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Septembre  2006
 

Une belle surprise : visiter sur le Web le Musée Thyssen-Bornemisza !

À Madrid, on parle du triangle d’art qui réunit trois grands musées de peintures. Chacun est à courte distance des deux autres et les trois se complètent merveilleusement : le Prado avec ses grandes collections historiques, le Musée national du Centre d’art Reina-Sofia avec ses collections d’art contemporain, et le Thyssen-Bornemisza, qui couvre tant les siècles passés que la période contemporaine, avec des accents tout autres.

Évidemment les richesses du Prado sont insurpassables. Avec le Louvre, les Offices, l’Hermitage, il est l’un des plus beaux musées de peintures au monde. Mais sur le Web, il est nettement dépassé par le Musée Thyssen-Bornemisza qui permet au visiteur des expériences esthétiques fortes, tellement certaines peintures sont bien reproduites.

Un mot d’abord sur les collections de ce musée. Elles furent réunies tout au long du XXe siècle par les barons Thyssen-Bornemisza, père et fils, et, dans le dernier quart du siècle, par l’épouse de celui-ci, d’origine espagnole. Commencées en Allemagne, continuées en Hongrie, elles furent déplacées en Suisse avant la Deuxième guerre mondiale, à Lugano.

Les propriétaires furent toujours soucieux de rendre leurs collections accessibles au grand public. À Lugano d’abord et dans des expositions internationales : Europe, Asie, Amérique… Cette philanthropie amena même le Baron Hans-Heindrich à chercher un pays d’adoption pour ses quelques mille peintures, qui assurerait leur permanence et qui les ferait servir à la collectivité…

Et l’Espagne gagna. Entre autres raisons parce qu’elle offrit un lieu formidable, le palais Villahermosa, tout proche du Prado, qu’elle accepta de le transformer pour sa fonction muséale et de créer une fondation pour l’administrer. Ce qui devait être un prêt de neuf ans et demi, renouvelable, se transforma même en achat par le gouvernement espagnol en 1993 à un prix de faveur.

Et finalement, deux cent vingt peintures de la collection de la baronne Carmen Thyssen-Bornemisza entrèrent au Musée en 2004, un prêt pour une durée de onze ans…

Le site sur le web offre un parcours de ces collections, avec des commentaires détaillés en espagnol et en anglais. Mais le plus intéressant, à mon goût, ce sont le format et la qualité des œuvres les plus importantes. Je vous en offre quelques-unes ici des XIVe et XVe siècles, mais vous aurez sans doute grand plaisir à poursuivre l’exploration. Les nabis, les fauves, les expressionnistes réservent de belles découvertes...

Bonne visite !

Duccio di Buoninsegna, Le Christ et la Samaritaine, 1310-1311, 43.5 x 46 cm. L’un des panneaux de la fameuse Maesta de Sienne.

Simone Martini, Saint Pierre aux clefs, 58 x 38,5 cm. Il a son pendant à la fondation Getty, l’évangéliste saint Luc avec plume et encre, mais moins bien reproduit.

Rogier van der Weyden, La Vierge sur un trône, c. 1433, 15,8 x 11,4 cm. Un tout petit tableau, superbe, qui présente la Vierge dans un décor gothique.

Jan van Eyck,  L’annonciation, c. 1435-1441, 39 x 24 cm. Suivant une mode de l’époque, l’artiste peint en trompe-l’œil l’ange et la Vierge comme des statues dans leur niche. La conquête du réel par les peintres flamands!

Petrus Christus, Notre-Dame de l’arbre desséché, c. 1450, 17,4 x 12,3 cm. Le peintre et sa femme étaient membres de la confrérie qui avait cette Notre-Dame comme patronne. L’arbre de la connaissance, desséché par le péché originel, reverdira avec la venue du Christ.

Robert Campin (le Maître de Flémalle), Portrait d’un homme robuste, c. 1425, 35,4 x 23,7 cm. Campin est l’un des fondateurs de l’École flamande avec les frères van Eyck. On croit qu’il fut le maître de Rogier van der Weyden.

Hans Memling, Portrait d’un jeune homme en prière, c. 1485, 29 x 22,5 cm. Au verso, Memling a peint des fleurs mariales dans un pot marqué du monogramme du Christ, sans doute en relation symbolique avec la dévotion du jeune homme.

Antonello de Messine, Portrait d’un homme, c. 1475-1476, 27,5 x 21 cm. Ce peintre sicilien a grandement contribué a faire connaître la technique flamande de l’huile en Italie. Il aurait peint ce portrait dans les dernières années de sa vie.

Ghirlandaio (Domenico di Tommaso Bigordi), Portrait deGiovanna Tornabuoni, 1488, 77 x 49 cm. Œuvre impressionnante, très lumineuse, qui poursuit la tradition des personnages présentés de profil.

Juan de Flandes, Portrait d’une infante (Catherine d’Aragon?), c.1496, 31,5 x 22 cm. Ce grand peintre apparaît en Espagne, à la cour des rois catholiques, à partir de 1496. On ne sait rien de ses antécédents, mais il y apportait les découvertes de l’École de Bruges.


Claude Giasson 

 

 

 

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