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Depuis les origines de notre existence, notre
vision du monde évolue et change. Dans nos
interrelations avec notre milieu de vie, nous
sommes appelés à jouer un double rôle. D’une
part, comme êtres vivants, nous devons nous
adapter à notre environnement et le protéger
comme on protège un bien essentiel. D’autre
part, comme être pensant, « l'homme est à la
fois créature et créateur de son environnement,
qui assure sa subsistance physique et lui offre
la possibilité d'un développement intellectuel,
moral, social et spirituel. Dans la longue et
laborieuse évolution de la race humaine sur la
terre, le moment est venu où, grâce aux progrès
toujours plus rapides de la science et de la
technique, l'homme a acquis le pouvoir de
transformer son environnement d'innombrables
manières et à une échelle sans précédent » (Déclaration
finale de la Conférence des Nations Unies sur
l'environnement, Stockholm 1972, Paragraphe
1).
Notre devoir de protéger et de transformer la nature
En effet, les deux composantes de
l’environnement, c'est-à-dire l'élément naturel
de l’écosystème et celui des inventions
humaines sont indissociables
et nécessaires à notre bien-être
et à la pleine jouissance de nos droits
fondamentaux, y compris le droit à la vie et au
bonheur.
Nous devons continuellement apprendre à gérer
l’incertitude de nos informations concernant
l’environnement. Cependant nous devons respecter
les trois formes d’existence de notre
écosystème : le non-vivant, le vivant et le
pensant, comme n’a pas cessé de nous le
rappeler, contre vents et marées, le
scientifique Vladimir Ivanovitch Vernadski, un minéralogiste et chimiste russe co-fondateur de la
géochimie moderne.
Depuis quarante ans, l’écologie nage entre
ombres et lumières. Issue de la gauche, elle est
présentement récupérée par la droite politique.
Les écologistes désirent faire de l’écologie le
fondement d’une nouvelle orientation du monde
contemporain. Entre les écologistes et les
scientifiques il y a beaucoup de dissensions et
elles s’amplifient de jour en jour.
Peu importe qui la promeut, l’unique écologie de
demain qui survivra sera celle qui aura su le
mieux s’adapter à nos incertitudes
environnementales et aux découvertes
scientifiques.
Aujourd’hui les scientifiques préfèrent parler
de vagues successives au lieu de
déterminismes matérialistes qui ne
peuvent être vus comme cohérents dans le
mouvement perpétuel de notre écosystème. Notre
défi et notre tâche à la fois, sera de
respecter d’une part la nature et de
transformer, d’autre part, notre environnement,
si nous ne voulons pas disparaître. « L'homme
doit constamment faire le point de son
expérience et continuer à découvrir, à inventer,
à créer et à avancer. Aujourd'hui, ce pouvoir
qu'a l'homme de transformer le milieu dans
lequel il vit, s'il est utilisé avec
discernement, peut apporter à tous les peuples
les bienfaits du développement et la possibilité
d'améliorer la qualité de la vie. Utilisé
abusivement ou inconsidérément, ce même pouvoir
peut causer un mal incalculable aux êtres
humains et à l'environnement » (Op.
cit.,
Paragraphe 3).
L’écologie d’aujourd’hui, qui réunit plusieurs
tendances, va-t-elle à l’encontre de
l’épanouissement de l’homme, en freinant son
développement industriel et économique, dans le
but de sauver la planète? En d’autres mots,
l’écologie actuelle se dresse-t-elle contre
l’homme ou propose-t-elle un nouveau modèle
humaniste pour l’humanité?
L’appel d’Heidelberg
Depuis les années soixante-dix, cette grande
interrogation a provoqué l’éveil du monde
scientifique. L’Appel
d'Heidelberg, composé pour le Sommet de la Terre en 1992 par
Michel Salomon et signé par de nombreux
scientifiques (plus de 4 000 scientifiques de
100 pays, dont 70 Prix Nobel) fait une mise en
garde aux décideurs des différents pays, en
dénonçant toute idéologie écologique
irrationnelle qui s’opposerait au progrès
scientifique et technique et qui freinerait tout
développement de l’humanité entière.
Voici très résumée la
déclaration adressée aux chefs d’États et aux gouvernements, le 14 avril 1992, vingt ans après la
déclaration enthousiaste de Stockholm: « Nous
souhaitons apporter notre pleine contribution à
la préservation de notre héritage commun, la
Terre. […] Nous soutenons qu’un État Naturel,
quelquefois idéalisé par les mouvements qui ont
tendance à se tourner vers le passé, n’existe
pas et n’a probablement jamais existé depuis
l’apparition de l’homme dans la biosphère, dans
la mesure où l’humanité a toujours progressé par
l’exploitation constante de la Nature pour ses
besoins et non le contraire. Nous adhérons
pleinement aux objectifs d’une écologie
scientifique pour un univers dont les ressources
doivent être inventoriées, contrôlées et
préservées. Toutefois, nous exigeons que cet
inventaire, ce contrôle et cette préservation
soient basés sur des critères scientifiques et
non sur des préconceptions irrationnelles. […]
Nous considérons donc que l’écologie
scientifique n’est rien de plus que le
prolongement du progrès continuel à l’égard
d’une vie meilleure pour les générations
futures. Nous avons l’intention de faire valoir
les responsabilités et obligations de la science
à l’égard de la société. Nous prévenons
toutefois les autorités en charge de la destinée
de notre planète contre les décisions soutenues
par des arguments pseudo-scientifiques ou des
données fausses et non-pertinentes. »
« Nous attirons l’attention de tous à la
nécessitée absolue d’aider les pays pauvres à
atteindre un niveau de développement durable qui
équivaut à celui du reste de la planète, de les
protéger contre les problèmes et dangers
engendrés par les pays développés, et de leur
éviter de s’empêtrer dans un dédale
d’engagements irréalistes qui pourraient
compromettre à la fois leur indépendance et leur
dignité. Les plus grands maux qui accablent
notre Terre sont l’ignorance et l’oppression, et
non la Science, la Technologie et l’Industrie
dont les instruments, lorsqu’ils sont
adéquatement gérés, deviennent les outils
indispensables à un futur façonné par
l’Humanité, par elle-même et pour elle-même, lui
permettant ainsi de surmonter les problèmes
majeurs tels que la surpopulation, la famine et
les maladies répandues à travers le monde »
(Déclaration signée au Somment de la Terre, en
1992, à Rio de Janeiro).
Il faut bien reconnaître que depuis le 19ème
siècle, une certaine vision scientifique
triomphaliste a dominé et causé certains
dommages à notre planète. Tout ce qui était
pensable et faisable scientifiquement, on le
produisait sans égard à l’environnement. Combien
de lacs, de fleuves et de rivières ont été
contaminés et rendus imbaignables? Fort
heureusement aujourd’hui, dans beaucoup de pays,
on évite d’entreprendre de grands travaux de
constructions et d’infrastructures, sans avoir
au préalable une étude d’impact
environnemental. Cependant le statu quo
n’est pas la solution! Nous devons éviter le
malentendu fondamental entre les tenants qui
accusent la science et le progrès de détruire la
planète et ceux qui proclament le salut exclusif
et universel de l’écologie moderne. Nous sommes
tous convier à revenir à la base de grands
principes éthiques comme l’équité, la prudence,
la prévention et la prévision. Comme le dit si
bien le proverbe : « Mieux vaut prévenir que
guérir! »
Dès 1960, Marshall McLuhan, le scientifique des
communications de l’université de Toronto
captive son auditoire en décrivant le monde
comme un village global où « le media est le
message ». D’une certaine manière, il avait
raison. Le fait d’être informé ne veut pas
nécessairement dire être solidaire. Voilà un
enjeu de taille et le grand défi pour
l’humanité! La solidarité naît trop souvent,
hélas, après une épreuve, un danger, un
accident, une catastrophe, etc. La détérioration
de l’environnement nous a fait prendre
conscience de la fragilité et des limites de
notre habitat qu’est notre planète Terre. La
Conférence de Rio de juin 1992, au Brésil,
marqua un tournant décisif dans l’histoire de la
planète. Là, les participants découvrirent deux
choses : qu’il y a un lien inséparable entre la
protection de l’environnement et le
développement durable, d’un, et de deux que les
pays industrialisés ne peuvent plus se passer
des pays en voie de développement pour protéger
efficacement l’écosystème de la planète.
L’essor économique d’après guerre
Si personne ne nie
que les ressources naturelles de la Terre soient
en quantité limitée, d’une part, tous
s’entendent, d’autre part, qu’il y a des
ressources qui semblent illimitées, et ce sont
les ressources humaines. Les ressources
intellectuelles, en particulier les sciences et
la technologie, doivent être mises à la
disposition de tous les États, pour le bien-être
des futures générations toujours plus nombreuses
de l’humanité.
Après la deuxième guerre mondiale, l’économie
prit un essor sans précédent. On crée, on
invente, on construit. Chacun veut sa maison,
son confort intérieur, l’eau courante,
l’électricité, le téléphone, le téléviseur, les
appareils électro-ménagers, la voiture, autant
de symboles d'un bonheur convoité. Or, à la
surprise générale, un désenchantement du monde
se manifeste un peu partout. La consommation
atteint son paroxysme et la déception est
générale: le bonheur n'est pas au rendez-vous!
Voilà la racine de la révolte des jeunes
Français de mai 1968 contre la société, avec le
rejet des valeurs matérielles et la
revendication de valeurs plus humaines : comme
de meilleures relations sociales, la solidarité,
la démocratie directe, l’égalité et la liberté.
De ce terreau de mécontentements sont nés les
différents courants écologistes des
peace-and-love, des végétariens, des
granolas, des écologistes gauchiste
taoïstes et trotskistes, etc. La
contre-culture est née: la culture
rock-drogue-sexe.
À partir des années soixante-dix, deux forces
vont surgir et se côtoyer : l’une idéologique et
l’autre pragmatique. Le nouveau mouvement
écologique se présente comme une nouvelle
idéologie (une nouvelle religion) pour sauver ce
qui reste de la planète Terre. L’écologiste
anglais James Lovelock, des 1970, illustre cette
idéologie dans son hypothèse Gaïa. La Terre est
présentée comme un être vivant intelligent,
s’autorégulant et à qui nous devons respect et
révérence. À sa suite plusieurs courants du
Nouvel Âge développent différentes théories
gaïennes. Ici nous sommes en présence d’une
force de changement des mentalités individuelles
et non de la société. Comment? Parce que ce
mouvement écologique ne propose pas de projets
de société précis, ne revendique pas de
nouvelles formes de société. Il n’est pas
programmatique et encore moins pragmatique. Il
ne fait que questionner la place et le rôle des
humains dans le continuum des êtres vivants.
Cette philosophie écologiste ne distingue pas
l’homme de l’animal et du vivant. Les
« écolos » ont trouvé le grand responsable de
tous les bouleversements environnementaux,
l’Homme.
Vers la même époque, nous assistons à de très
grands changements géopolitiques : le
démantèlement de l’Union soviétique et la chute
du Mur de Berlin; la guerre froide entre l’URSS
et les États-Unis s’estompe, les forces
géopolitiques européennes changent et donnent
naissance à l’Union européenne et à la nouvelle
monnaie de l’Euro. Depuis une quarantaine
d’années, toute une panoplie d’associations, de
comités, de colloques, de conférences
internationales à saveur scientifique se mettent
en place pour parler d’écologie. (L’Écologie
profonde ou la Deep Ecology, avec son
bio-centrisme, les Sommets mondiaux des Nations
Unies de 1972 à Stockholm, le Sommet de la Terre
de 1992 à Rio de Janeiro, le Protocole de Kyoto
de 1997, la mise en œuvre de l’Action 21 en 2002
à Johannesburg pour le XXIème siècle, le Fond
mondial pour la vie sauvage, la WWF, le Groupe
d’experts intergouvernemental sur l’évolution du
climat, le GIEC ou le IPCC, l’Empreinte
écologique ou l’Ecological Footprint, les Amis
de la Terre, le SOS Environnement, Greenpeace,
et n’oublions pas les parties politiques
s'occupant d'écologie – les Verts – qui
surgissent un peu partout dans le monde.
D’un écologisme naturel à une écologie humaine
Si on prête attention à certains ténors
écologistes, comme Al Gore avec son film « Une
vérité qui dérange » et le dernier film
« Home », nous courons à la catastrophe en ne
prenant pas immédiatement des mesures
radicales. Le temps de la réflexion est
terminé, c’est le moment d’agir. Est-ce un
retour au passé, à la lampe à l’huile et à la
voiture à cheval ? C’est en tout cas une
manœuvre dans laquelle la peur occupe une place
centrale. Nous avons peur de tout : des pluies
acides, des trous dans la couche d’ozone, des
gaz à effet de serre, du réchauffement
climatique, de l’épuisement des ressources
naturelles et des énergies fossiles, de la
pollution, des insecticides, du sexe-sida, de
l’alcool, du tabac-cancer, des OGM, de la grippe
aviaire, de la maladie de la vache folle, de la
grippe porcine A-H1-N1, etc.
Les écologistes militent pour la conservation de
la nature et demandent que chaque génération
transmette à la suivante une nature dans son
état originel. Mais cela est-il réaliste et
souhaitable? Mais comment savoir que nous
consommons trop par rapport à la biocapacité de
la planète? Le dernier rapport « Planète vivante
» du WWF publié en 2008 montre que la planète
est en perte régulière de biodiversité : - 31 %
d'espèces de vertébrés terrestres, - 28 % d'eau
douce, -27 % d'espèces marines. Supposons que
ces chiffres de l’Empreinte
écologique
du WWF soient vrais, nous avons deux choix. Ou
bien on réduit la consommation mondiale et sa
population, ou bien on réduit drastiquement le
niveau de vie des pays industrialisés du Nord,
et pour que cela puisse se réaliser, il faudrait
que ces pays abandonnent ou réduisent
drastiquement l’électricité, l’eau potable, le
transport, les industries, la machinerie
agricole, les engrais, etc. En plus, il ne
serait plus question de croissance démographique
ni d’accroissement du niveau de vie. Par
exemple, arrêter les recherches sur les ONG
freinerait le développement agricole et serait
une catastrophe pour le tiers-monde.
La FAO, agence de l'ONU pour l'alimentation et
l'agriculture, estime que 104 millions de
personnes supplémentaires souffriront de la
faim, en 2009, en raison de la crise économique
et financière. Que faire?
Vers une écologie humaniste dans l’économie
Nous sommes conscients de la force de
questionnement que provoque l’écologie,
aujourd’hui. Mais encore faut-il qu’elle soit
humaniste et qu’elle s’intègre progressivement
dans l’économie réelle et non spéculative? Les
différents mouvements écologistes provenant de
la gauche sont de plus en plus récupérés par la
droite capitaliste. Aujourd’hui, nous
constatons un nouveau phénomène dans le monde
politique, en Amérique Latine, en Europe et en
Afrique. Les nouveaux gouvernements tournent
vers la droite et découvrent les vertus
« politiques » de l’écologie. Le danger, c’est
que les hommes politiques se laissent emporter
par la vague écologique. Voilà pourquoi il est
urgent de casser cette alliance émotionnelle
écologique pour ramener les dirigeants à la
raison de la science et de la technologie pour
répondre aux problèmes réels du monde entier.
Nous venons d’assister à la dernière rencontre
du G8 à Aquila en Italie. Le thème principal de
l’agenda a porté sur le réchauffement climatique
et la mise en œuvre de mesures de réduction des
gaz à effet de serre. Comment nos « grands » de
ce monde sont-ils arrivés là, alors qu’il y a
dans le monde des millions de pertes d’emplois,
des millions de faillites de petites
entreprises, des millions de petits épargnants
ruinés qui ont perdu toutes leurs économies et
même leur maison? Comment demeurer insensible
quand plus d’un milliard de personnes souffrent
de la faim, quand le système financier mondial
se désintègre, quand les économies locales des
États s’écroulent, et que nos dirigeants
discutent du réchauffement climatique et de la
taxe sur le carbone. Y a-t-il quelle que chose à
y comprendre?
Une fois de plus, l’écologie est vitale pour
tous et il ne s’agit pas d’être bêtement
« antiécolo ». Arrêtons de mettre la Terre au
centre au lieu de l’Homme. Je crois que
l'écologie humaniste est une affaire sérieuse,
qui nécessite un soin particulier et une
expertise scientifique. Elle doit s’harmoniser à
la qualité des actes de la vie quotidienne comme
boire, manger, respirer, partager, communiquer,
travailler, voyager, etc. Les hommes et les
femmes ont le droit de vivre en bonne santé et
en équilibre dans un environnement familial,
social, culturel ou naturel protégé, que l’on
pense à la qualité de l’air et de l’eau, au
transport propre, à la disposition des déchets,
à la récupération et au recyclage, à l’énergie
nucléaire. Une chose est certaine, les
politiques de droite tueront l'écologie s’ils
insistent à la maintenir au service du
capitalisme sauvage, c'est à dire de
l'accumulation de la richesse, par la
spéculation. Or ici nous touchons à l'antinomie
de deux systèmes. Il est utopique d'affirmer
vouloir poursuivre une croissance économique
basée sur l'accumulation de la richesse et de
prôner l'écologie humaniste qui, elle, a pour
principale préoccupation la préservation de la
biosphère et le développement durable des
futures générations.
La vision biblique de l’homme et de l’écologie du développement
Les différentes crises financière, économique,
énergétique, alimentaire, climatique, écologique
mettent l’humanité au pied du mur et donnent
l’opportunité d’envisager un autre monde. Il est
inconcevable qu’un milliard de personnes vivent
encore aujourd’hui avec moins d’un dollar par
jour et la moitié de l’humanité avec moins de
deux dollars. C’est une situation injustifiable
sur une planète branchée, où tout se voit et
tout se sait. C’est une occasion en or pour
redonner du sens au développement et au progrès.
Cependant nous devons nous défaire d’une grande
illusion, celle qu’un jour il y aura abondance
pour tous! Tout ce que nous pouvons espérer,
c’est que les besoins de base soient un jour
comblés en alimentation, en éducation, en
emploi, en énergie, en services sociaux et de
santé.
Nous ne pouvons pas continuer avec la création
de besoins artificiels qui épuisent nos
économies et les ressources naturelles de la
planète. La priorité de l’écologie humaniste
consiste à économiser, réguler, réduire,
réutiliser, recycler ce que la planète nous
offre aujourd’hui et surtout demain. Mais cela
n’est pas suffisant! Il est impératif que
l’homme mette la main à la pâte et développe les
ressources naturelles de la planète.
Le développement industriel et technologique est
souvent remis en question, aujourd’hui, même
s’il a amélioré du tout au tout nos conditions
de vie, voire chez les plus défavorisés. Même
s’il n’y a pas en soi d’écologie biblique ou
chrétienne, l’humanisme biblique nous est très
précieux. La nouveauté irremplaçable de la
pensée biblique a consisté à « désacraliser » et
« dédiviniser » la nature. Or à l’époque
biblique dans les cultures environnantes, la
nature était sacrée : le soleil, les astres, les
étoiles, les volcans, les phénomènes cosmiques
étaient des divinités. Même le grand philosophe
Aristote, pour expliquer le mouvement des
astres, faisait intervenir la poussée des anges.
C’est d’ailleurs tout le sens du langage de la
création dans la Bible : « Croissez et
multipliez, emplissez la terre et
soumettez-la. » (Gn 1,28). Beaucoup
d’écologistes ont critiqué ce texte biblique.
Ont-ils raison? L’histoire humaine ne semble
pas leur donner raison. En effet, l’être humain
a toujours été un créateur et un inventeur. Il
améliore en permanence ses conditions de vie en
mettant en place de nouvelles technologies. Par
ses découvertes scientifiques, il accroît
continuellement la biocapacité de la planète et
la longévité de la vie. Il est important de
comprendre que la capacité de découverte humaine
– art, science et technologie – est le principal
moteur et l’âme de toute politique
d’amélioration sociale. Par exemple, si on
augmentait le niveau de vie des pays pauvres, le
taux de natalité baisserait automatiquement. Il
en va de même pour la maîtrise de l’énergie
nucléaire qui est plus qu’un choix technique,
elle permet à l’homme de créer de nouvelles
ressources naturelles isotopiques.
C’est aussi ce que nous rappelle la parabole des
dix talents de l’Évangile. Cette parabole tente
de nous faire prendre conscience du devoir que
nous avons de faire fructifier les talents que
nous avons reçus ou développés. Un talent non
utilisé est un talent perdu!
Contrairement à l’animal qui est soumis à la
dictature de la biocapacité de la planète,
l’homme a le pouvoir de faire fructifier les
ressources naturelles, bien sûr quand il le fait
avec intelligence scientifique évitant toute
destruction et gaspillage.
L’Église catholique n’a jamais avalisé les
formes radicales et idéologiques de l’écologie
profonde. Lors du Séminaire international
d’étude des changements climatiques que le
Conseil pontifical Justice et Paix a tenu au
Vatican, le 27 avril 2007, le cardinal Renato
Raffaele Martino a repoussé les thèses
catastrophistes et réaffirmé que le Saint-Siège
n'accepterait aucune politique limitant le
développement des pays pauvres. Il a fait
remarquer que la doctrine sociale de l'Église
prend en compte les multiples formes
d'idolâtrie de la nature qui perdent le sens
de l'Homme.
De ce séminaire, il en ressort que la nature
n'est pas un absolu, mais une richesse confiée à
l’humanité. Les êtres humains sont solidaires de
la création, (comprenant le non-vivant, le
vivant, le pensant) et ne doivent pas être
équiparés aux autres êtres vivants, ni
considérés comme des éléments perturbateurs de
l'équilibre écologique naturel. Si l’être humain
n’a pas un droit absolu sur la nature, il a le
devoir confié par le Créateur de la protéger et
de la développer pour qu’elle donne son cent
pour cent. De son intelligence créatrice dépend
notre survie.
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