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« Seigneur, votre droite est terrible! » (Victor Hugo)
Édith Richard

 

 


 

Seigneur, votre droite est terrible! Une petite phrase  pourtant bien courte mais qui dégage une telle puissance évocatrice qu’on croirait entendre le poète crier sa douleur face à la mort du  « père et de l’enfant » (Les chants du crépuscule).

Pourquoi met-il en cause la droite? Pourquoi pas la gauche? La droite serait-elle si terrible? Si horrible? Si impitoyable? Mais, au juste, que sait-on de la droite?

Personne ne songe à contester l’existence historique de la droite et de la gauche dans l’histoire de l’humanité. En effet, même  dans l’antiquité, la droite était reconnue comme la place d’honneur des ordres privilégiés (noblesse, clergé) en se tenant à la droite du trône royal.

Dans l’Évangile les fils de Zébédée en Mc 10,37 et leur mère en Mt 20,21 formulent, audacieusement, la demande à Jésus d’être assis l’un à sa droite et l’autre à sa gauche lorsqu’il sera dans sa gloire.  Dans la doctrine chrétienne le credo attribue au Christ une place à la droite de son Père

Il n’est pas que dans la Bible et dans les temps anciens où la droite est considérée comme une place privilégiée; à notre époque les exemples ne manquent pas non plus. Entre autres, dans  nos systèmes parlementaires (Chambre des communes, Assemblée nationale) le parti au pouvoir occupe la droite du président ou de la présidente d’assemblée. Dans les repas d’apparat la personne la plus élevée en titre est placée à la droite de l’hôtesse ou de l’hôte.

Origine de la compréhension actuelle de la droite et de la gauche

Notre  compréhension actuelle de la droite et de la gauche en politique  remonte au 28 août 1789, durant la révolution française, alors que les députés de la Constituante se séparent en deux groupes afin de faciliter le décompte des voix. À la droite du président  se trouvent les partisans d’un droit  de veto absolu pour le roi; alors qu’à sa gauche se tiennent les tenants d’un régime constitutionnel dans lequel le roi ne jouerait qu’un rôle amoindri. Quant au centre, on s’est entendu  pour lui accorder un droit de veto suspensif.

Depuis cet épisode historique le sens de ces termes a pris de l’extension jusqu’à identifier la droite à la défense de la nature, de la religion et de l’autorité. Quant à la gauche, son idéologie repose sur la croyance en l’humanisme en marche et à la transformation de l’humain et de la société. Le discours de la gauche accorde à la justice une place prépondérante par rapport à celle de l’ordre.  Bien que les concepts de droite et de gauche soient assez bien délimités, on doit reconnaître qu’en fait, l’histoire et la psychologie l’attestent, la vigueur de leurs idéologies autant chez l’un que chez l’autre peut varier d’une position modérée jusqu’à une position très extrémiste.

Mais il reste que parler de la droite et de la gauche, c’est faire appel à un concept, à une vue de l’esprit. Chez quiconque veut approfondir et étudier un tel phénomène, surgit la nécessité de rechercher les différentes formes sous lesquelles cette réalité se présente parce qu’il peut exister plusieurs droites et plusieurs gauches; des positions modérées en laissant une place pour le centre qui lui, penche tantôt à droite tantôt à gauche, centre droit, centre gauche. Le paradoxe historique de ce centre, c’est que, laminé par des forces centrifuges et par des institutions tendant à la bipolarisation, il a toujours su préserver son rôle fondamental de charnière.

Dans quel contexte la droite surgit-elle?

L’histoire nous enseigne que les mouvements vers la droite surgissent habituellement  lorsqu’il y a un changement ou une menace de changement. Parce qu’elle est porteuse de transformations profondes, la modernité provoque chez certains des angoisses et de l’anxiété, avec comme conséquence, un encouragement à se replier sur des vérités, des valeurs et des certitudes qui sont perçues comme ayant fait leurs preuves dans le passé. La droite intervient donc dans un moment historique marqué par la crise des grandes idéologies qui soutenaient l’engagement collectif dans une société donnée. La droite va se manifester alors en politique et en religion précisément comme la pointe la plus avancée d’une tendance des Églises et des partis politiques à s’affirmer comme un remède à cette cause. Elle constitue une tentative pour combler l’ère du vide de façon réactive en fournissant à bon compte des certitudes et des réponses toutes faites à une société angoissée.

Les partisans de la droite recherchent le statu quo ante et ils trouvent dans le discours des leaders de droite une assurance quant au retour de l’ordre moral. Une rhétorique de certitude leur apporte des réponses à leurs questions et un baume à leurs angoisses.

Comment se manifeste-t-elle?

Si l’on est à même d’identifier la droite, on se doit aussi, et surtout, de savoir observer et pointer du doigt ses manifestation tant dans la vie sociopolitique que religieuse. L’objectif principal de la droite : faire appliquer ce qui est perçu comme la loi divine supérieure à la loi des hommes. Certaines politiques seront alors mises en application.

Le conservatisme

Dans un climat de peur, la droite va se replier et jeter un regard nostalgique vers un passé plus ou moins récent; à cette fin elle va faire appel à des moyens qui, bien sûr,  ont fait leurs preuves  au cours d’une autre époque mais qui sont déphasés dans un contexte totalement différent.

L’exclusion

Dans un processus d’assainissement, les tenants de la droite vont sentir le besoin de resserrer les rangs et d’épurer la société : Pour parvenir à leur fin ils vont mettre en place des mesures d’exclusion ou de vecteurs d’exclusion  telles : le confinement des femmes dans la sphère privée, le racisme, la xénophobie et l’homophobie.

Pour que les mouvements de droite aient quelque chance de succès ils doivent avoir à leur tête des chefs charismatiques qui savent tirer profit de certains moyens dont le lobbying, l’infiltration, les alliances et les médias. Les exemples ne manquent pas.

La droite religieuse : ses doctrines à l’ère moderne

Quelque que soit le terme sous lequel elle se présente, la droite porte toujours le même étendard fixiste : la lutte contre les incitations à la perversion des mœurs et l’atteinte à la dignité humaine. Elle aime à être perçue comme un chef de file dans le combat contre le « grand Satan » qui règne en maître sur toutes les formes de modernisme surtout occidental et dont l’influence engendre la sécularisation, le laxisme et le dévergondage. Voici quelques doctrines réactionnaires qui font actuellement partie du paysage religieux de la droite dans le monde : le fondamentalisme et l’intégrisme.

Le fondamentalisme

Le fondamentalisme – on devrait plutôt parler des fondamentalismes – parce qu’ils revêtent plusieurs formes – prend son origine chez les groupes religieux immigrés aux États-unis à compter des dix-septième et dix-huitième siècles et qui, pour protéger leur culture religieuse, se sont appliqués à donner une interprétation littérale des textes des Écritures c’est-à-dire des fondements. Le Nouveau Monde constituait pour eux le milieu idéal pour remplir la mission messianique dont ils se sentaient chargés. Les pilgrims se sont eux-mêmes qualifiés de fondamentals  d’où le nom de fondamentalistes.

Le principe du  fondamentalisme s’appuie essentiellement sur l’inerrance des Écritures et sur sa lecture  littérale et scrupuleuse; de sorte que  pour  les religions du Livre : juive, chrétienne et musulmane  soit la Torah, la Bible et le  Coran,  les textes sont figés pour toujours. Qui n’a pas entendu parler du créationnisme et du millénarisme?

L’intégrisme

La racine du mot intégrisme (1894)  provient de l’espagnol integrista alors qu’un parti politique de ce pays, inspiré par la condamnation par Pie X du libéralisme politique, cherchait à soumettre l’état à l’Église.  En effet l’avènement du modernisme avait provoqué chez ce pontife une vive réaction qui l’a amené à interdire l’idée de souveraineté du peuple, étant entendu que le pouvoir émane de Dieu et doit être géré en son nom. Dans ce sens des catholiques français se diront intégraux (fidèles à une foi intégrale d’où le nom d’intégrisme); ils disqualifieront la modernité et prôneront le retour aux fondements de l’organisation sociale ancestrale.

Pour les intégristes catholiques contemporains, la tradition constitue un référent aussi important que l’Évangile en dépit du fait que le concile Vatican II ait reconnu la préséance des Écritures sur la Tradition. C’est ce qui explique leur attachement aux pratiques de la vie ecclésiale déterminées par  les conciles de Trente et de Vatican I. : messe en latin, port du col romain et de la soutane, exclusion des femmes. Etc.

Toutefois une précision s’impose : il s’agit de distinguer les termes intégrisme et intégralisme. L’intégralisme adopte la doctrine catholique dans son intégralité de sorte que sa communion avec l’Église de Rome l’amène à adopter la doctrine officielle comme un absolu inéluctable; ainsi en raison de son conservatisme et de son attachement à la personne du pape, l’Opus Dei pourrait être identifiée à de l’intégralisme tandis que lœuvre de Mgr Lefebvre serait qualifiée d’intégrisme à cause de son refus de l’évolution survenue à la suite du concile Vatican II.

Quelques organismes qualifiés de droite

Opus Dei. Fondé en Espagne (1928) par Josemaria Escriva canonisé en 2002. Intégraliste. Prélature personnelle. Membres : 2% de prêtres membres de la  Société sacerdotale de la Sainte-Croix;  98% de laïcs hommes et femmes qui fonctionnent sans aucune promiscuité. Spiritualité : sanctification du travail, dans et par le travail. Présence sur les cinq continents.

Communion et libération. Fondé en Italie (1954) par Don Luigi Giussani. Intégraliste. Membres : milieu socioprofessionnel. Spiritualité : Communion avec Dieu, entre disciples du Christ, avec l’Église. Libération de la peur, de tout esclavage : argent, pouvoir, sexe, égoïsme. Messe en mémoire du fondateur au Grand Séminaire de Montréal le 20 février 2009.

Légionnaires du Christ. Fondé au Mexique par Marcial Macia. Intégraliste. Mission : Ordonner de saints prêtres, des leaders, pour diffuser le Royaume du Christ et aider les gens à vivre chrétiennement.  Évangélisation : dans leur mire l’éducation et la famille.  Présents dans 25 pays environ.

Les traditionalistes. Intégristes. Fronde initiée et maintenue par Mgr Marcel Lefebvre en France et en Suisse en opposition à la réforme liturgique mise en place par le concile Vatican II. Excommunication (1988) pour avoir consacré quatre évêques sans l’aval du Vatican. Fraternité Saint-Pie X. Séminaire. Occupation d’églises. Fidélité aux conciles de Trente et de Vatican I. Messe tridentine. Les lefebvristes exigent rien de moins qu’un moratoire sur toutes les citations de Vatican II.

R.E.A.L. Women ( Realistic, Equal, Action, for Life). Traditionalistes. Canada. Fondation 1983. Philosophie : revaloriser le rôle de la mère et prôner le retour des femmes à la maison. Défense de la famille. Le féminisme serait responsable de tous les maux de la société. Les R.E.A.L. Women sont actives en Colombie britannique, en Ontario et dans les Maritimes. Peu visibles au Québec. Célébration du 25ième anniversaire de fondation au Château Laurier (Ottawa) le 28 septembre 2008.

 

 

 

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