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La présente crise prend des dimensions globales : chômage,
crise alimentaire et environnementale,
détérioration de la santé publique dans de
nombreux pays, fragilisation des classes
moyennes, enfoncement de millions d’humains dans
une pauvreté abjecte. Ces catastrophes révèlent
la fragilité du colosse aux pieds d’argile, la
vacuité d’un empire qui se prétendait
invincible, définitif comme la « fin de
l’histoire ». Sa déroute remet en cause non
seulement le mode de fonctionnement de notre
système économique et financier, mais son
fondement culturel et moral. On peut parler de
crise civilisationnelle.
Cet empire n’a sans doute pas fini de rendre l’âme. Nous
cherchons à nous en affranchir, à dénouer les
nœuds de nos complicités plus ou moins
conscientes. Quelle libération pouvons-nous
attendre? Par quels chemins ? Qui nous fera
traverser ce désert?
La crise dont on parle
Quotidiennement, les manchettes des médias sont porteuses de
nouvelles économiques catastrophiques. En voici
quelques exemples. Janvier noir pour l'emploi
américain : près de 600 000 postes ont été
supprimés, et ça continue depuis. GM réclame 30
milliards de dollars pour éviter la faillite...
L’OCDE prévoit un
taux de chômage approchant les deux
chiffres pour tous les pays membres excepté le
Japon d’ici la fin de 2010. Depuis janvier, soit
indirectement par divers «outils» financiers de
la Fed, soit directement par le Trésor, l’État
américain a prêté 3000 milliards au secteur
privé en plus d’offrir une garantie de 5700
milliards sur certains investissements; par
comparaison, les 700 milliards consentis au
sauvetage des AIG et autres s’avèrent …des
confettis! Au Québec, ce sont 2 561
consommateurs qui ont déclaré faillite en
janvier. Pour sa part, la Caisse de dépôt et de placement du Québec a terminé l'exercice 2008 avec une
perte de 40 milliards de dollars, soit un
rendement négatif de plus de 25%... Au Japon,
l'électronique perd des milliards; les fleurons
du secteur se voient forcés de licencier des
milliers d'employés... L'économie est en
lambeaux...
Est-il possible, pour des profanes, d'y
comprendre quelque chose?
L’économie néolibérale était déjà minée par des déséquilibres
importants, notamment par les inégalités
sociales qu’elle avait provoquées. C’est
cependant du côté des marchés financiers que se
sont d’abord manifestés les éléments
déclencheurs de la crise actuelle. Ceux-ci sont
maintenant relativement connus. Rappelons-en
brièvement l’engrenage sans toutefois entrer
dans l’analyse des autres causes du dérapage en
cours. Au début du millénaire, le gouvernement
états-unien ayant baissé intentionnellement les
taux d'intérêt, le marché immobilier s'est
emballé. Les institutions financières ont mis en
marché des crédits immobiliers à risque. Les
ménages surendettés ne parvenant pas à
rembourser leurs prêts hypothécaires, les
maisons ont dû être reprises et le marché s'est
effondré. Les banques détentrices des produits
dérivés intégrant ces hypothèques se sont
soudainement retrouvées avec des actifs
«pourris», virtuellement sans valeur (ex.
papiers commerciaux adossés à des actifs –
PCAA). De plus, les institutions financières
s’étant prêté ou vendu de tels produits, elles
ont brusquement cessé de se faire mutuellement
confiance. Cette incertitude sur leur situation
réelle venait s’ajouter à la crise de liquidités
qu’elles connaissaient déjà en raison d’un ratio
disproportionné entre leurs fonds propres,
servant de garantie, et leur masse de produits
dérivés et de prêts en circulation.
Pour ajouter encore à la débandade, les dirigeants de ces
institutions ont continué de se servir de
copieuses primes tout en s’assurant de
parachutes dorés pour le moment où ils seraient
éjectés de leurs postes après leurs
contre-performances annoncées. À Wall Street
seulement, les dirigeants se sont versé la
faramineuse somme de 18 milliards de dollars en
primes depuis un an. Ces agissements révèlent,
comme en condensé, ce à quoi en est venu à
carburer principalement le capitalisme
néolibéral : une cupidité sans limites et
arrogante, car sûre de rester impunie. Dans le
même temps, et en conséquence de la crise des
liquidités, il s'en est suivi la faillite de
certaines institutions financières mais surtout
un resserrement généralisé du crédit à l’égard
des entreprises. D'où une baisse marquée de la
croissance économique et une hausse accélérée du
taux de chômage. Par un effet de domino, cette
crise s'est étendue, à partir des États-Unis,
vers le Canada et vers les autres continents,
affectés à des degrés variables par le phénomène
et ses conséquences ainsi que par leurs propres
déséquilibres économiques et financiers.
Chez nous, quelques situations-témoin
Au quotidien, la débâcle actuelle cause partout des détresses
humaines alarmantes en même temps qu’elle peut
révéler des créativités porteuses d’avenir.
L’un d’entre nous raconte une expérience qu’il vient de vivre
: un homme d’environ 50 ans entre dans un petit
bureau d’organisme communautaire. Il est
agressif et se plaint de ne pas avoir accès à
l’aide sociale. Il se pense visiblement dans un
bureau du gouvernement. Notre camarade lui
explique que son organisme cherche à aider les
gens. Doucement, il lui dit: « Vous avez
peut-être faim ». Le pauvre homme fond en
larmes. Quand un sandwich lui est présenté, il
le mange avidement comme quelqu’un qui n’a pas
eu de quoi se nourrir depuis longtemps. Et
pourtant, cet homme avait travaillé comme
camionneur pendant de nombreuses années, mais il
a perdu son emploi.
Voyons une deuxième situation, tout à fait typique. Une femme
appelle à un centre d’écoute. Son propriétaire
vient de lui annoncer qu'il a l'intention de
hausser son loyer mensuel de 15$. Plus de 50% de
ses revenus sont déjà affectés au paiement de sa
petite chambre. Avec moins de 600$ par mois,
elle ne peut se nourrir avec ce qui reste.
Tels sont quelques visages concrets des ravages d’une
économie davantage intéressée à l'accumulation
de capital par un petit nombre de personnes qu'à
la satisfaction des besoins de base pour les
personnes qui n'ont qu'un très mince pouvoir
d'achat. Par ailleurs, dans un tel contexte de
détresse, il ne manque pas d’initiatives
porteuses de sens qui illustrent la possibilité
d’un autre type de dynamique économique et
sociale, axé sur la solidarité et le partage.
À titre d’exemple, voici deux autres faits vécus. Une
personne de notre groupe accompagne une femme
laissée seule avec sept enfants. En raison d'une
trop mince pension alimentaire, la famille vit
entassée dans un taudis en attente d'un HLM
jamais disponible. La maman se décourage et
combat l'envie de basculer de son balcon. Son
amie la convainc de s'acheter une maison. Le
projet fou se réalise grâce notamment à l'aide
d'un fonds d'entraide et de prêt populaire géré
par
la Caisse populaire de l'endroit.
Ou encore, dans un groupe d’entraide rassemblant des
personnes aux prises avec la pauvreté,
l’isolement ou la déficience intellectuelle, on
pratique une forme de vivre ensemble axée sur
l’accueil de la différence, le partage des
ressources et des responsabilités, la résistance
aux valeurs dominantes de la société de
consommation. Cette expérience permet à des
personnes brisées et humiliées de se redresser,
de participer à la construction de la solidarité
et d’apprendre à affronter une pénurie qui
s’annonce de plus en plus dramatique, autrement
que dans la barbarie d’un impitoyable
sauve-qui-peut.
De tels exemples d’alternative concrète se retrouvent en
abondance dans différents types de
regroupements. Si, comme on nous en rebat les
oreilles, l'économie formelle est en crise, nous
voyons et savons par exemple qu'une
micro-économie à portée humaine et sociale est
possible et déjà à l'œuvre. Nous en avons
collectivement les moyens. Elle est source
d'espérance pour les populations exclues,
appauvries ou marginalisées. Elle contient en
germe une alternative sur le plan économique,
tout comme une foule d'autres réalisations en
divers domaines offrent une panoplie de voies
pour la préparation d'un monde différent. C’est
de ce genre d’expérience que nous partons pour
mener la présente réflexion.
Deux visions de l'économie
Dans le domaine économique, deux mondes, deux systèmes de
valeurs se côtoient. D'une part, une économie de
marché axée sur la compétition, le profit et une
culture de consommation. Ce système fait une
minorité de gagnants et une majorité de perdants
parce qu'il repose fondamentalement sur les
inégalités sociales et laisse l'argent se
reproduire indéfiniment pour satisfaire les
appétits et cupidités des nantis. Selon Claude
Béland, ex-président du Mouvement Desjardins, à
notre époque, « pour la première fois dans
l'histoire de l'humanité, il se crée plus de
richesses par la seule spéculation que par la
production de biens et de services ». Sous ce
régime, mondialement, les 5% les plus riches
accaparent le tiers de l'ensemble des revenus.
Encore selon M. Béland, ce « système économique
contredit et entrave la marche de l'humanité
vers un monde plus juste et plus égalitaire »
(Notes manuscrites sur la crise financière).
L’étymologie du mot « économie » (oikos-nomos) oriente
pourtant dans un autre sens. Ce terme renvoie à
la « maison » et aux « règles » qui en régissent
la gestion dans le sens du bien commun et pour
le bonheur des toutes les personnes qui
l'habitent. Les habitants d’une véritable maison
n'aspirent pas à être riches, mais à posséder
assez pour être bien ensemble. Chacun, chacune
trouve sa juste place, son bien-être, sa
sécurité, dans des rapports conviviaux On peut
dire que le « produit intérieur brut » devient
fonction du « bonheur intérieur brut ». Le monde
pourrait-il devenir une telle « maison » ?
Une approche humaine de partage et de solidarité donne lieu
en maints endroits à une économie alternative,
souvent plus ou moins informelle, comme dans
différentes formes de coopératives. Elle suppose
un rapport à l'argent et aux biens matériels
basé sur les besoins de la vie et sur les droits
que ceux-ci commandent; sur l'ouverture au
partage et à la solidarité sociale; sur le
respect de l'environnement et de ses ressources,
incarné par exemple dans des pratiques de
simplicité volontaire. Le bien commun passe
avant l’intérêt individuel. Nul ne s'enrichit
aux dépens des autres. L'acteur économique est
pour ainsi dire à dimension humaine : c'est le
citoyen, la citoyenne, la travailleuse, le
travailleur, les hommes et les femmes qui
mettent leur potentiel de créativité au service
de la collectivité, le travail rémunérateur
étant l'une de ces contributions.
Dans un tel modèle économique, la crise actuelle n’aurait pas
pu se produire. La réalité conflictuelle d’une
économie mondialisée et financiarisée fonctionne
bien différemment et conduit à de tout autres
résultats, comme nous en sommes témoins.
Quelles voies pour une sortie de crise ?
Diverses voies de sortie de crise sont actuellement
explorées. La faillite du libre marché à assurer
par lui-même un développement durable met
notamment en évidence la nécessité de mieux
réguler les échanges économiques et financiers.
À cette fin, le rôle nécessaire de l’État
revient sur le devant de la scène, à l’encontre
d’une vision du marché capable de
s’auto-discipliner sans aucune contrainte.
La tentation de recourir au privé pour prendre
en charge divers services publics dans les
domaines de l’éducation ou de la santé, par
exemple, s’en trouve de plus en plus
discréditée. Le soutien de l’État à ces services
et même son rôle de maître-d’œuvre de ceux-ci
s’avèrent manifestement indispensables.
Certaines mesures urgentes, notamment par l’investissement
dans les infrastructures hospitalières,
scolaires, ou routières, peuvent être
nécessaires à court terme pour créer de l’emploi
tout en répondant à des nécessités réelles. Dans
la mesure où l’argent public est utilisé au
service du bien commun, il est possible de
souscrire à des initiatives qui visent
provisoirement à réduire les risques de
catastrophe. Encore faudrait-il que de telles
mesures s’inscrivent dans le cadre d’une vision
à long terme, comme des étapes sur le chemin
d’une transformation plus radicale des rouages
économiques et démocratiques à tous les
niveaux.
Il ne faut pourtant pas être dupe. La plupart des plans
actuels de relance économique, que ce soit dans
notre pays ou à l’étranger, sous la forme de
nouvelles régulations (à la manière européenne)
ou de nouveaux investissements (à la manière
américaine), visent pour l’essentiel à rétablir
la confiance des consommateurs afin de recréer
les conditions de l’accumulation du capital. Au
mieux, ils pourront contribuer à sauver un
certain nombre d’emplois et à maintenir un
certain niveau d’assistance publique. Les
objectifs de redistribution de la richesse, de
développement durable et de respect de la
dignité humaine n’en deviendront pas pour autant
prioritaires dans les politiques économiques ou
l’aménagement de la vie collective. La vie
humaine continue d’être assujettie à la prise de
bénéfices et à un type de croissance
écologiquement néfaste.
Il serait donc illusoire de miser aveuglément sur de telles
tentatives de sortie de crise. Elles risquent
peu de transformer efficacement et durablement
la société dans le sens où nous sommes engagés.
Pour l’instant, l’alternative globale à proposer
manque de soutien politique au sein des
instances institutionnelles. Qui donc se fera le
porteur de ce projet ? Selon François Houtart,
« le nouvel acteur historique porteur des
projets alternatifs est aujourd’hui pluriel. Ce
sont les ouvriers, les paysans sans terre, les
peuples indigènes, les femmes premières victimes
des privatisations, les pauvres des villes, les
militants écologistes, les migrants, les
intellectuels liés aux mouvements sociaux. Leur
conscience d’acteur collectif commence à
émerger » (Allocution à l’Assemblée générale des
Nations Unies, 31 octobre 2008). Plutôt que de
compter sur un nouveau Moïse pour traverser les
calamités de la crise actuelle et nous faire
entrer dans un monde renouvelé, nous croyons
que
l’alternative est déjà en marche à
travers une myriade de réseaux qui en
sont les porteurs, chez nous et à travers le
monde. Soit sous la forme
du coopérativisme comme outil de démocratisation
de la vie économique et de ses applications dans
les domaines de la finance, de la production, de
la consommation, de l'habitation, par exemple.
Soit dans le champ de l’économie sociale dont
les activités issues de l'entrepreneuriat
collectif visent à servir la collectivité et
défendent la primauté des personnes et du
travail sur le profit; au Québec, c'est 6 254
entreprises qui font rouler une somme de 4,3
milliards par an. Qu'il s'agisse aussi de la
défense des droits humains, du mouvement
associatif, des groupes d’entraide et de
solidarité : le réseau des organismes
communautaires québécois est unique au monde
quant à son ampleur et à sa diversité. Ou qu'il
s'agisse encore du mouvement de simplicité
volontaire à contre-courant de la consommation à
outrance dont les adeptes choisissent
l'« assez » plutôt que le « plus », le temps
libéré plutôt que le compte en banque et ce,
dans une perspective écologique. Ou bien enfin
les diverses formes d’expérience communautaire
et de pratique égalitaire, l’engagement pour
l’intégrité de la création et la dignité
humaine, le combat non violent pour la justice
et la paix, le dialogue entre les cultures et
les religions, etc. Autant d’exemples qui
illustrent la voie du bon sens et de l’équité.
Les meilleures chances d’une sortie de crise qui
ait des retombées concrètes à court et à moyen
terme pour « le monde ordinaire » se trouvent de
ce côté. Ces initiatives se caractérisent à la
fois par une grande créativité et par des
valeurs porteuses qui se situent aux antipodes
de celles qui animent le capitalisme néolibéral
qui chancelle sous nos yeux en raison même de
son inhumanité. Elles offrent des moyens
d’affronter les défis posés par différentes
dimensions de la crise, sans prétendre pour
autant se substituer aux nécessaires
transformations structurelles qui demeurent
nécessaires sur le plan global.
Quel espoir à long terme ?
Les défenseurs de la realpolitik tenteront
constamment de faire basculer le soupçon
d’illusion du côté de ces espoirs qui paraissent
bien fragiles devant l’énormité de la machine à
broyer des humains et l’insensibilité de ceux
qui en contrôlent les leviers. Il est vrai que
malgré l’ampleur et le dynamisme de la mouvance
alternative, une modification radicale et
durable des règles du jeu au niveau des grands
systèmes économiques et politiques n’est pas
encore prévisible. Attendre sa réalisation à
court terme engendrerait fatalement illusion et
désillusion. Même à long terme, il demeurera
toujours impossible de réaliser pleinement la
société juste que nous espérons, quelle que soit
par ailleurs l’importance des gains qui peuvent
parfois être réalisés. Un écart sépare
inévitablement toute réalisation historique
particulière de cette société pleinement humaine
que les évangiles proposent à notre espérance.
Le rôle mobilisateur de l’utopie demeure tout de même
indispensable pour éviter que la désolante
réalité de « ce qui est » finisse par usurper le
statut d’absolu en tuant le désir de cet
« autre monde possible » dont nous pouvons nous
approcher sans cesse par le chemin de notre
espérance et de notre créativité collective.
Dans cette perspective, la lenteur des
transformations politiques et institutionnelles
n’empêche pas de voir dans les plus modestes
réalisations l’anticipation réelle d’un monde
nouveau. Historiquement, d’ailleurs, il n’y a
aucune grande réalisation de l’humanité qui
n’ait d’abord été rêvée et arrachée à la
fatalité par des expériences « locales »
prophétiques ou à contre-courant. Ainsi, les
politiques sociales du XXe siècle auront été anticipées par les idées et les initiatives du
mouvement solidariste du XIXe siècle.
Toute forme d’alternative en mouvement rend en effet
davantage possible et déjà présente une vie
humaine digne de ce nom, à la façon des figures
et groupes prophétiques de la bible. On peut
penser au « Reste d’Israël », cette petite
communauté de pauvres demeurée fidèle à
l’espérance au milieu du découragement et de
l’idolâtrie d’Israël; ou encore au peuple
humilié dans son exil à Babylone, mais refusant
de se laisser contaminer par l’esprit de
l’empire, à qui le deuxième Isaïe révélera son
identité de « Serviteur » et sa mission de
devenir « la lumière des nations » (Is 42,6).
Ces figures prophétiques incarnent dans leur
courageuse résistance et leur humble fidélité la
grandeur cachée et l’avenir de l’humanité. Ne
peuvent-elles pas être reconnues sous les traits
de tous ces groupes porteurs d’espérance qui
s’entêtent, envers et contre toutes les
puissances de destruction et de domination, à
croire et à œuvrer à l’humanisation de notre
monde? Conscients de porter une force de
transformation plus puissante que la violence de
l’injustice et du mépris, ils exercent une
fonction d’éveil et de rappel qui relance notre
humanité sur la voie de son accomplissement
véritable, dans le sens d’une certaine capacité
de justice et de solidarité, de respect pour la
création et pour la dignité de toute personne,
de service et de don de soi dans la gratuité. À
la façon d’un ferment, ces artisans de la vie
maintiennent active l’énergie créatrice qui
renouvelle petit à petit notre monde blessé. Ils
opèrent de l’intérieur un affranchissement de
l’empire, par leur refus de s’y soumettre. Ils
peuvent nous servir de guides pour traverser le
désert de la violence, de l’injustice et de
l’inconscience.
Une réflexion à poursuivre
Cette force de vie à l'œuvre dans le monde appelle chacune et
chacun de nous à des remises en question. Aussi
importants soient-ils, nos engagements pour la
transformation sociale demeureront stériles si
nos mentalités, nos attitudes profondes, notre
vision du monde, bref la culture commune ne se
transforme pas elle aussi pour devenir plus
perméable au sens de l'humain, à ce que Paul
Ricoeur appelle « l'intuition de soi dans
l'autre ». C’est en définitive un certain
culte inconditionnel de la rationalité
instrumentale, la volonté de pouvoir et de gain
à tout prix, la négligence du caractère sacré de
l’humain qui se retrouvent au pilori. La
réflexion est à poursuivre en particulier sur
cette dimension culturelle et morale d'une «
sortie de crise » qui serait à la mesure de ce
que l'on considère de plus en plus comme la fin
du monde tel que nous le connaissons.
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DES QUESTIONS POUR PROLONGER LA
RÉFLEXION
1.
Qu’est-ce qui vous paraît le plus grave
dans la crise actuelle ?
2.
Quelles sont les sources d’espoir qui
soutiennent vos pratiques ?
3.
Quel type d’initiative serait à
privilégier pour répondre aux urgences
immédiates ?
aux nécessités à plus long terme ?
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3 avril 2009
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