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Le temps de l’avent me donne l’occasion
d’exprimer que je commence à en avoir ras le bol
de toutes les niaiseries qu’on profère au sujet
de la religion catholique. Pour de nombreux
Québécois, en effet, le catholicisme se résume à
une institution qui, dans le passé, a abusé de
son pouvoir et dont les représentants officiels
étaient régulièrement des agresseurs d’enfants.
Aujourd’hui, il faudrait se réjouir du recul de
cette religion qui, sur le plan spirituel, ne
véhicule que des histoires qui ne tiennent pas
debout.
Cette attitude méprisante à l’égard de la
religion qui a donné sens à la vie de nos
ancêtres et déterminé le visage de la
civilisation occidentale n’est pas une marque de
lucidité critique, mais une manifestation
d’ignorance et d’ingratitude.
Les histoires d’agressions sexuelles perpétrées
par des prêtres sont de véritables scandales et
méritent une virulente condamnation. Ceux qui
affirment qu’il vaudrait mieux taire ces
histoires d’horreur qui salissent la religion se
trompent. Le catholicisme a trop fait l’éloge de
la vérité pour que ceux qui s’en réclament
puissent se soustraire à ce devoir. Les
coupables doivent être identifiés et punis et
les victimes ont droit à une réparation.
Ce serait, toutefois, du délire que de faire de
ces crimes la vérité essentielle du catholicisme
d’hier. J’ai côtoyé, dans ma jeunesse, une
dizaine de prêtres et de frères. À
Saint-Gabriel, le frère Émilien m’a enseigné à
servir la messe et venait parfois me voir jouer
au tennis en faisant sa marche. Le directeur de
mon école primaire était le frère Jean-Paul
Tremblay. J’ai servi des messes du matin
célébrées par les curés Gravel, Coutu et
d’autres. Il m’arrivait de me retrouver dans la
sacristie en leur compagnie. Jamais ces hommes
d’Église n’ont eu le moindre geste ou la moindre
parole déplacés à mon égard. Ils se sont
toujours comportés en parfaits gentlemans. Je ne
raconte surtout pas ça pour laisser entendre que
ceux qui affirment avoir été victimes de prêtres
disent n’importe quoi. Je témoigne par souci
d’une vérité plus complète.
Le même souci habite Claude Gravel, qui publie
ces jours-ci un bel ouvrage intitulé La vie
dans les communautés religieuses. L’âge de la
ferveur, 1840-1960 (Libre Expression, 2010).
Journaliste de carrière (il a travaillé au
Soleil et à Radio-Canada), le résidant de
Saint-Jean-de-Matha, avec ce livre, veut « faire
découvrir qui étaient ces bonnes sœurs, ces
humbles frères et ces prêtres instruits
d’autrefois, d’où ils venaient, comment ils
vivaient et ce qu’ils ont réalisé ».
En racontant « ce monde qui n’existe plus »,
Gravel ne cherche pas à idéaliser le passé du
catholicisme québécois. Il reconnaît ses limites
(un culte abusif de l’austérité, un penchant
douteux pour les mortifications, une excessive
peur du corps), mais il veut rendre hommage aux
enseignants, aidants, soignants, missionnaires
ou contemplatifs dévoués qu’ont été le plus
souvent ces religieux d’hier. Dans la postface
de l’ouvrage, l’historien Luc Noppen n’hésite
pas à dire que « les communautés religieuses ont
assuré l’émancipation sociale et culturelle du
Québec » et que nous leur devons en grande
partie « la très québécoise et féroce défense de
l’universalité et de la gratuité des programmes
sociaux ».
Seule l’ignorance historique explique que trop
de Québécois résument notre passé catholique à
une affaire sombre et pénible d’abus de pouvoir,
comme seule l’ignorance philosophique peut
expliquer le mépris réservé à la pensée
chrétienne. Les religieux, avec leurs faiblesses
humaines, ont solidement contribué à faire du
Québec ce qu’il est devenu. De même, l’Occident
doit en partie à la pensée chrétienne ses
valeurs principales, c’est-à-dire la primauté de
la personne, le souci égalitaire, la notion de
progrès et le sens de la dignité des victimes.
Il n’est nul besoin d’avoir la foi pour
reconnaître ces vérités. La connaissance
historique et la gratitude, « cette joie de la
mémoire, cet amour du passé – non la souffrance
de ce qui n’est plus, ni le regret de ce qui n’a
pas été, mais le souvenir joyeux de ce qui
fut », selon la belle formule du philosophe
André Comte-Sponville, suffisent. En sommes-nous
encore capables?
louisco@sympatico.ca
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