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N’avoir peur d’aucune pensée,
poser les questions les plus extrêmes et les plus
naïves,
rouvrir les chemins oubliés,
construire l’impossible,
oser toucher à l’absolu,
à l’absolument nécessaire,
car l’enjeu est bien ce dont l’homme a besoin pour
subsister comme être humain.
Maurice Bellet
Les
prêtres vont manquer pour assurer des tâches,
exercer des pouvoirs qui sont leur exclusivité
depuis... un certain temps.
L'homme
de foi répond : « Non ! Dieu ne peut permettre
cela. Il lui FAUT des prêtres pour poursuivre la
mission ! D'ailleurs ne voyons-nous pas des
prêtres nous venir d'Afrique, de Pologne. Le
recrutement va donc s'opérer hors de l'Occident.
En outre des aménagements : plus d'obligation de
célibat pour un prêtre, accession des femmes au
... diaconat, etc. vont combler les brèches
actuelles. »
Malheureusement je ne suis pas homme de foi sous
cette forme.
Et si ces
déperditions étaient le signe que la fonction, le
statut actuels du prêtre devraient être totalement
reconsidérés ?
Ce
« pouvoir » (eucharistie, confession...) reçu (de
Dieu ?) de l'évêque est loin d'être toujours
utilisé pour le seul bien du chrétien. C'est aussi
un moyen de pression (caché, non reconnu) conforté
par les pouvoirs de l'évêque, dont celui de Rome.
Il faut bien que l'Église soit « entretenue »,
confortée par des chrétiens convaincus (soumis ?).
En France, ne faut-il pas de bons chrétiens pour
alimenter les quêtes qui financent l'organisation,
les rémunérations du clergé.
Il
demeure vrai que l'Évangile passe pour l'essentiel
par ce « canal » bien qu'il soit perverti,
détourné et parfois gravement.
Si ma
petite hypothèse se confirme : il n'y aurait plus
de prêtres tels que « définis » actuellement
(mariés ou non...) parce que la transmission de
l'Évangile serait appelée à se faire autrement.
Aïe ! Aïe
!
Ce
seraient donc ces laïcs, actuellement tolérés ou
recherchés pour des tâches mineures ou réservées
autrefois aux prêtres – catéchisme, inhumation,
ADAP (Assemblée Dominicale en l'Absence de Prêtre
!!!!!) etc. – qui auraient à faire face à cette
situation. Ce serait à eux, « le peuple de Dieu »,
d'organiser, d'assurer la mission sans la tutelle,
le recours au prêtre. L'Église oui, bien sûr
encore, c'est à dire l'Assemblée des hommes
tournés vers Dieu avec… des « fonctionnaires »
(j'avoue que le mot est un peu fort, mais je n'en
ai pas trouvé d'autre...). Plus de couverture
réelle, exigeante, parfois insupportable, d'une
hiérarchie somme toute bien rassurante. (Au fond
quand on pensait Église on pensait plutôt
« clergé »). Les manifestations importantes ne
peuvent plus et pour cause, être issues du clergé
et de sa hiérarchie. Les pèlerinages, les JMJ, les
synodes, les congrès eucharistiques, etc.
Je suis
un mécréant. Un tantinet, d'accord !
Mais si
ma vision pessimiste, critique devait avoir
quelque vraisemblance, quid ?
Quid ?
quand on sait les faiblesses humaines (toujours
masquées dans le clergé!) y compris chez les
chrétiens.
Comment
l'Esprit pourrait-il surpasser cet abîme de soif
de pouvoir, de perversion, etc. pour que les
hommes et femmes « de l'évangile » (actuellement
les laïcs...) puissent œuvrer modestement,
courageusement œuvrer pour le « ROYAUME ».
Peut-on
réfléchir à cette perspective avec SON aide ?
J'ai
pensé, qu'on me pardonne ma prétention
(démentielle ?), que des esprits avisés, cultivés,
croyants, engagés, pourraient cogiter sur
cette base, si ma démarche n'est pas trop
invraisemblable...
« Mon
fils, je vous comprends très bien... Vous
avez perdu la foi, c'est sans doute une épreuve
voulue par Dieu. Sachez qu'il y a des « recommençants »;
ils sont nombreux après avoir connu vos
difficultés. Que diriez-vous d'un séjour
« spirituel »,
repos, détente, réflexion, dans un monastère par
exemple…
Et puis soyez-en sûr, je prierai pour vous ! »
J'aimerais une autre réaction que celle-là, assez
classique…
Jean
**********
Mon cher
Jean,
Tu
soulèves sous un mode que je dirais <prophétique>,
c'est-à-dire plus évocatif qu'argumentatif, tes
interrogations sur les ministères sacerdotal,
épiscopal, tels qu'ils ont évolué au cours des
siècles et tels qu'on nous les impose: une caste
supérieure de mâles qui ont sans cesse le mot
<service> à la bouche, mais que, très souvent,
nous n'arrivons pas à percevoir comme de réels
serviteurs, d'humbles et pauvres serviteurs,
remplis d'ouverture et de compassion...
Deux
théologiens québécois ont beaucoup réfléchi sur ce
thème. L'un, Rémi Parent, a écrit au début des
années 80 un beau livre, Une Église de baptisés,
qui l'a fait convoquer à Rome pour y être
réprimandé par la CDF. Il essayait de repenser en
profondeur la relation clercs/laïcs, de manière à
faire disparaître cet esprit de classe supérieure
et privilégiée...
L'autre,
Richard Bergeron, a écrit au moment de sa
retraite un livre de souffrance et de passion,
Les pros de Dieu (compte-rendu
sur le site). Il a été lui-même pro de Dieu à
un triple titre – professeur de théologie, prêtre
et religieux – et il essaie de nommer les pièges
qu'entraîne le fait de se voir et d'être vu comme
« professionnel » de Dieu... L'un de ces pièges,
assez terrible, n'est-ce pas plus ou moins
consciemment de se croire en contrôle de
l'Innommable, de l'Infini qui transcende tout et
de vouloir à ce titre imposer sa vision à tous les
autres -- ignorants...
Il y a
aussi un texte d'une religieuse bénédictine
américaine remarquable, soeur Joan Chittister,
une conférence qu'elle a prononcée au congrès
internationale de Dublin sur l'ordination des
femmes. Elle soutient qu'il faut repenser la
question du sacerdoce, des ministères, en termes
de <disciplitude>. Approfondir tout ce qu'implique
cette dimension fondamentale: être disciple du
Christ. Et pour l'homme, et pour la femme... Cela
transcende les différences sexuelles! Et cela
révolutionnerait les structures en place!
Tout cela
pour te dire que l'interrogation douloureuse que
tu portes, d'autres, nombreux, la partagent. C’est
l’évolution historique avec ses contingences qui a
fait les structures ecclésiales si lourdes, si
inadaptées telles que nous les vivons aujourd'hui
et telles qu'elles s'enlisent lentement... Jusqu'à
disparaître? Ce serait la quatrième hypothèse de
Bellet, celle que tu envisages, avec une
communauté croyante qui ressurgit et se
reconstruit autrement...
Est-ce
comme cela que les choses évolueront? Les
changements seront-ils moins radicaux, une sorte
de transformation intérieure, de conversion de ce
qui est en place? Je ne sais pas... l'avenir le
dira! Nous venons de mettre sur le site
une entrevue avec Mgr Casaldáliga du Brésil
qui appelle l’Église et le pape à cette
conversion. C'est un grand témoin que nous
estimons beaucoup, comme le fut Mgr Romero.
Que la
paix et la joie de l'Esprit t'habitent envers et
contre tout! En toute amitié,
Claude
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