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La célébration du soixantième anniversaire de la Déclaration
des Droits humains invite à réfléchir sur la
situation des droits humains dans l’Église
catholique, une des institutions qui a opposé
historiquement le plus de résistance aux
libertés modernes.
La Loi fondamentale promulguée en février 2001 établit que le
pape détient en sa personne la plénitude des
pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaire.
Par conséquent, la culture des droits humains
est absente de son organisation constituée d’une
structure de classe (clercs et laïcs; Église
enseignante et Église enseignée, hiérarchie et
peuple de Dieu); elle fonctionne sur le mode
hiérarchique pyramidal (pasteurs et troupeau) et
rejette la démocratisation sous prétexte d’être
d’institution divine et d’avoir des fins
spirituelles, ce qui choque de premier abord,
étant donné le titre de chef d’État de la Cité
du Vatican affiché par le pape.
Ainsi, la transgression des droits humains dans l’Église
catholique n’est pas une pathologie de plus,
mais bien une pratique structurelle, inhérente
au paradigme ecclésiastique actuel, lequel n’a
rien à voir avec l’intention du fondateur ni
avec les origines du christianisme. Le pape et
les évêques catholiques défendent les droits
humains dans la société et dénoncent leur
transgression, mais ignorent et ne respectent
pas les droits des chrétiens et des chrétiennes
au sein de l’Église. Ils défendent la liberté
dans la société, mais oublient la liberté
chrétienne reconnue de multiples manières dans
les textes fondateurs du christianisme. Comment
peut-on refuser la liberté aux chrétiennes et
chrétiens quand, selon Paul de Tarse, « c’est
pour nous rendre à la liberté que Christ nous a
libérés » (Galates 5,1). Voilà l’incohérence du
Vatican. Voyons-en quelques exemples.
Les femmes sont exclues du sacerdoce, de l’épiscopat et de la
papauté et des postes de responsabilité
ecclésiale, sous prétexte que Jésus fut un homme
et qu’il peut être représenté seulement par des
hommes. On convertit ainsi Jésus de Nazareth en
personne machiste alors que ce qu’il a lancé fut
un mouvement égalitaire de femmes et d’hommes.
La Congrégation pour la doctrine de la foi a menacé
d’excommunication le théologien étasunien Roy
Bourgeois pour avoir affirmé que les femmes ont
la même dignité que les hommes pour être prêtres
et que dans la Bible il n’y a rien qui s’oppose
à l’ordination des femmes. Sa réponse a été que
le sexisme et le racisme sont des péchés et que
la discrimination des genres est immorale.
Comment peut-on pratiquer la discrimination contre les femmes
impunément dans l’Église catholique quand Paul
de Tarse a écrit déjà au premier siècle que « il
n’y a ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme
libre, ni mâle ni femelle, car tous vous ne
faites qu’un dans le Christ Jésus » (Galates3,
26)
On oblige les prêtres à être célibataires et à renoncer au
mariage alors que théologiquement et
historiquement il n’existe aucun lien
intrinsèque entre le sacerdoce et le célibat. On
ne reconnaît ni ne respecte les libertés comme
celle d’expression, d’investigation,
d’enseignement et d’impression. Il y a des
dizaines de théologiennes et théologiens
condamnés pour leurs écrits et déclarations
publiques, qu’on oblige en plus à soumettre à
censure préalable tout ce qu’elles ou ils
écrivent. Dans certains cas, des livres publiés
« avec les autorisations pertinentes »
ecclésiastiques sont retirés de la vente.
Même l’option pour les pauvres est condamnée parfois avec des
peines très sévères, comme dans le cas de la
théologie de la libération, démonisée par le
cardinal Ratzinger quand il était président de
la Congrégation de la foi dans l’Instruction sur
certains aspects de la théologie de la
libération et de quelques uns de ses principaux
représentants comme Leonardo Boff.
Les procès contre les théologiens et les théologiennes ne
sont pas précisément un exemple de transparence
et de respect des droits humains; bien au
contraire, les inculpés réalisent comment, dans
ces dits procès, on méprise systématiquement les
droits reconnus par la justice civile. Ils se
sentent seuls dans le danger, sans défense ni
possibilité d’en appeler. De plus, la sentence
est dictée d’avance.
Non contente de réprimer les droits humains en son sein, la
hiérarchie catholique s’oppose à l’exercice de
certains droits et de libertés fondamentales
dans la société : le droit au libre exercice de
la sexualité, en condamnant l’homosexualité, en
s’opposant à son entière décriminalisation et en
générant par ces condamnations des attitudes
homophobes. Elle condamne la recherche sur les
cellules souches embryonnaires à des fins
thérapeutiques, pratique que certains dirigeants
de l’Église catholique comparent aux expériences
nazies dans les camps de concentration. Elle nie
les droits reproductifs et sexuels des femmes.
Les représentants de l’Église catholique jouent un rôle très
actif contre les droits des femmes dans les
Conférences internationales sur l’environnement,
le développement et la pauvreté, l’émancipation
des femmes, etc. en faisant cause commune avec
d’autres organisations religieuses intégristes.
Il arrive que dans ces cas, ils étendent
l’interdiction de tels droits à tous les
citoyens et citoyennes. Plus encore, ils
s’opposent aux lois que régulent ces droits,
invitant à ne pas s’y soumettre parce qu’ils
considèrent que celles-ci sont contraires à la
loi naturelle.
L’attitude condamnatoire des libertés et des droits humains
adoptée par la hiérarchie catholique tout le
long du XIXème siècle et durant une bonne partie
du XXème continue de se répéter. On dirait que
l’histoire de l’Église a reculé ou s’est arrêtée
deux siècles en arrière.
Deux faits récents mettent à nu l’insensibilité du Vatican
dans ce domaine : son refus de signer la
Convention des Nations Unies sur les droits des
personnes handicapées et l’opposition à la
proposition de la France devant les Nations
Unies de décriminaliser complètement
l’homosexualité dans le monde, puisque dans huit
pays encore l’homosexualité est punie de mort.
Ne pas accepter cette décriminalisation implique
la condamnation à mort des gays et lesbiennes
qui vivent dans ces pays.
Par son attitude, le Vatican viole de manière flagrante le
premier de tous les droits humains, le droit à
la vie. Quelle crédibilité va-t-il avoir quand
il proclamera le droit des enfants à naître,
s’il légitime la peine de mort de citoyens et
citoyennes qui veulent exercer librement leur
sexualité?
La célébration du soixantième anniversaire de la Déclaration
des Droits humains me semble une bonne occasion
pour que l’Église catholique dans son ensemble,
en commençant par ses dirigeants, fasse un
« examen de conscience » sur la non application
des droits humains dans son sein, démontre le
ferme propos de se corriger, élabore une charte
des droits et libertés des croyants et mette en
pratique les principes de la Déclaration dans
tous les niveaux de son organisation.
Récemment, le Vatican a étendu le catalogue des péchés, mais
il n’a pas incorporé un péché qui est
certainement « mortel » : la transgression des
droits humains au sein de l’Église.
Juan José Tamayo est directeur de la Chaire de
théologie et des sciences des religions, à
l’Université Carlos III de Madrid et éditeur de
Dix mots clés sur les droits humains. (EVD,
Estella, 2006).
Pour le texte original en espagnol :
http://www.mercosurnoticias.com/index.php?option=com_content&task=view&id=17701&Itemid=209
Traduction : Claude Lacaille
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