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Lettre ouverte de P.A.V.E.S aux évêques de Belgique

Chers frères évêques,

Dans les 5 premiers mois de 1996, le réseau « Pavés » et « Sonalux » ont coordonné une campagne de signatures pour la « Déclaration du peuple qui est Église ».

Malgré le peu d'aide accordée par les médias et un hiver très froid, nous avons récolté 10233 signatures en Belgique francophone et germanophone.
Toutes les enquêtes montrent qu'en réalité, des dizaines de milliers de catholiques se sont sentis concernés par une réforme interne de leur Église et que des dizaines de milliers d'autres, découragés ou devenus indifférents, ont voté avec leurs pieds, c.à.d. qu'ils ont quitté toute pratique religieuse et n'ont plus de contact avec aucune structure ecclésiale.

Le 4/9/1996, M. le Cardinal Danneels a reçu l'équipe responsable venue lui présenter les résultats de la campagne de signatures. Treize propositions concrètes de changement lui ont été soumises. M. Danneels promit de les examiner attentivement, d'en parler avec les autres évêques et nous suggéra de prendre contact avec eux.

Effectivement, le groupe de Bruxelles eut un très bon contact avec Paul Lanneau, évêque auxiliaire de Bruxelles. Les autres groupes ne l'ont pas tenté avec leur évêque. De fait, à la réunion suivante de la conférence épiscopale, M. Danneels avait suggéré une discussion à partir de nos 13 propositions mais aucun de ses collègues n'a souhaité en parler. Jusqu'ici, le dialogue a donc été plus que limité.

Pourtant, l'appel à des réformes devient de plus en plus fort! Dans de nombreuses communautés paroissiales, des conseils paroissiaux, presbytéraux, dans les commissions et associations synodales, au sein du C.I.L. et des associations à but social et caritatif, l'appel au changement se fait plus pressant.

Le manque de plus en plus grand de prêtres devrait être considéré comme un signe des temps.

Au lieu de faire appel à des prêtres étrangers, pourquoi ne pas envisager une réforme structurelle, la désacralisation de la fonction sacerdotale, le partage des responsabilités avec des laïcs-hommes et femmes- bien formés?

Que s'est-il passé en Belgique francophone depuis 5 ans?

En novembre 1995, vous avez publié, suite aux travaux préparatoires de la commission « Justice et paix », un document sur les migrants et les réfugiés parmi nous : ce texte a eu dans le pays un retentissement considérable ; même des fonctionnaires des ministères de la Justice et de l'Intérieur se le sont procuré.

Or, depuis plusieurs mois, « Vivre ensemble » a préparé pour vous un nouveau document sur le droit au logement pour tous  mais s'étonne que vous ne l'ayez pas encore publié?

L'ouverture d'une ligne téléphonique pour les victimes de faits délictueux commis par des clercs a été mal perçue par l'opinion publique belge : l'initiative paraît trop ambiguë.

L' accompagnement  des prêtres alcooliques, déprimés ou pédophiles est-il suffisant?

Les homosexuels ne sont-ils pas souvent  rejetés ? Quel accueil l'institution leur réserve-t-elle?

De plus en plus de laïcs, hommes et femmes, voient leurs compétences reconnues dans divers domaines de la pastorale par une lettre officielle de mission, mais n'y a-t-il pas danger de les considérer comme taillables et corvéables à merci?

Plus grave encore : interdiction est faite à ces laïcs, dans le vicariat de Bruxelles, de prendre un mandat syndical ! Ceci n'est pas conforme au Droit belge du travail.

Nous vous demandons donc avec insistance de lever cette interdiction injustifiable là où elle existe et de ne pas l'instaurer, là où elle n'est pas encore en vigueur.

Si on passe en revue la situation des différents diocèses, on peut remarquer que le vicariat de Bruxelles-Ville a un nombre élevé d'habitants de toutes provenances : des autochtones, des fonctionnaires européens, des travailleurs étrangers légaux et illégaux. Cela suppose une politique pastorale adaptée à chaque milieu et à toutes les situations si diverses Le besoin se fait criant pour Bruxelles d'avoir un évêque résidentiel à part entière.

Que le siège de l'archevêché se situe à Malines depuis plusieurs siècles relève de l'histoire et de l'archéologie mais pas d'un sens aigu des nécessités contemporaines!

En attendant cette adaptation nécessaire, le vicariat de Bruxelles a vécu pendant 3 ans une démarche de type synodal, baptisée «Reliance». Les communautés les plus diverses, depuis les charismatiques jusqu'aux communautés de base, en passant par les paroisses, les mouvements, les aumôneries…etc., se sont rendu visite, ont échangé des informations et des expériences. Il y a eu une grande liberté de parole et beaucoup d'aller et retour entre l'équipe vicariale et la base. Une dynamique a été créée .
Un audit du fonctionnement du vicariat a même été demandé à un organisme indépendant et une procédure d'évaluation permanente se met en place.
Ce n'est évidemment pas facile de faire entrer une nouvelle mentalité dans les habitudes..

A tous les degrés, la hiérarchie a du mal à déléguer des responsabilités et beaucoup de catholiques de la base éprouvent des difficultés à en assumer.

Le vicariat du Brabant wallon souffre plus que d'autres, semble-t-il, d'une politique de « bouchage des trous » à tout prix.

Les animateurs pastoraux se plaignent de l'autoritarisme de leur évêque et des priorités budgétaires accordées aux bâtiments plutôt qu'à la pastorale.

Le diocèse de Tournai, à la superficie très vaste, présente un grand contraste entre les zones rurales et les zones urbaines. Les premières comportent un public classique pour qui le prêtre est encore revêtu d'une autorité sacrée. Chaque prêtre est chargé de 3 à 7 paroisses et s'épuise!

Les animateurs pastoraux sont triés sur le volet .

Les zones urbaines souffrent de tous les maux sociaux engendrés par le chômage, plus élevé là qu'ailleurs. Des associations diverses essaient de rencontrer les besoins locaux.

Une journée de rencontre a eu lieu le 12/09/1996 à Bonne Espérance, près de Tournai.. Toutes les associations, groupes, mouvements…etc. ont pu se faire connaître et échanger leurs expériences. Quelles suites y ont été données?

Le diocèse de Namur survit vaille que vaille à l'arrivée imposée de M. Léonard qui suscite toujours l'opposition ferme des ¾ de son clergé et des laïcs engagés. Ceux-ci s'efforcent de faire vivre l'Église malgré la politique très particulière de l'évêque, sans tenir compte de lui.

Il est plus rarement invité à un débat, en radio ou à la télévision, faute de personnalités acceptant de venir sur le même plateau que lui.

Il favorise les groupes charismatiques, les pèlerinages de style J.M.J. et a ouvert à grands frais un nouveau séminaire où il projette d'élever en serre chaude des jeunes gens venus d'ailleurs. On leur souhaite bonne chance quand ils seront confrontés aux dures réalités d'une société déchristianisée.

Le diocèse de Liège a connu quelques mois d'intense activité, grâce au «projet 2000».

Les laïcs ont réussi à persuader leur évêque de faire remonter le vécu de la base vers le sommet afin de transmettre la réalité des questions, des problèmes, des joies du peuple catholique. Pendant toute une année, des rapports venant des paroisses, des mouvements, des œuvres ont été remis à la permanence installée dans ce but.

Tout le monde a réfléchi sur le message de la Bonne Nouvelle à transmettre.
Le 27/11/1999, à Waremme, un grand rassemblement a fait écho à tout ce qui se vit. Des carrefours ont été organisés sur les thèmes proposés par la base.
Les catholiques critiques y ont peu participé, échaudés par l'absence de suivi de la démarche précédente : la célébration du centenaire du congrès des organismes sociaux.

Au cours de l'étape suivante, le Vicaire général a réuni une commission de 9 personnes (hommes et femmes) nommées par lui pour rédiger un document qui exprimerait les lignes de force d'un projet pastoral.

Ce document est présenté au conseil épiscopal, au conseil presbytéral, au conseil pastoral et à la conférence des doyens. Mais il reste en veilleuse, puisque l'évêque a démissionné et que son successeur n'est pas encore nommé.
Tout le monde craint que les efforts de renouveau ne tombent à l'eau, si le nouvel évêque ne correspond pas au profil pastoral voulu par le peuple catholique.

Dans les diocèses flamands, il semble que la hiérarchie ne comprenne pas les efforts de renouveau proposés par nos amis «De Synodale Katholiken van België» et qu'elle fasse pleuvoir les intimidations et interdictions sur eux. Le mouvement «Pavés» le déplore, réaffirme que le message évangélique devrait toujours être proclamé comme une Bonne Nouvelle et non pas être brandi comme une menace et affirme sa solidarité avec les «Synodale Katholiken». Ceux-ci écrivent aussi une lettre à leurs évêques, parallèlement à la nôtre.

Il est grand temps pour l'Église catholique de revoir la procédure de nomination des évêques et du pape  et de mettre un frein à la centralisation romaine excessive ainsi qu'aux ingérences intolérables du Vatican dans la gestion courante des Églises locales.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le fonctionnement sclérosé de notre Église, sur le fréquent manque de transparence dans la gestion des finances, sur la politique du secret…mais nous terminerons par un simple constat : si on supprimait l'activité des femmes - ou si celles-ci se  mettaient en grève, toutes ensemble, en même temps- dans les paroisses, la catéchèse, la pastorale des malades, les équipes liturgiques, l'enseignement, les conseils pastoraux locaux, il ne subsisterait pas grand-chose de la vie de l'Église.

A quand la reconnaissance non seulement de la dignité des  femmes mais de l'égalité de leurs droits et responsabilités?

Au nom du Réseau « P.A.V.E.S. », les délégués des différentes régions.

(Texte reçu de IMWAC, jeudi 7 décembre 2000)

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