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JUILLET-AOÛT 2003

Trois chefs d'œuvre incomparables: trois Marie-Madeleine de Georges de La Tour.

Aux mois de novembre et décembre 2001, L’adoration des bergers de Georges de La Tour fut le coup de cœur de notre site. À cette occasion, quelques paragraphes présentaient brièvement l’auteur et l’œuvre. Et les trois Marie-Madeleinedu Metropolitan Museum à New York, du Louvre à Paris, et de la National Art Gallery à Washington – étaient qualifiées de chefs d’œuvre incomparables… Aujourd’hui nous les offrons à la contemplation de nos visiteurs.

Rappels historiques

Rappelons pour mémoire que la tradition religieuse et artistique rapporte à une même femme plusieurs scènes des évangiles, alors que les exégètes sont perplexes et beaucoup plus réservés.

La pécheresse de Luc qui verse un flacon de parfum sur les pieds de Jésus dans la maison du pharisien Simon, Marie de Magdala libérée par Jésus de sept démons (Luc et Marc), présente avec d’autres femmes au calvaire ainsi qu’au tombeau, témoin de la résurrection auprès des apôtres (les quatre évangiles), Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare, qui répand un parfum précieux sur les pieds de Jésus (Jean), la femme anonyme qui fait un geste semblable à Béthanie chez Simon le lépreux mais sur la tête de Jésus (Marc et Matthieu), toutes sont réunies dans un personnage unique : Marie-Madeleine.

Au fil des siècles, l’iconographie privilégiera l’un ou l’autre de ces rôles : la femme aimante désolée au pied de la croix, ou celle qui reçoit la première apparition de celui qu’elle prend pour le jardinier,  ou même, dans le sud de la France, celle qui annonce la bonne nouvelle de la résurrection aux apôtres et qui évangélise les païens. Par ailleurs, la Marie-Madeleine intemporelle offerte à la piété des croyants est identifiable par ses riches vêtements et son flacon de parfum ou d'aromates.

Le XVIIe siècle baroque, qui a fait un succès aux Vanités, ces natures mortes juxtaposant les symboles du plaisir et les symboles de leur fugacité, rappelant la mort inéluctable, privilégie la Marie-Madeleine pécheresse repentie. La transformation d’une femme belle, riche, aux amours faciles, en amante passionnée du Christ au point qu’elle délaisse tout ce qui meublait sa vie superficielle, ce destin paraît exemplaire.

Les trois Madeleine

Dans les trois Madeleine de Georges de La Tour, les symboles de la fugacité de la vie sont présents : le crâne avec lequel une ou deux mains gardent le contact, la bougie ou la veilleuse qui se consument et, pour deux des trois tableaux, le miroir lieu du reflet et de l’illusoire réalité.

Dans la Madeleine du Metropolitan, la conversion est récente. Les bijoux viennent d’être abandonnés sur la table et même sur le sol… Le cadre du miroir, la fine chemise, la lourde jupe disent un passé somptueux. Par contre, la Madeleine du Louvre suggère une étape ultérieure. Vêtements grossiers, une corde comme ceinture, la discipline sur la table au-dessus d’une croix, et des livres pour nourrir la méditation et la prière. Quant à la Madeleine de la National Gallery, son clair obscur très accentué atténue à l’extrême les détails. Main gauche, crâne et livre sont vus à contre jour et par de sombres reflets dans le miroir… La lumière de la bougie est toute concentrée sur la diagonale du bras droit et de l’épaule, et sur la tête qu’ils supportent.

Ces têtes – encore altière dans la Madeleine du Metropolitan, tout abandonnées sur la main droite dans les Madeleine du Louvre et de la National Gallery – nous plongent dans l’univers intérieur. Le crâne, symbole de la mort, est présent mais à distance – sous les mains, sous la main gauche,  au bout des doigts. Le visage s’en détourne, il est orienté vers l’ailleurs de la contemplation, sans doute vers le mystère de la souffrance et de la mort de l’être aimé, le Christ. La fugacité de la vie humaine est rappelée, le regret de l’errance est évoqué, mais la profondeur contemplative, si bien traduite par Georges de La Tour, s’abîme dans l’Amour.

 

Pour une analyse plus poussée de ces trois chefs-d’œuvre, de leur symbolisme, de leur composition, trois belles pages du site World Art Treasure :   

Pour une méditation féministe très opportune à partir du personnage de Marie-Madeleine dans une quinzaine de tableaux, voir les textes de soeur Theresia Saers, sur le site de John Wijngaards

 

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