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Pendant la messe, lors de la récitation de la
profession de foi, le fameux « Je crois en
Dieu », je fais toujours silence à l’étape où il
s’agit d’affirmer notre foi « à la sainte Église
catholique ». Je suis incapable de prononcer ces
mots en toute sincérité. La sainteté, selon le
Dictionnaire des monothéistes (Bayard,
2003), « exige une conduite spirituelle et
morale exemplaire, s’approchant toujours plus de
celle de Jésus et de ce qu’il a prescrit ».
Or, même si les catholiques conservateurs
tentent d’imposer la vision d’une Église divine,
cette dernière, on le sait bien, reste humaine.
Et les humains, c’est bien connu aussi, font des
erreurs ou, pour reprendre le vocabulaire
chrétien, sont des pécheurs. Au cours de
l’histoire, l’Église catholique, par ses
représentants, a souvent erré. Elle s’est
opposée à la démocratie, a parfois justifié des
guerres injustes et défendu des dictateurs, n’a
pas toujours accueilli les pauvres comme il se
doit, etc. Les récents scandales sexuels qui
mettent en cause certains de ses prêtres
témoignent de son manque de sainteté. Je ne dis
pas ça pour la condamner en bloc. L’Église a
aussi, à son actif, de grandes et belles
réalisations, que je reconnais pleinement. Je
souligne simplement mon malaise devant un manque
de modestie qui me semble incompatible avec
l’esprit chrétien.
La canonisation du frère André m’inspire de
semblables réflexions. Je veux bien qu’on
reconnaisse la foi profonde de cet homme qui,
dit-on, brillait par son humilité. C’est la
manière qui dérange. Pourquoi, en effet, faut-il
que des miracles soient attribués à une personne
pour qu’on l’élève au statut de sainte? Ce
critère fait de l’Église une organisation qui
s’adonne à la magie et l’expose au ridicule.
Dans l’évangile de Marc, Jésus, sommé par les
pharisiens de faire un miracle pour prouver sa
grandeur, leur répond : « Pourquoi les gens
d’aujourd’hui demandent-ils un miracle? Je vous
le déclare, c’est la vérité : aucun miracle ne
leur sera donné! » Peut-on être plus clair?
Une théologienne anonyme, interrogée par La
Presse au sujet de la canonisation du frère
André, a avoué « toute son exaspération face à
la question des miracles ». Ces démarches très
lourdes coûtent cher, prennent énormément de
temps et ne riment à rien. Dans Le Devoir,
le cardinal Turcotte a essayé de relativiser cet
aspect de l’affaire en affirmant qu’il ne
pensait pas « que toutes les béquilles qu’on
trouve à l’oratoire, c’est nécessairement des
gens qui ont eu des miracles, mais des gens qui
ont été consolés par cet homme ». Pourquoi,
alors, perpétuer cette mascarade qui nous
détourne de l’essentiel?
Le théologien Jacques Gauthier, animateur du
Jour du Seigneur à la télévision de
Radio-Canada, m’expliquait récemment, dans un
courriel, que la sainteté est une invitation à
l’accueil et à l’amour, qu’elle est « un chemin
d’imperfection, surtout pas de perfection ». Je
trouve cette interprétation intéressante, mais
je continue de croire que l’utilisation des
termes « sainteté » et « saint » entretient la
confusion, surtout avec ce critère du miracle
qui l’accompagne.
Les seuls vrais miracles qui vaillent, et qui
n’ont pas besoin d’experts douteux financés par
le Vatican pour être reconnus, ce sont la
charité, la générosité, la miséricorde, le don
de soi pour autrui. Des humains, malgré leurs
défauts, et sans être des saints donc, en sont
capables à force de volonté, parfois par la
grâce de Dieu peut-être, et certains plus que
d’autres. L’Église pourrait les reconnaître
comme de grands chrétiens et en faire des
modèles, sans leur imposer d’être des magiciens.
Ceux qui ont besoin de miracles « physiques »
pour croire à la grandeur du Christ pratiquent
une religion infantile qui dégrade le message
chrétien.
À l’heure du credo, je continuerai de me taire
quand il s’agira de dire que je crois à la
sainte Église. Parce que je suis humain, la
sainteté m’échappe et m’indiffère. La fraternité
et l’espérance me suffisent.
louisco@sympatico.ca
L’Action, 3
mars 2010
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