants morts sans baptême. Les théologiens en sont venus à la conclusion que les limbes n’ont jamais existé; il faut en dire autant du purgatoire comme lieu de passage, et de l’enfer comme résidence éternelle» (p.16). Le salut est toujours objet d’espérance affirme l’auteur. Rien n’est impossible au Père, surtout quand il s’agit de sauver ceux qu’il a créés par amour (p. 17). Il faut croire à la rémission des péchés précise-t-il dans son chapitre 2. Tous les membres de l’Église, ses ministres y compris, doivent se reconnaître pécheurs (p.23), pécheurs pardonnés, voilà la condition de tous les humains depuis le début de l’humanité (p.26).

Même le Notre Père est vu dans cette perspective : «La rémission des péchés dépasse de beaucoup le seul sacrement de la Réconciliation, puisque le Notre Père demande le salut et l’obtient» (p.40). Par ailleurs il ne faut pas prendre l’eucharistie comme alternative au sacrement du pardon. Ce n’est pas l’un ou l’autre « mais bien et l’eucharistie et la Réconciliation et les autres sacrements, car les sept contribuent au pardon des péchés» (p.44). C’est la conclusion du 2e chapitre.

En fait, le sacrement par excellence, c’est l’eucharistie source et sommet de toute la vie chrétienne (chapitre 3). Le titre du chapitre 4 est le même que celui du volume : « L’eucharistie, source intarissable de pardon.» Et l’auteur s’en explique ainsi : «Cet aspect de l’eucharistie est pratiquement passé sous silence dans le texte de base du 49e Congrès eucharistique international L’eucharistie, don de Dieu pour le monde et dans l’exhortation apostolique post-synodale de Benoît XVI L’eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l’Église » (p.57). Pourtant dans le Credo, nous proclamons notre foi à la rémission des  péchés et à la vie éternelle, non à la damnation et à la mort éternelle (p.70).

Le livre se termine sur l’affirmation suivante : «Si nous arrivons à la messe conscients d’être pécheurs, mais avec un cœur sincère et une foi droite, avec crainte et respect, confiants en la miséricorde inépuisable de Dieu, nous obtenons miséricorde et trouvons la grâce qui nous permet de repartir pécheurs pardonnés, comme le publicain de la parabole. Le Père a remis nos crimes et nos péchés, si grands soient-ils.»

Pareille lecture donne le goût de poursuivre et d’élargir la réflexion sur la relation entre ce sacrement et la vie chrétienne. Car «l’eucharistie réduite à l’expression du dogme ne peut exprimer ce qui s’y passe et justifier l’attachement que nous pouvons y apporter», écrivait Bernard Feillet dans L’errance.

Il faut se poser des questions comme celle-ci de Feillet : «Qu’en est-il de si nombreux chrétiens qui s’interrogent sur leur appartenance à l’Église, sur leur adhésion aux dogmes qui structurent la communauté à laquelle ils se réfèrent, et qui se demandent s’ils ne sont pas en train de devenir chrétiens autrement?»

Le Congrès eucharistique de Québec aidera-t-il les fidèles à saisir le sens du pardon que recèle l’eucharistie? J’en doute alors que Rome s’apprête à abolir l’absolution collective lors des rencontres communautaires, parce qu’on n’a pas compris ou qu’on a oublié que « tous les sacrements pardonnent les péchés, surtout l’eucharistie » et que la confession des péchés est en fait un bilan de vie à faire occasionnellement afin de nous rendre compte où en est notre cheminement en tant que chrétien comme le rappelle avec force Roger Poudrier.

 

Robert Hotte

 

 

 

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