Livres
du mois
AVRIL 2005
Daniel Sibony,
Dalil Boubakeur, Pierre Lambert, Le choc des
religions, Paris, Presses de la Renaissance,
2004. 228 p.
Le choc des religions
pose la question de la coexistence entre les trois
monothéismes. Psychanalyste d’origine juive,
Daniel Sibony répond en étudiant le rapport
Bible-Coran. Son exposé, clair et solide, fait
ressortir une faille dans le contenu du Coran qui
s’est largement inspiré de la bible hébraïque,
alors que ces emprunts sont niés par l’accusation
répétée de trahison faite aux juifs à l’égard du
message original de Dieu. Cette dette non reconnue
est à la base de la difficulté d’instaurer un
dialogue avec l’islam qui, abusivement, enseigne
la préexistence du Coran sur la bible, puisqu’il a
été écrit par Allah, bien qu’il contienne déjà des
détails sur la vie du peuple juif. L’islam vient
en quelque sorte réparé cette insoumission du
peuple juif, dont la persistance historique
demeure inexplicable pour la conscience musulmane.
La faiblesse de l’islam actuel tient pour une part
à cette tendance à imputer aux autres fautes et
trahisons tout en affirmant sa perfection. L’islam
connaît une crise d’identité dont il ne se sortira
qu’en évitant d’inclure l’humanité dans le cercle
musulman, comme si le fait de naître faisait de
tous les êtres humains des disciples de Mahomet
par vocation.
Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris,
plaide quant à lui pour un islam moderne et
libéral, laïc et modéré. Il le fait en rappelant
les idéaux humanistes et culturels issus de
l’époque des Lumières, auxquels l’islam devra se
conformer pour assurer son avenir, du moins en
Europe. Dénonçant l’antisémitisme (judéophobie),
il plaide pour la tolérance et contre toute forme
de fondamentalisme et de violence.
Le dominicain Pierre Lambert traite des monothéismes sous
l’angle, mieux encore, sous les arcanes de la
pensée de Plotin, dont l’œuvre est consacrée à la
réflexion sur l’Un. Le premier lecteur venu sera
un peu dépaysé devant les tournants de sa pensée
qui ne s’interdit pas, au-delà des textes sacrés,
de faire appel à des autorités complémentaires
(Euclide, Aristote, Einstein, les géométries
non-euclidiennes et les nouvelles théories de la
lumière). Poser l’Un n’empêche pas la diversité
d’inspiration, et elle est abstraite et
foisonnante. Le parallèle entre les trois
monothéismes fait appel à des catégories
scolastico-thomistes largement incompréhensibles
pour la moyenne des lecteurs intéressés au
dialogue interreligieux.
En somme, la contribution de D. Sibony, qui passe étrangement
sous silence la décision de fermer la porte de
l’effort personnel d’interprétation (Ijtihad)
prise au neuvième siècle par les autorités
musulmanes, crée un certain malaise, bien qu’il
s’agisse d’une réflexion for bien documentée. Il
demeure que sa critique met en lumière un problème
que l’islam devra reconnaître. Les deux autres
auteurs ne répondent que partiellement à la
question soulevée et sur un registre qui montre
déjà en soi les difficultés du dialogue
interreligieux.
Raymond Légaré
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