Livres
du mois
FÉVRIER
2009
Albert Rouet,
archevêque de Poitiers, Des prêtres parlent.
Bayard, 2007, 173 pages.
Ce livre part d’une enquête menée auprès de 225
prêtres du diocèse de Poitiers. L’objectif :
écouter ce que chacun ressent comme le plus
important dans sa vie, ce qui le fait vivre
comme prêtre. Il s’inscrit dans la foulée des
fermetures de paroisses dues à la baisse de la
pratique religieuse et à la pénurie des prêtres
dont par ailleurs la générosité est
réjouissante.
Un livre stimulant par sa volonté de proposer
une triple redéfinition : celle du rôle du
prêtre, celle du rôle des laïcs et celle de la
relation des rapports entre les deux. Touchant
la tâche du prêtre, l’accent mis sur le
rassemblement eucharistique et l’accompagnement
dans la foi est fondamental. L’analyse permet
d’entrevoir ce que pourrait être la mission des
laïcs, soucieux de trouver des repères
spirituels significatifs suite au recul de la
religion encadrante. Dans ce contexte nouveau,
les ministres ordonnés ne seraient plus les
intervenants ayant plein pouvoir sur tout, en
plus de cumuler toutes les fonctions. Les laïcs
seraient les premiers responsables de
l’organisation de leur communauté de foi sur
tous les plans sauf en ce qui a trait à la
célébration de certains sacrements.
Par contre ce livre demeure très décevant. Il
traite de la situation présente, provoquée
essentiellement par la pénurie des prêtres, en
ne tenant pas compte qu’il s’agit, à l’évidence,
d’une situation transitoire. La montée constante
de la moyenne d’âge des prêtres encore actifs ne
permet pas d’en douter.
Rien dans ce livre pour reconnaître que ces
prêtres qui s’expriment sont des derniers de
série. Rien qui indique que le cléricalisme qui
a tenu pendant des siècles a fait son temps et
que la place des laïcs, par la force des choses,
est appelée à changer véritablement. Et que ce
changement va passer par le renouvellement du
statut des prêtres. Ce livre donne l’impression
qu’au moment où il y a une pénurie de
fonctionnaires, l’on peut se contenter de
bricoler des arrangements, sans plus. S’ajoutant
aux autres tentatives de réaménagement pastoral
en France comme au Canada et ailleurs, en
traçant une esquisse des rapports possibles à
mettre en place dans la vie des communautés
chrétiennes, il ne fait que poser une emplâtre
sur un membre que l’on va couper.
Bref, l’auteur se contente de proposer la
gestion d’un immédiat qui s’estompe rapidement
sans lever les yeux sur l’avenir. Ce livre
laisse avec l’impression qu’une fois de plus,
fidèle à une longue pratique ecclésiale l’on
préfère s’enfermer dans le déni d’une situation,
en train de disparaître. Pourtant, on le sent
bien, ou en tout cas, on peut l’espérer les
prêtres de demain, hommes et femmes mariées,
s’ajoutant au charisme du célibat pour
quelques-uns, seront issus d’une communauté
humaine dans laquelle ils demeureront
profondément insérés.
Bref, un livre qui voudrait porter l’espérance,
mais qui laisse malheureusement sur son appétit.
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