Œuvres
d'art
du mois
JUILLET
– AOÛT 2001
Un nouveau site
consacré à l’œuvre entière de
Jérôme Bosch (env. 1450- 1516).
Par
son imagination débridée, par les
domaines souterrains qu’il
explore, par ses qualités
picturales, Jérôme Bosch
est incontestablement l’un des génies
les plus originaux de l’histoire
de la peinture. Ses œuvres
authentiques sont rares : 25
tableaux et 8 dessins, répartis
dans les plus grands musées du
monde : Madrid, Lisbonne,
Vienne, Paris, Londres, Berlin,
Rotterdam, Washington…Or, le
musée Boijmans Van Beuningen à
Rotterdam a réussi le tour de force
de réunir 18 de ces tableaux et 7
dessins pour la plus grande
exposition Bosch à ce jour, du
premier septembre au onze novembre
2001.
En
plus, le musée Boijmans a fait
construire un
site interactif très original
(en anglais et en néerlandais) sur
le peintre et son milieu. Il est
surtout intéressant parce que
toutes les œuvres sont là et que
de multiples possibilités sont
offertes : agrandir l’un ou
l’autre détail, agrandir l’œuvre
entière, aller chercher dans les
commentaires descriptifs quelque réponse
à nos interrogations nombreuses,
aller chercher quelque renseignement
plus technique… On peut même
voter en faveur d’une œuvre qui
plaît davantage ou écrire ses
propres commentaires. Les créateurs
ont même imaginé un jeu qui
utilise Shockwave et qui fait pénétrer
chaque participant dans l’univers
mystérieux de Bosch et dans son
monde de valeurs, évidemment les
valeurs chrétiennes médiévales
avec le paradis et surtout l’enfer
à la clef…
La
qualité de reproduction des
documents est variable. Excellente
pour les dessins et la plupart des
tableaux et fragments de triptyques,
elle laisse à désirer pour les
grands triptyques (agrandissement
maximal). Pour de meilleures
reproductions, il faut aller au WebMuseum,
où Mark Harden a fait des
merveilles avec quatre des grands
triptyques : Le
jardin des délices (Madrid),
La
charette de foin (Madrid), La
tentation de saint Antoine (Lisbonne),
Le
jugement dernier (Vienne).
Deux autres chefs d’œuvre, La
nef des fous du Louvre et L’avare
et la mort de la National
Gallery de Washington sont aussi
beaucoup mieux reproduits au
WebMuseum. Par contre, le tableau Saint
Jean à Patmos est
incomparablement mieux sur le
nouveau site. On y trouve aussi de
belles surprises, très bien
photographiées, comme le Déluge
ou plutôt l’après Déluge avec
son atmosphère étrange et glauque,
et au revers, en médaillon, la
douceur du Christ
qui sauve…
Jérôme
Bosch s’exprime avec des moyens
picturaux extrêmement forts. En
particulier, ces frottis, ces jeux
de matière, ces dégradés de
couleurs, ces accents lumineux, ces
compositions variées qui parfois
s’étagent, parfois se développent
en arabesques, parfois se condensent
en personnages vus à mi-corps.
Son
univers est fascinant. La
psychanalyse et le surréalisme nous
rendent particulièrement sensibles
à cette exploration complaisante de
tous les supplices imaginables de
l’enfer, aux mystérieuses
jouissances du jardin des délices.
Les ordres sont transgressés :
le minéral, le végétal,
l’animal, l’humain se
confondent. Mal et bien, douceur et
violence sont toujours très
proches. Et souvent le bien n’est
qu’un îlot dans une mer de méchanceté,
comme le montrent ces deux
chefs d’œuvre : Le
couronnement d’épines de
la National Gallery à Londres et Le
portement de la croix au
Musée des Beaux Arts de Gand. La
douceur du Christ, de Véronique,
de Simon, fleurit au milieu des
trognes bestiales, de la haine, de
la cupidité, de la violence brute.
Le mal surabonde en cette vie, mais
Jérôme Bosch est convaincu que
l’amour sauveur est toujours là…
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