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L’Église en crise
Mgr Thomas J. Gumbleton
évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Détroit


Voici la transcription d’une allocution présentée by Mgr Thomas Gumbleton le 25 mai 2002 à Lexington, Massachussetts, et reproduite dans le National Catholic Reporter du 17 juin.

Merci, merci beaucoup.  Vos paroles d’introduction sont légèrement exagérées, mais elles me semblent néanmoins plutôt bonnes et me font sentir bien.  Je vous suis vraiment reconnaissant et vous remercie tous d’être ici aujourd’hui à l’occasion de cette remise de récompense et aussi pour cette présentation.  Il n’est pas tout à fait juste de dire que j’ai offert de donner cet exposé : on m’a en quelque sorte poussé à le faire.  Au début, j’étais hésitant à parler de la crise dans l’Église.  Mais à mesure que j’y pensais, je songeai que j’avais probablement vraiment besoin d’exprimer mes convictions personnelles en public au sujet de cette crise.  Donc, maintenant, je suis  très content de faire cette présentation et je remercie les Sœurs de la Charité de Montréal de m’avoir invité ici aujourd’hui.

Quand on parle de la crise de l’Église, je sais que nous partageons tous de nombreuses émotions.  Nous éprouvons à la fois une sorte de stupéfaction : ce qui est arrivé au cours des derniers mois semble presque incroyable; et aussi, une profonde tristesse.  D’une manière tout à fait personnelle, j’ai été profondément attristé en entendant la nouvelle hier de la démission forcée de l’Archevêque Weakland.  Et la tristesse que nous ressentons à cause de toutes les victimes.  Mais en définitive, je pense qu’au fin fond nous éprouvons aussi de l’espoir.  Certaines personnes diront que leur foi est ébranlée par ce qui survient dans l’Église.  Mais d’une manière plus profonde, notre foi, réellement, n’est pas ébranlée.  Nous avons la conviction très forte de la vérité des paroles proclamées par Jésus qui étaient dans notre Évangile du dimanche il y a seulement une semaine : « Je suis avec vous tous les jours, je suis toujours avec vous. »  Et nous savons qu’au milieu de toutes les crises que nous traversons,  Jésus est encore avec nous.  Nous prenons beaucoup plus profondément conscience de la réalité très très humaine de notre Église.  Mais notre foi est en Jésus et non dans l’institution humaine de l’Église.

Je vous parle aujourd’hui de différents points de vue.   En tout premier lieu, en tant que membre de la Conférence catholique des évêques, et par conséquent comme un de ceux qui ont la responsabilité de résoudre la crise.  Je vous parle aussi du point de vue de quelqu’un qui a eu un contact personnel avec des victimes et qui en est venu à comprendre le sens profond de la souffrance, de la trahison et de la haine que ces victimes éprouvent.  Et encore, comme n’importe quel prêtre ou évêque des États-Unis, je parle en tant que personne qui se sent en quelque sorte vulnérable aux allégations qui pourraient être portées contre n’importe quel d’entre nous;  un peu comme ce qui est arrivé au Cardinal Joseph Bernardin.  Alors donc, au milieu de cette crise, j’essaie de comprendre tous ces différents points de vue et de chercher ce que doit être la réponse de chacun d’entre nous et de toute l’Église.  

La crise est décrite dans les médias presque exclusivement comme un scandale « sexuel », une crise « sexuelle ». Et c’est certainement cela.  Elle prend des proportions énormes.  Nous n’avons expérimenté rien de tel dans le passé au sein de l’Église catholique des États-Unis.  Mais si nous comptons réellement comprendre cette crise,  et si nous voulons trouver une voie juste de solution, afin de restaurer la crédibilité de l’Église, d’apporter la guérison aux victimes, de réduire en autant qu’il est humainement possible de le faire l’éventualité d’autres incidents d’abus sexuels, nous devons considérer cette crise non seulement comme un scandale sexuel, mais comme une crise de leadership dans l’Église catholique… une crise qui tourne autour du leadership des évêques catholiques.  Dans de nombreux contacts que j’ai eus dans tout le pays, dans des conversations que j’ai eues avec diverses personnes, il m’est apparu de plus en plus clairement que ce qui préoccupe les gens par-dessus tout c’est l’échec des évêques à assurer le leadership dont notre Église a besoin;  et le peuple de l’Église y a droit.

J’ai reçu des lettres de gens de tous les coins du pays, et quelques-unes de ces lettres font ressortir très clairement la faillite du leadership.  Une personne qui m’a écrit de Virginia Beach, Virginie, dit :  « Il faut remonter à la réforme protestante pour voir l’Église subir de telles critiques et se diriger vers le précipice de la destruction.  Et précisément comme pendant la Réforme, l’Église a créé elle-même une grande partie du problème.  Pas un seul jour n’est passé au cours des trois dernières semaines sans que l’Église ne soit clouée au pilori par des chroniqueurs, des lettres à l’éditeur ou une nouvelle au sujet de la manière honteuse dont la hiérarchie se conduit.  Je sais que vous vous rendez compte que les laïcs sont moins fâchés du fait que des prêtres soient pédophiles que de la complicité à couvrir et à protéger des criminels déguisés en hommes de Dieu.  Je viens d’envoyer des lettres aux cardinaux et à Mgr Gregory pour dénoncer les actions de la hiérarchie et pour leur demander de chercher au fond de leur cœur l’humilité, l’humanité et la compassion du Christ.  Je ne vois qu’une façon maintenant de sauver en partie l’Église, et c’est que la hiérarchie et les évêques se repentent collectivement,  demandent pardon et fassent la promesse de ne jamais permettre que ce genre de chose se reproduise.  Mais je crains qu’ils ne soient pas capables de se plier à cela et qu’ils entraîneront ainsi ‘la destruction systématique’ de l’Église. »

Cela peut sembler très sévère comme déclaration, et pourtant c’est la sorte de sentiment qu’il n’est pas rare de constater chez de nombreuses personnes.

Une autre lettre.  Je vais seulement en lire un court extrait; elle vient d’un couple marié dont les deux membres ont travaillé comme administrateurs dans l’Église institutionnelle, l’un dans une agence de service social; l’autre comme principal d’une école catholique.  Et ils m’écrivent : «  Il est impératif, quand vous irez à Dallas, que vous exigiez de vous-même et de vos collègues évêques  la création de politiques d’action complète.  Nous devons éteindre complètement ce scandale pour la sauvegarde de tous.  Nous devons aussi reconstruire la confiance perdue pendant toutes ces années de camouflage et d’omission dans le traitement des tragédies. »

Une troisième lettre vient d’une victime.  Elle s’adresse à toute la Conférence des évêques :  « Je n’ai pas de chaire à ma disposition ou les ressources médiatiques que vous avez.  Mais je sens néanmoins l’obligation de réagir à votre déclaration publique faisant suite à vos réunions de Rome.  Comme votre référence pascale au Bon Pasteur a paru aigre-douce à toute victime survivante en lisant votre déclaration!  Je sais que cela s’adresse à moi.  Cela me rappelle  ma tendre enfance quand mon innocence sans tache et mes prières étaient simples.  Je croyais que le Bon Pasteur entendait ma voix et qu’il souriait à qui était rempli d’un tel zèle.  Vous avez soulevé la question de la voix.  Il est approprié de vous demander si les vôtres sont devenues des voix d’étrangers.  Toutes les victimes ont posé de semblables questions quand elles se débattaient avec les conséquences d’événements d’un genre très peu « bon pasteur ».  Notre question au sujet de la voix a été :  avons-nous été réduits au silence pour toujours?  Et si nous ne l’avons pas été, qui va entendre? »  Plus loin dans la lettre sa haine et son aigreur éclatent :  « Je ne fais appel à aucun berger humain.  Je n’appelle aucun humain mon pasteur.  Cela voudrait dire qu’il me reste au-dedans une parcelle de désir d’être guidée.  Je n’en ai pas.  Je mettrais plutôt mes raquettes et me traînerais seule dans un champ fraîchement couvert de nouvelles possibilités plutôt que de permettre que je sois réduite à l’état d’agneau abattu une nouvelle fois.  N’importe quel pasteur selon moi se serait opposé au mal, durant le récent sommet de Rome, et n’aurait pas permis que les lamentations au sujet des bons prêtres victimes deviennent assez fortes  pour étouffer les condoléances dues à ceux dont on a abusé. »  

Encore une fois, cela peut paraître un jugement plutôt sévère au sujet des évêques et de l’échec de leur leadership.  Et pourtant, plus je réfléchis à propos de cette crise, plus je suis convaincu que c’est là qu’est réellement le problème fondamental, une faillite du leadership à l’intérieur de notre Église.  

Et la faillite du leadership a eu comme résultat que les évêques n’ont pas réagi adéquatement aux actions des coupables, à la conduite déplorable et même criminelle de prêtres parmi nous.  Et plus déplorable encore  a été ce qui est quelquefois arrivé, un genre de camouflage.  Des évêques permettant à des coupables de demeurer parmi nous et les déménageant d’une place à l’autre.  Et des règlements faits en secret sans que les catholiques ne sachent à quoi servaient l’argent qu’ils avaient donné à l’Église.  Parfois des lettres écrites par des évêques à des prêtres coupables afin de les encourager sans qu’il n’y ait de lettres envoyées aux victimes ou de rencontres faites avec elles.  Il y a certainement eu un manque de considération pour les victimes dans de nombreux, nombreux cas.  C’est là un manque flagrant de leadership dans notre Église.  Cela était peut-être dû en partie à l’ignorance, il y a des années.  Mais cette ignorance a été abolie quand nous, de la conférence des évêques catholiques, avons été pleinement informés de la nature des problèmes dont nous nous occupions et de l’impossibilité de traiter certains de ces problèmes.  Et malgré tout, les camouflages et les complicités et le manque de réponse aux victimes ont continué.

Mais il n’y a pas que ce genre d’échec actuel du leadership qui me préoccupe.  Il y a eu une sorte d’échec plus profond de la part des évêques catholiques des États-Unis et peut-être d’autres parties du monde en permettant qu’une situation comme celle-là se développe, dans laquelle un aussi grand nombre de prêtres ont été susceptibles de se rendre coupables de ces genres de crimes.  

Il y a plus de 30 ans, les évêques catholiques des États-Unis ont autorisé une étude en cinq parties du clergé des États-Unis.  Nous avons payé des centaines de milliers de dollars pour cette étude.  Elle a été terminée, pour la plus grande partie, autour de 1971.  L’étude comprenait une étude historique du clergé aux États-Unis, une étude de la spiritualité, une étude théologique de ce que signifiait la prêtrise aux États-Unis dans une Église postérieure à Vatican II.  Et ce qui est encore plus pertinent à nos problèmes actuels, il y a eu une très complète étude sociologique et une aussi complète étude psychologique du clergé aux États-Unis.  Je me souviens très clairement de la réunion que nous avons tenue en 1971 quand les principaux auteurs des études sociologique et psychologique ont fait une présentation aux évêques catholiques.  Cette étude psychologique aurait dû constituer un instrument exceptionnel pour aider à ouvrir les yeux des évêques catholiques.  Elle catégorisait, d’un point de vue du développement psychologique, ce à quoi ressemblait le clergé aux États-Unis.  À une extrémité du spectre il y avait les prêtres qui se sont mal développés.  Et suivant l’étude, il y avait environ 7 à 8% des prêtres américains qui avaient sérieusement mal évolué.  Puis il y avait une très grande catégorie, 65-66% de prêtres américains qu’on décrivait comme sous-développés.  Et puis encore une autre catégorie d’environ 13-14% ou à peu près qui étaient des personnes en voie de développement.  Et à l’autre bout du spectre, il y avait de 7 à 8% des prêtres qu’on qualifiait de personnes matures.  Il est important de saisir ce que cette étude révélait.  Elle disait que nous avions parmi nous des prêtres sévèrement handicapés d’un point de vue psychologique;  c’était des personnes qui avaient mal évolué et qui pouvait causer un grand tort aux gens auprès desquels ils étaient supposés exercer leur ministère.  Et il y avait ce très grand nombre de prêtres qu’on considérait comme sous-développés.  Et ce que cela voulait dire d’un point de vue psychologique était qu’une personne dans la vingtaine, la trentaine, la quarantaine, la cinquantaine, peu importe l’âge, n’avait atteint que le développement psychologique de l’adolescence et n’était pas une personne mature.

Il y avait différents degrés de sous-développement, bien sûr.  Le problème est tout à fait clair : une personne est chronologiquement adulte mais sur les plans psychologique, affectif et émotionnel demeure adolescente.  De toutes évidences, de telles personnes seront souvent impliquées dans des relations inopportunes.  Et si cette relation comprend une composante sexuelle le problème devient péché et criminel.

À mon avis ce fut une faute majeure de la part des évêques de refuser de donner suite à ces études.  C’était une époque où de nombreux prêtres quittaient l’Église, ou du moins, quittaient la prêtrise.  Et presque certainement, si nous avions instauré des programmes pour aider les hommes qui souffraient de sous-développement à devenir matures, beaucoup auraient compris qu’ils étaient entrés au séminaire pendant leur adolescence, qu’ils avaient été ordonnés sans avoir atteint leur plein développement humain personnel et qu’ils avaient fait un choix de vie alors qu’ils n’étaient vraiment pas prêts pour faire un tel choix.  À mesure qu’ils atteignaient leur pleine maturité, ils faisaient parfois un choix différent et quittaient la prêtrise.  Et ainsi il aurait été dangereux pour les évêques, dans un sens, d’établir des programmes pour permettre aux gens de continuer de se développer.  Nous aurions risqué, j’en suis sûr, d’en perdre un bon nombre.  Mais nous aurions eu un clergé beaucoup plus fort dans le sens que nous aurions des prêtres qui s’étaient développés psychologiquement, capables d’avoir des relations matures, d’exercer un ministère, de vivre sainement leur vie de célibat.  Mais en négligeant de donner une suite à l’étude, en manquant d’amener des prêtres à un complet développement humain, nous avons permis l’existence d’une situation dans laquelle de nombreux prêtres ont un certain âge chronologique mais sont demeurés psychologiquement beaucoup plus jeunes.  C’était un désastre auquel il fallait s’attendre.  Une personne qui est psychologiquement adolescente et qui n’a pas intégré complètement sa sexualité dans sa personnalité, qu’elle soit homosexuelle ou hétérosexuelle, se sentira mieux dans une relation avec des gens plus jeunes, avec des adolescents ou même, dans le cas des pédophiles, avec de très jeunes enfants.  

Tout cela, je pense, fait état d’un sérieux échec de leadership de la part des évêques catholiques des États-Unis.  Nous avons failli auprès des prêtres quand nous avons négligé d’encourager leur plein développement humain.  Mais nous avons eu peur d’avancer; nous avons eu peur de prendre réellement le leadership et de faire ce qu’il était nécessaire de faire.  

Maintenant que nous sommes en plein désastre, toute l’Église des États-Unis doit réagir à cette crise de leadership et à la crise du scandale sexuel qui en découle.  Je dirais qu’il y a cinq mesures très importantes que nous devons prendre.  

La toute première chose à faire est celle qui a été demandée avec tellement de clarté dans la première lettre que j’ai lue aujourd’hui.  Les évêques, en tant que chefs de l’Église, doivent assumer la responsabilité de ce qui s’est produit.  C’est un échec qui revient plus aux évêques qu’à n’importe qui d’autre dans l’Église.  Et cela signifie que des évêques doivent commencer à dire « j’ai commis une faute » et non que « des fautes ont été commises ».  Les évêques  doivent dire volontairement « j’ai commis cette faute et si les conséquences en sont assez sérieuses pour que je démissionne, je vais démissionner. »  Et je dirais que les évêques doivent faire cette sorte de déclaration et s’en remettre à leurs diocésains quant à la décision finale de démissionner ou non.  Ce serait une chose très osée qui exigerait un grand courage.  Je reste malgré tout convaincu que nous n’aurons plus de crédibilité en tant qu’évêques tant que nous ne parviendrons pas à dire avec courage :  «J’ai fait une erreur et si cette erreur justifie ma démission, je l’offre.  Et si les gens l’acceptent, je démissionnerai. »  Maintenant, je n’ai pas grande confiance que lorsque nous nous réunirons à Dallas dans quelques semaines, cela se produise.  Mais je prie pour cette possibilité parce que tant que les évêques n’accepteront pas réellement leur responsabilité, notre peuple n’aura pas grande confiance dans notre leadership.   

La deuxième chose à faire : il faut qu’il y ait en quelques sorte un grand déblayage.  On ne peut continuer sans fin à entretenir une situation dans laquelle on ne sait jamais d’un jour à l’autre de quel côté va surgir un nouveau scandale.  Chaque évêque doit rendre publics tous les règlements dans lesquels il a participé.  Les fidèles de l’Église ont le droit de savoir si leur argent a été utilisé pour des règlements.  De toute évidence, les prêtres et les évêques impliqués (dans des scandales) doivent être dépouillés de leur ministère et aidés pour surmonter leurs problèmes.  Cela va exiger de nous une grande dose de courage et d’humilité d’accepter volontairement d’exposer en plein jour tout ce qui est arrivé.  Mais il n’y a que cette forme de transparence  pour apporter le sentiment que c’est terminé et pour restaurer en partie la crédibilité des évêques.

La troisième chose qu’il faudrait faire, je pense, c’est d’établir un fonds national pour la compensation des victimes, particulièrement pour payer les thérapies dont un grand nombre ont besoin depuis très longtemps.  J’ai confiance que si nous établissions un tel fonds national un bon nombre de personnes de notre Église y contribueraient  volontiers pour aider ceux qui ont été rendus victimes.

Quatrièmement, nous devons vraiment instaurer une sorte de politique uniforme pour traiter les allégations et les réels cas d’abus.  Pour être entièrement juste à cet égard, il faut réellement se préoccuper du fait que des allégations ne sont pas prises toujours pour argent comptant.  Il doit y avoir enquête pour être certain qu’il y a substance à allégation avant de démettre sommairement un prêtre.  Mais dès qu’il y a confirmation on doit s’occuper immédiatement des coupables, de façon juste et adéquate pour respecter le droit de toutes les personnes concernées.  Je ne soutiens pas la règle de « tolérance zéro » dans tous les cas.  Dans les cas où le coupable d’un abus commis sur un enfant est vraiment pédophile, la tolérance zéro est juste et semble la seule solution.  Actuellement, la connaissance scientifique la plus à jour indique qu’un pédophile authentique, une personne qui est attirée sexuellement par les enfants non pubères, ne peut pas être guéri.  De telles personnes ne doivent pas être autorisées à continuer d’exercer un ministère même de manière réduite.  Peu importe le type de ministère qui leur serait permis, ils agiraient encore publiquement dans l’Église et pourraient toujours avoir accès à des enfants.

Cependant, si on passe des personnes qui sont des pédophiles authentiques aux personnes immatures et qui pourraient peut-être se développer davantage et intégrer une saine sexualité à leur vie, on pourrait donner à des prêtres comme ceux-là une chance de thérapie et un accès à des programmes de croissance personnelle.  S’ils atteignaient la maturité suffisante, avec l’attestation de thérapeutes professionnels, je crois qu’on devrait leur permettre d’exercer à nouveau un ministère.  Cela devrait être fait en totale transparence  avec les gens auprès desquels ils seraient assignés et sous surveillance attentive.  Nous devons comprendre que certains de ces prêtres sont dans la situation présente parce que nous les avons laissé tomber dans le passé.  Ils devraient avoir l’occasion de croître, d’acquérir la maturité, de devenir des personnes psychologiquement pleinement adultes.

Pour prévenir d’autres abus, je propose que nous ressortions l’étude Kennedy :  que nous demandions au Docteur Kennedy de la mettre à jour si nécessaire, puis que nous mettions sur pied des programmes de croissance dans nos séminaires pour commencer  afin de ne pas ordonner de personnes immatures comme, de toute évidence, nous l’avons fait dans le passé.  De plus, chaque diocèse devrait commencer à construire des programmes de croissance personnelle pour les prêtres, les diacres et les évêques.  Je suis confiant que nos fidèles catholiques seraient prêts à soutenir des programmes comme ceux-là et qu’ils consentiraient à l’utilisation de nos fonds pour le faire.

À l’intérieur d’un programme pour parvenir à un sain développement humain, nous devons nous occuper de la question de l’homosexualité dans le clergé.  Nous devons faire face au fait que nous vivons dans une culture sérieusement homophobe.  Parmi les réactions au scandale certaines  ont été des attaques contre les prêtres et les séminaristes homosexuels.  Nous devons mettre d’avant les mesures que nous avons prises dans notre lettre pastorale « Toujours nos enfants » pour surmonter l’homophobie dans notre culture et à l’intérieur de l’Église.  Nous devons être une communauté véritablement accueillante pour les personnes homosexuelles.  Mais nous devons aussi inclure dans nos programmes de croissance humaine les éléments qui permettront à chaque prêtre, séminariste et évêque de prendre clairement conscience de son orientation sexuelle et de l’accepter sainement.  « Toujours nos enfants » faisait ressortir que les homosexuels sont un don à l’Église, que nous ne devrions pas les marginaliser et les mettre de côté.  Hé bien, si nous pensons ce que nous avons écrit dans cette lettre pastorale,  alors les homosexuels devraient certainement être bien reçus dans le clergé.  Mais ils doivent, tout comme les prêtres hétérosexuels, intégrer leur sexualité dans le mode de vie honnête et authentique de personne célibataire.

Ma cinquième suggestion concernant la crise de leadership dans l’Église a trait, peut-être, au changement le plus fondamental de tous.  Nous devons améliorer de manière considérable la façon dont l’Église identifie les prêtres qu’elle appelle à devenir évêques/leaders.

Il est d’une importance primordiale d’instaurer un processus ouvert.  Cela veut dire que tous les membres adultes de l’Église devraient avoir l’occasion de connaître la façon de faire et de participer au processus de manière significative.

Il y a présentement pour la nomination des évêques des critères qui n’ont jamais été révélés à l’ensemble de la communauté.  Je suis convaincu que ces critères éliminent des prêtres qui seraient des plus qualifiés pour être leaders.  D’autres ne seront peut-être pas d’accord, mais je crois qu’une discussion publique de la question serait très profitable.  Laissons à toute la communauté de déterminer les qualités qu’elle attend de ses chefs.  

Un processus ouvert et participatif exigerait que les personnes susceptibles d’être nommées évêques soient mises en nomination par les gens et que les noms et curriculum vitae de ceux qui acceptent la mise en nomination soient rendus publics.  Un comité spécial représentant de tout le diocèse aurait la responsabilité de réduire la liste des candidats au nombre désiré par le Saint Siège; on n’enverrait à Rome que les noms qui restent.

Un processus comme celui-là serait beaucoup plus proche de la manière dont les évêques étaient nommés dans l’Église primitive.  Ce serait en outre plus en accord avec la façon de nommer les autres dirigeants de notre société et cette méthode nous amènerait des leaders plus authentiques.

Je comprends qu’il serait très difficile de se mettre d’accord sur cette proposition en cinq mesures.  Ce serait un extraordinaire défi pour nos évêques et notre Église de l’accepter.  Pourtant je suis persuadé que si nous instaurons ce genre de politique et que nous progressons dans cette direction nous rendrons à notre Église un clergé capable de fonctionner de manière à apporter une grande énergie et une vie intense à notre Église.

J’espère que nous allons tous nous unir dans un esprit de prière et d’espoir soutenu et nous fier à Dieu pour nous conduire dans la direction que nous devons prendre, que les évêques de notre Église rempliront le rôle de chef qui leur a été confié, et que nous allons finalement résoudre cette crise et aller de l’avant en tant que vibrante Église des États-Unis à nouveau.

 

Traduction de Pauline Ouellet

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