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MAI-JUIN 2002

Pour le mois de mai, un tableau doux et tendre : La Vierge, l’enfant Jésus et sainte Dorothée, une surprise que nous fait David Teniers le Jeune (1610-1690).

Cet artiste flamand fut si populaire qu’il devint le peintre attitré du gouverneur des pays-bas espagnols, l’archiduc Léopold Guillaume, et le conservateur de ses très riches collections. Elles seront à l’origine du Kunsthistorisches Museum de Vienne, un des grands musées d’art d’Europe, où la peinture flamande est magnifiquement représentée.

Teniers II fut surtout renommé pour des scènes populaires : kermesses, scènes de cabaret, représentations de métiers, paysages où figurent des paysans… La fête villageoise avec couple aristocratique (1652, au Louvre) est un bon exemple de ses grandes qualités techniques : jeu raffiné des couleurs, touche libre et nerveuse, matière variée – parfois dense et compacte, parfois légère et translucide, puissance expressive, justesse des mouvements…

Ces qualités nous les retrouvons, avec grande sobriété, dans le petit tableau (17cm x 22cm) de la Vierge avec l’enfant Jésus et sainte Dorothée  au Louvre. La composition circulaire est ample, enrobante. Les expressions et les gestes sont très justes : visage contemplatif de la Vierge tourné vers l’intérieur, tendre échange de regards entre l’enfant et Dorothée. Et tout le tableau baigne dans de subtiles variations de vert et de brun sur lesquelles se détachent la couleur plus vibrante des robes, plus claire des visages et du corps de l’enfant.

Beaucoup de douceur et de tendresse, sans aucune mièvrerie!

MARS-AVRIL 2002

Deux tableaux qu’on ne peut oublier après les avoir vus ne serait-ce qu’une fois : Le Baptême du Christ et La Résurrection de Piero della Francesca. Et un troisième, bien mystérieux, La Flagellation

Par son amour de l’Antiquité classique, par sa vaste culture humaniste, par sa fascination pour les lois de la perspective, par la recherche d’un certain réalisme de la matière, Piero della Francesca (1406 ou 1412 – 1492) est un véritable témoin de la première Renaissance. À cela il faut ajouter un sens de la composition forte et bien lisible, ainsi qu’une sensibilité toute poétique aux subtilités de la lumière.

Du Baptême du Christ (vers 1450 -- National Gallery de Londres), on a dit que « pour la première fois dans l’histoire de la peinture italienne sur bois, le spectateur éprouve l’impression de se trouver en plein air, de voir une vaste étendue de ciel, de contempler des personnages qui se détachent dans un espace réel sur un fond de paysage charmant » (Ronald Lightbown).

L’air circule dans ce tableau. Arbres et personnages baignent dans une lumière très douce qui rayonne de la droite. Et le ciel devient de plus en plus translucide en approchant la courbure des collines. Ou encore lorsqu’il se reflète dans le miroir du cours d’eau.

Il a fallu l’Impressionnisme et surtout Cézanne, pour qu’on apprécie à leur juste valeur les teintes subtiles, les ombres colorées et surtout les volumes au modelé sensible et ferme, presque sculptural.

On sent une joie chez Piero della Francesca à camper ces personnages bien solides sur leurs pieds, qu’on voit sous tous les angles, à ouvrir de longues perspectives avec le Jourdain qui serpente, à créer les surprenants raccourcis de l’écuelle pour le baptême et de la colombe comme un nuage.

Le moment est solennel et recueilli. Les gestes sont arrêtés. Jean-Baptiste et les anges fixent « le plus beau des enfants des hommes ». À l’exception de l’ange qui nous regarde et nous interpelle. Le Christ, au centre, à côté de l’arbre de vie, est  en contemplation profonde, à l’écoute du Père qui lui envoie son Esprit…

Avec La Résurrection (vers 1460 -- Museo Civico de Sansepolcro), les dimensions s’accroissent : on passe de 167 par 116cm à 225 par 200 cm. Le medium change aussi : non plus de la détrempe sur bois, mais une fresque avec ajouts à la détrempe. Alors forcément on n’a plus la même luminosité, quoiqu’en dépit des détériorations, on retrouve ce beau ciel de l’aube plus clair au-dessus des collines.

Il ne s’agit pas du panneau central d’un triptyque destiné à une église, comme Le Baptême, mais d’une murale commandée par la municipalité de Borgo Sansepolcro pour la Residenza où se tenaient les réunions du Conseil. Le Christ ressuscité, patron de la petite ville, rappelait aux magistrats et aux conseillers, qui priaient devant lui avant de pénétrer dans la sala magna, qu’il est le vainqueur de la mort et du mal, le vainqueur ultime des forces terrestres. C’était une mise en perspectives pour leurs décisions…

Cette fresque, l’un des grands chefs d’œuvre de Piero della Francesca, frappe par sa monumentalité. Le Christ, puissant, majestueux. se dresse à la verticale au-dessus de l’horizontale du tombeau et de l’arabesque des soldats endormis. Il occupe le sommet de la composition triangulaire qui place tous les personnages au premier plan dans une perspective très courte. Et ses gestes – l’étendard levé,  la main qui relève comme une toge le suaire rouge-rosé, le pied sur le rebord du tombeau – affirment une domination tranquille et définitive.

Non pas un Christ de tendresse, non pas un Christ qui se dissout en lumière comme chez Matthias Grünewald, mais un Christ qui exprime avec la beauté d’une statue antique, avec la puissance physique d’un condottiere sa victoire sur la mort et les forces de ce monde.

Entre baptême et résurrection, dans le contexte de la semaine sainte qui vient de s’achever, nous offrons à votre contemplation un extraordinaire et mystérieux tableau de Piero della Francesca, La Flagellation (vers 1445 – Galleria Nazionale delle Marche à Urbino). Extraordinaire par le jeu raffiné de la perspective géométrique entre sols, murs et plafonds. Extraordinaire par la mobilité subtile de la lumière qui vient de la droite du tableau, baigne le ciel et l’esplanade et joue à l’intérieur du palais de Pilate. Extraordinaire par le jeu subtile des teintes, par le rendu des matières.

Et extrêmement mystérieux avec ces trois personnages qui occupent l’avant-plan alors que la scène de la flagellation est mise à distance. Que de questions pour les spécialistes :  qui sont ces trois personnages? Pourquoi ont-ils une place prédominante? Quel est leur lien à la flagellation?

(Nos images proviennent du magnifique site de Mark Harden: Artchive)

 

 

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