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Je viens de relire l’excellent article de
Stéphane Joulain, paru dans le journal « Le
Monde » du 13 mars. L’auteur est prêtre,
thérapeute familial, et psychanalyste. Les
lignes ci-jointes se proposent, d’abord, de
relever, entre guillemets et en italique, ce qui
me paraît le plus pertinent dans cet article, et
dans un second temps, de poser quelques
questions trop rarement abordées.
Un article pertinent.
1) Il est important de ne pas mettre en relation célibat et
pédophilie. L’amalgame de Hans Küng sur ce point
est inacceptable, ce qui n’enlève rien à sa
grande compétence théologique. Les statistiques
sont formelles : « 96% des affaires d’abus
sexuels et de maltraitance aux mineurs sont des
affaires qui ont eu lieu dans le cercle familial
de l’enfant ». De plus, ce n’est pas en
référence à la pédophilie et pour lutter contre
cette pathologie que doit être posée la question
de l’ordination presbytérale d’hommes mariés.
2) Ces affaires de pédophilie exigent « une amélioration
des conditions de discernement d’accès au
ministère ».Les petits séminaires n’existent
pratiquement plus en France. Mais, dans le
contexte social actuel, et eu égard à une
légitime contestation de la notion de « vocation
d’enfant », il est contre-indiqué d’envisager, à
nouveau, comme certains y pensent, l’ouverture
de petits séminaires. Par contre, le problème
reste entier pour le discernement et plus
largement pour la formation humaine, morale,
théologique et spirituelle des futurs prêtres.
Les Instituts de formation ou grands séminaires
ont un rôle très ingrat mais indispensable à
remplir pour l’accueil de jeunes hommes aux
motivations souvent bien imprécises, et dont la
ferveur spirituelle fort subjective n’est pas la
garantie d’un ministère adapté au monde tel
qu’il est.
3) J’apprécie le courage de ce prêtre-thérapeute qui ne
raint
pas de dire publiquement que la sexualité des
prêtres pose de réels problèmes, comme pour
tout être humain. « Qui veut faire l’ange fait
la bête ». Chercher à étouffer « les affaires de
mœurs » dans les rangs du clergé, comme on l’a
fait, si souvent, est intolérable. Mgr. Noyer,
évêque émérite d’Amiens, a raison de mettre en
cause le fonctionnement structurel de l’Église
« qui prétend tout régler en interne ».
[1]
« En cela, H.Küng ravive
un vrai débat dans l’Église. Cette question est
d’autant plus vraie que de nombreux prêtres ont
des aventures « extraconjugales » plus ou moins
fréquentes avec des femmes ou bien des hommes.
Donc, c’est un fait, le célibat consacré est
difficile à vivre, tout comme l’est le couple
aujourd’hui ».
4) Je partage l’opinion de l’auteur lorsqu’il estime que
« le célibat n’est pas le seul modèle d’état de
vie pour les clercs ». L’histoire,
l’existence (reconnue par Vatican II) de prêtres
mariés dans les Églises catholiques de rites
orientaux, l’intégration de prêtres déjà mariés
(notamment anglicans) dans l’Église romaine
(plus de 200 par Jean-Paul II) le prouvent à
l’évidence. Il importe de bien distinguer le
ministère et l’état de vie. Que de confusions en
ce domaine !
Je voudrais apporter quelques précisions sur
l’obligation du célibat des prêtres, dans
l’Église latine. C’est le 1er concile du Latran
(1123) qui va interdire absolument « aux
prêtres, aux diacres et aux sous-diacres d’avoir
sous leur toit des concubines ou des épouses et
de cohabiter avec d’autres femmes, à l’exception
de leur mère, sœur ou tante ou d’autres femmes
semblables, ne pouvant donner lieu à aucun
soupçon justifié ».
Sans vouloir dévaluer, de quelque façon, le choix du célibat
pastoral,on est en droit de penser que des
prêtres mariés enrichiraient, de par leur
insertion familiale et sociale, la figure du
ministère apostolique. On peut estimer qu’il
serait préférable de prolonger la tradition
toujours vivante de l’ordination d’hommes mariés
plutôt que de raréfier le ministère ordonné, en
essayant d’y suppléer, grâce au renfort
croissant de laïcs délégués.
Des questions passées sous silence
1) J’admire l’humilité et l’humanité de Benoît XVI dans sa
lettre pastorale du 20 mars aux catholiques
irlandais. Il fait preuve, à la fois, de grande
fermeté et de miséricorde. Nous partageons « la
honte et le déshonneur » qu’il éprouve et nous
souffrons en silence, car tout cela mine la
crédibilité de l’Église, et des prêtres en tant
que tels. Ce qui est révélé- parfois avec
complaisance- par les « médias » renvoie
l’Église aux invectives de Jésus, lorsqu’il
condamne « les pharisiens hypocrites qui
chargent les autres de fardeaux accablants
qu’ils ne peuvent porter ». (Lc.11,46). C’est
une grave question qu’on ne peut éluder. Nous
regrettons surtout que l’annonce de l’Évangile
en soit affectée, car , pour les chrétiens,
l’Évangile demeure, au coeur même de la dureté
du temps, un message inouï d’interpellation ,
d’amour et d’espérance.
Par contre, malgré de multiples évocations du
Curé d’Ars, en cette « année du prêtre », je
n’arrive pas personnellement à m’identifier à ce
saint prêtre du XIX ème siècle, dont le type de
ministère et la spiritualité me sont largement
étrangers. De même, je ne vois pas bien comment
concilier l’adoration eucharistique
réparatrice, (comme le recommande Benoît XVI)
avec ce qu’on m’a appris en christologie, sur
« Jésus l’Unique Sauveur ».Réparer, certes, si
l’on peut, mais d’une tout autre manière.
2) La lettre de Benoît XVI invite à « réexaminer les
documents conciliaires ». Effectivement,
certains courants actuels sont en train de
« sacraliser » le prêtre à l’encontre de
l’enseignement conciliaire. Par
« sacralisation », je désigne cette tendance à
exalter le prêtre pour lui-même, à le définir en
termes de séparation sociologique, de surplomb,
de sublimation, et d’immobilisme. Vatican II
présente le prêtre en termes de « relations »
avec le Christ Pasteur, avec le Peuple de Dieu
tout entier sacerdotal, et avec nos frères et
sœurs rencontrés dans la vie quotidienne. C’est
tout autre chose. Dans ce sens, il faut
maintenir, à tout prix, le langage
« ministériel » qui est celui de Vatican II. Le
mot « sacerdoce » employé sans autre précision,
est un mot piégé, ambigu. C’est un véritable
retour en arrière par rapport au vocabulaire du
Concile. A Vatican II, 2300 évêques, celui de
Rome inclus, ont écarté l’expression « les
hommes du sacerdoce » au profit de l’expression
« le ministère et la vie des prêtres ». Certains
diocèses s’en sont souvenus : ils ont écarté
l’expression ambiguë « d’année sacerdotale » et
parlent de « l’année du prêtre ».
3) Je souhaite, enfin, que l’on s’interroge sur les
conditions d’un célibat viable, assumé et vécu
d’une façon humainement saine et évangéliquement
signifiante. Or, cette question majeure n’est
pas soulevée par la Lettre de Benoît XVI. Faire
appel à la foi des prêtres est totalement
insuffisant. Comment poser la question du prêtre
aujourd’hui, comment oser promouvoir une
« année » dite « sacerdotale » sans examiner
concrètement quelle est la situation actuelle du
ministère et de la vie des prêtres ?
Un malaise profond et sournois habite nombre d’entre eux :
usure, sentiment d’inutilité, difficultés
apostoliques, isolement psychologique,
non-reconnaissance sociale, inquiétude pour la
« relève »… En de trop nombreux cas, le
ministère pastoral n’est plus gratifiant. Il est
éprouvant. Chercher à maintenir, tant bien que
mal, la situation actuelle conduit à une impasse
et serait gravement coupable.
Affronter ces questions avec lucidité et courage paraît
fondamental. L’année du prêtre l’exige pour que
notre réflexion s’effectue en vérité et que
notre prière soit authentiquement évangélique.
[1]
Témoignage chrétien du 25/3/2010.
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