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MARS 2001

Un immense chef d’œuvre de la peinture française, la Piéta de Villeneuve-lès-Avignon.

Au Moyen-Âge, surtout à partir du XIIIe siècle, on voit apparaître une piété de plus en plus émotionnelle, de plus en plus tendre. L’influence de François, le petit pauvre d’Assise, qui ne pouvait penser aux souffrances et à la mort de son Seigneur Jésus Christ sans fondre en larmes, fut déterminante.

Elle a profondément marqué la spiritualité et la prédication franciscaine. De ce fait, elle a contribué à l’explosion d’une toute nouvelle imagerie dans l’art de la fin du Moyen Âge. De plus en plus les artistes représentent les souffrances et la mort du Christ. Et du même coup la mère éplorée devient, elle aussi, de plus en plus présente. Avec Marie-Madeleine et l’apôtre Jean, elle est aux pieds de la croix. Elle est encore là quand les disciples détachent du gibet le corps inanimé de leur Maître.

Et bientôt la piété populaire et le génie des artistes imagineront une scène inconnue des évangiles, mais qui rencontre un tel succès qu’elle s’exprime en surabondance dans les divers médias : enluminures, peintures, sculptures. C’est la Piéta, la mère assise avec le corps de son fils mort sur les genoux. Aux croyants, que déchire la mort inévitable d’êtres aimés, est offert à contempler celle qui entre en profondeur dans le mystère de la mort qui donne sens à toute mort. La mort de son fils, que la foi nomme Fils de Dieu.

La Piéta d’Avignon du Louvre (vers 1445), œuvre du peintre Enguerrand Quarton, homme du nord installé dans l’Avignon des papes, unissant les influences de la Flandre à celles du sud, est l’une des plus profondes et des plus géniales. Un véritable sommet de l’art français. Il suffit de regarder, un à un, chacun des personnages pour ressentir la force expressive et contenue de ce chef d’œuvre. Le donateur a le regard perdu, loin de la scène, dans une profonde  vision intérieure. Jean contemple douloureusement la couronne d’épines alors que Marie-Madeleine s'abîme dans les larmes. Marie, les mains jointes, le visage triste et défait, est tout habitée par le mystère.

Sur le fond doré d’un ciel gothique, la composition pyramidale est puissante et facile à lire. Aucun superflu, on n’a que le drame essentiel. Une longue arabesque va du donateur à l’apôtre Jean, culmine avec la Vierge et s’achève en douceur avec Marie-Madeleine. Inoubliables, ce corps cambré du Christ, ces diagonales du bras et des jambes, qui se détachent sur la couleur ample, sombre du manteau. Nous sommes dans un tableau, mais le  modelé des visages, des  mains, du corps, du vase d’onguent précieux est si ferme qu’il atteint la dimension monumentale d’une sculpture.

Nuances expressives des visages, avons-nous dit, mais aussi  variations subtiles de main en main, de la blancheur du surplis à la blancheur des vêtements de la Vierge... La puissance technique des Flamands est réassumée.

 

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