Livres
du mois
AVRIL
2011
Simon Paré,
La vie en abondance. Préface de Benoît
Lacroix. Avant-propos de Guy Lapointe. Montréal,
Bellarmin, 2011.
Des mots pour rejoindre l’Invisible
« Je lui parle quand tout va
bien
Je lui parle quand tout va mal
Ma parole est joyeuse
Elle est triste
Elle est reconnaissante… »
C’est ainsi que s’ouvre ce livre de prières.
C’est ainsi que Simon Paré s’exprime quand, au
fil des jours, des années et des événements
heureux ou malheureux, dans diverses situations
sociales et culturelles, lui vient le goût de
prier le Dieu de Jésus. Dans ce qu’il appelle
cheminements, il affirme: « La foi,
dans la tradition chrétienne, est tournée vers
la vie…. Maintenant, c’est à nous d’élaborer un
plan d’avenir… » Une affirmation que je
qualifie de priante, en même temps qu’elle
révèle un sens théologal peu commun : la mémoire
de Dieu ouvre l’avenir du monde. Ce brin de
prière et cette affirmation d’une ouverture vers
l’avenir illustrent bien toute l’orientation de
ce recueil. Il nous invite à entrer dans ce
dialogue. Pour Simon Paré, prier est une
expérience qui ouvre la vie vers l’Autre, une
« montée » vers l’Invisible à même les
événements quotidiens. Prier, c’est ouvrir le
souvenir, donner à une situation vécue une autre
dimension. C’est aussi pousser des cris de joie
ou de détresse. Prier, c’est aussi rire ou
pleurer…
En lisant, ou mieux, en priant ces textes, je
croyais voir des situations, entendre des
mélodies et des mots familiers à la Communauté
chrétienne St-Albert-le-Grand de Montréal. Je
salue et je retrouve en Simon l’esprit qui
anime cette communauté. Il en est un
participant engagé, actif depuis les toutes
premières heures. Je retrouve, en lisant – j’ai
envie de dire – en priant ses poèmes, l’esprit
qui anime nos assemblées dominicales et qui
permet de vivre une expérience de communauté
toujours dispersée mais qui se refait
constamment, dans les assemblées, à même
l’écoute de la Parole, la prière commune et le
partage du pain et du vin en mémoire de Jésus.
Comme nos assemblées nous renvoient à la vie,
les poèmes de Simon ouvrent les événements
vécus à la mémoire du Dieu de Jésus en même
temps qu’à la vie et à l’avenir de notre monde.
Dans ce recueil, les mots prennent valeur
poétique. Ils s’enracinent à la fois dans la
mémoire de Jésus et dans le quotidien de la vie.
Ce sont des prières tournées vers la vie et
l’avenir. Comme Simon Paré l’écrit lui-même,
c’est un dialogue avec l’invisible mais aussi
avec ce que les événements de la vie
quotidienne lui ouvrent comme avenir. Des
prières vécues au fil des années, des événements
et des déplacements internationaux occasionnés
par son travail. En bon scientifique qu’il est,
il a su allier une qualité de vie intérieure, sa
dynamique de foi, les dimensions de sa
profession, mais aussi un sens poétique qui
donne une hauteur aux situations quotidiennes.
À même la diversité des cultures et des
religions rencontrées, il trouve là des motifs,
des références et des espaces pour sa prière.
Mais il ne faut pas oublier ces superbes
moments d’intériorité occasionnés par sa propre
vie de famille, à l’occasion d’événements de
naissances et d’événements plus sombres.
J’aime beaucoup retrouver dans ces prières une
sorte d’équilibre à la fois théologique et
théologale, même s’il ne se dit pas théologien.
On sent, au fur et à mesure des circonstances
vécues, une évolution de son regard sur Dieu le
Père, sur Jésus et sur l’Esprit. On sent, dans
ses prières, un regard nouveau sur la relation
au Dieu de Jésus. La Parole est devenue vivante
parce qu’elle s’alimente aux événements de la
vie, de nos vies, comme ce fut le cas pour
Jésus.
Toute ma reconnaissance à Simon Paré. Je
souhaite que ce livre se retrouve sur les tables
de chevet. Et que le sens d’Évangile qui
traverse ces textes rejoigne les personnes à
qui ils manqueraient des paroles et des mots
pour dire et chanter au cœur des événements
vécus. Que ces poèmes les inspirent et les
portent à élargir leurs prières, à ouvrir la
prière dans leurs propres mots, à oser libérer
leurs propres mots en prières.. C’est un bonheur
pour moi de retrouver dans ce livre un écho et
je dirais une certaine odeur de la Communauté
chrétienne St-Albert-le-Grand de Montréal. J’en
suis assuré, plusieurs s’y reconnaîtront et en
viendront, eux aussi, à inventer les mots de
leurs propres prières.
Guy Lapointe, o.p.,
Communauté chrétienne St-Albert-le-Grand,
Montréal
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