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Seigneur, votre droite est terrible!
Une petite phrase pourtant bien courte mais qui
dégage une telle puissance évocatrice qu’on
croirait entendre le poète crier sa douleur face
à la mort du « père et de l’enfant » (Les
chants du crépuscule).
Pourquoi met-il en cause la droite? Pourquoi pas la gauche?
La droite serait-elle si terrible? Si horrible?
Si impitoyable? Mais, au juste, que sait-on de
la droite?
Personne ne songe à contester l’existence historique de la
droite et de la gauche dans l’histoire de
l’humanité. En effet, même dans l’antiquité, la
droite était reconnue comme la place d’honneur
des ordres privilégiés (noblesse, clergé) en se
tenant à la droite du trône royal.
Dans l’Évangile les fils de Zébédée en Mc 10,37 et leur mère
en Mt 20,21 formulent, audacieusement, la
demande à Jésus d’être assis l’un à sa droite et
l’autre à sa gauche lorsqu’il sera dans sa
gloire. Dans la doctrine chrétienne le credo
attribue au Christ une place à la droite de son
Père
Il n’est pas que dans la Bible et dans les temps anciens où
la droite est considérée comme une place
privilégiée; à notre époque les exemples ne
manquent pas non plus. Entre autres, dans nos
systèmes parlementaires (Chambre des communes,
Assemblée nationale) le parti au pouvoir occupe
la droite du président ou de la présidente
d’assemblée. Dans les repas d’apparat la
personne la plus élevée en titre est placée à la
droite de l’hôtesse ou de l’hôte.
Origine de la compréhension actuelle de la
droite et de la gauche
Notre compréhension actuelle de la droite et de la gauche en
politique remonte au 28 août 1789, durant la
révolution française, alors que les députés de
la Constituante se séparent en deux groupes afin
de faciliter le décompte des voix. À la droite
du président se trouvent les partisans d’un
droit de veto absolu pour le roi; alors qu’à sa
gauche se tiennent les tenants d’un régime
constitutionnel dans lequel le roi ne jouerait
qu’un rôle amoindri. Quant au centre, on s’est
entendu pour lui accorder un droit de veto
suspensif.
Depuis cet épisode historique le sens de ces termes a pris de
l’extension jusqu’à identifier la droite à la
défense de la nature, de la religion et de
l’autorité. Quant à la gauche, son idéologie
repose sur la croyance en l’humanisme en marche
et à la transformation de l’humain et de la
société. Le discours de la gauche accorde à la
justice une place prépondérante par rapport à
celle de l’ordre. Bien que les concepts de
droite et de gauche soient assez bien délimités,
on doit reconnaître qu’en fait, l’histoire et la
psychologie l’attestent, la vigueur de leurs
idéologies autant chez l’un que chez l’autre
peut varier d’une position modérée jusqu’à une
position très extrémiste.
Mais il reste que parler de la droite et de la gauche, c’est
faire appel à un concept, à une vue de l’esprit.
Chez quiconque veut approfondir et étudier un
tel phénomène, surgit la nécessité de rechercher
les différentes formes sous lesquelles cette
réalité se présente parce qu’il peut exister
plusieurs droites et plusieurs gauches; des
positions modérées en laissant une place pour le
centre qui lui, penche tantôt à droite tantôt à
gauche, centre droit, centre gauche. Le paradoxe
historique de ce centre, c’est que, laminé par
des forces centrifuges et par des institutions
tendant à la bipolarisation, il a toujours su
préserver son rôle fondamental de charnière.
Dans quel contexte la droite surgit-elle?
L’histoire nous enseigne que les mouvements vers la droite
surgissent habituellement lorsqu’il y a un
changement ou une menace de changement. Parce
qu’elle est porteuse de transformations
profondes, la modernité provoque chez certains
des angoisses et de l’anxiété, avec comme
conséquence, un encouragement à se replier sur
des vérités, des valeurs et des certitudes qui
sont perçues comme ayant fait leurs preuves dans
le passé. La droite intervient donc dans un
moment historique marqué par la crise des
grandes idéologies qui soutenaient l’engagement
collectif dans une société donnée. La droite va
se manifester alors en politique et en religion
précisément comme la pointe la plus avancée
d’une tendance des Églises et des partis
politiques à s’affirmer comme un remède à cette
cause. Elle constitue une tentative pour combler
l’ère du vide de façon réactive en fournissant à
bon compte des certitudes et des réponses toutes
faites à une société angoissée.
Les partisans de la droite recherchent le statu quo ante
et ils trouvent dans le discours des leaders
de droite une assurance quant au retour de
l’ordre moral. Une rhétorique de certitude leur
apporte des réponses à leurs questions et un
baume à leurs angoisses.
Comment se manifeste-t-elle?
Si l’on est à même d’identifier la droite, on se doit aussi,
et surtout, de savoir observer et pointer du
doigt ses manifestation tant dans la vie
sociopolitique que religieuse. L’objectif
principal de la droite : faire appliquer ce qui
est perçu comme la loi divine supérieure à la
loi des hommes. Certaines politiques seront
alors mises en application.
Le conservatisme
Dans un climat de peur, la droite va se replier et
jeter un regard nostalgique vers un passé plus
ou moins récent; à cette fin elle va faire appel
à des moyens qui, bien sûr, ont fait leurs
preuves au cours d’une autre époque mais qui
sont déphasés dans un contexte totalement
différent.
L’exclusion
Dans un processus d’assainissement, les tenants de la droite
vont sentir le besoin de resserrer les rangs et
d’épurer la société : Pour parvenir à leur fin
ils vont mettre en place des mesures d’exclusion
ou de vecteurs d’exclusion telles : le
confinement des femmes dans la sphère privée, le
racisme, la xénophobie et l’homophobie.
Pour que les mouvements de droite aient quelque chance de
succès ils doivent avoir à leur tête des chefs
charismatiques qui savent tirer profit de
certains moyens dont le lobbying,
l’infiltration, les alliances et les médias. Les
exemples ne manquent pas.
La droite religieuse : ses doctrines à l’ère
moderne
Quelque que soit le terme sous lequel elle se présente, la
droite porte toujours le même étendard fixiste :
la lutte contre les incitations à la perversion
des mœurs et l’atteinte à la dignité humaine.
Elle aime à être perçue comme un chef de file
dans le combat contre le « grand Satan » qui
règne en maître sur toutes les formes de
modernisme surtout occidental et dont
l’influence engendre la sécularisation, le
laxisme et le dévergondage. Voici quelques
doctrines réactionnaires qui font actuellement
partie du paysage religieux de la droite dans le
monde : le fondamentalisme et l’intégrisme.
Le fondamentalisme
Le fondamentalisme – on devrait plutôt parler des
fondamentalismes – parce qu’ils revêtent
plusieurs formes – prend son origine chez les
groupes religieux immigrés aux États-unis à
compter des dix-septième et dix-huitième siècles
et qui, pour protéger leur culture religieuse,
se sont appliqués à donner une interprétation
littérale des textes des Écritures c’est-à-dire
des fondements. Le Nouveau Monde constituait
pour eux le milieu idéal pour remplir la mission
messianique dont ils se sentaient chargés. Les
pilgrims se sont eux-mêmes qualifiés de
fondamentals d’où le nom de
fondamentalistes.
Le principe du fondamentalisme s’appuie essentiellement sur
l’inerrance des Écritures et sur sa lecture
littérale et scrupuleuse; de sorte que pour
les religions du Livre : juive, chrétienne et
musulmane soit la Torah, la Bible et le Coran,
les textes sont figés pour toujours. Qui n’a
pas entendu parler du créationnisme et du
millénarisme?
L’intégrisme
La racine du mot intégrisme (1894) provient de l’espagnol
integrista alors qu’un parti politique de ce
pays, inspiré par la condamnation par Pie X du
libéralisme politique, cherchait à soumettre
l’état à l’Église. En effet l’avènement du
modernisme avait provoqué chez ce pontife une
vive réaction qui l’a amené à interdire l’idée
de souveraineté du peuple, étant entendu que le
pouvoir émane de Dieu et doit être géré en son
nom. Dans ce sens des catholiques français se
diront intégraux (fidèles à une foi intégrale
d’où le nom d’intégrisme); ils disqualifieront
la modernité et prôneront le retour aux
fondements de l’organisation sociale ancestrale.
Pour les intégristes catholiques contemporains, la tradition
constitue un référent aussi important que
l’Évangile en dépit du fait que le concile
Vatican II ait reconnu la préséance des
Écritures sur la Tradition. C’est ce qui
explique leur attachement aux pratiques de la
vie ecclésiale déterminées par les conciles de
Trente et de Vatican I. : messe en latin, port
du col romain et de la soutane, exclusion des
femmes. Etc.
Toutefois une précision s’impose : il s’agit de distinguer
les termes intégrisme et intégralisme. L’intégralisme
adopte la doctrine catholique dans son
intégralité de sorte que sa communion avec
l’Église de Rome l’amène à adopter la doctrine
officielle comme un absolu inéluctable; ainsi en
raison de son conservatisme et de son
attachement à la personne du pape, l’Opus Dei
pourrait être identifiée à de l’intégralisme
tandis que l’œuvre
de Mgr Lefebvre serait qualifiée d’intégrisme à
cause de son refus de l’évolution survenue à la
suite du concile Vatican II.
Quelques organismes qualifiés de droite
Opus Dei.
Fondé en Espagne (1928) par Josemaria Escriva canonisé
en 2002. Intégraliste. Prélature personnelle.
Membres : 2% de prêtres membres de la Société
sacerdotale de la Sainte-Croix; 98% de laïcs
hommes et femmes qui fonctionnent sans aucune
promiscuité. Spiritualité : sanctification du
travail, dans et par le travail. Présence sur
les cinq continents.
Communion et libération.
Fondé en Italie (1954) par Don Luigi Giussani.
Intégraliste. Membres : milieu
socioprofessionnel. Spiritualité : Communion
avec Dieu, entre disciples du Christ, avec
l’Église. Libération de la peur, de tout
esclavage : argent, pouvoir, sexe, égoïsme.
Messe en mémoire du fondateur au Grand Séminaire
de Montréal le 20 février 2009.
Légionnaires du Christ.
Fondé au Mexique par Marcial Macia. Intégraliste.
Mission : Ordonner de saints prêtres, des
leaders, pour diffuser le Royaume du Christ et
aider les gens à vivre chrétiennement.
Évangélisation : dans leur mire l’éducation et
la famille. Présents dans 25 pays environ.
Les traditionalistes.
Intégristes. Fronde initiée et maintenue par Mgr
Marcel Lefebvre en France et en Suisse en opposition
à la réforme liturgique mise en place par le
concile Vatican II. Excommunication (1988) pour
avoir consacré quatre évêques sans l’aval du
Vatican. Fraternité Saint-Pie X. Séminaire.
Occupation d’églises. Fidélité aux conciles de
Trente et de Vatican I. Messe tridentine. Les
lefebvristes exigent rien de moins qu’un
moratoire sur toutes les citations de Vatican
II.
R.E.A.L. Women
( Realistic, Equal, Action, for Life).
Traditionalistes. Canada. Fondation 1983. Philosophie :
revaloriser le rôle de la mère et prôner le
retour des femmes à la maison. Défense de la
famille. Le féminisme serait responsable de tous
les maux de la société. Les R.E.A.L. Women sont
actives en Colombie britannique, en Ontario et
dans les Maritimes. Peu visibles au Québec.
Célébration du 25ième anniversaire de fondation
au Château Laurier (Ottawa) le 28 septembre
2008.
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