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Questions sur l’avenir de l’Église et des ministères…
Jean Reignard / Claude Giasson

 

N’avoir peur d’aucune pensée,
poser les questions les plus extrêmes et les plus naïves,
rouvrir les chemins oubliés,
construire l’impossible,
oser toucher à l’absolu,
à l’absolument nécessaire,
car l’enjeu est bien ce dont l’homme a besoin pour subsister comme être humain.

Maurice Bellet
 

Les prêtres vont manquer pour assurer des tâches, exercer des pouvoirs qui sont leur exclusivité depuis... un certain temps.

L'homme de foi répond : « Non ! Dieu ne peut permettre cela. Il lui FAUT des prêtres pour poursuivre la mission ! D'ailleurs ne voyons-nous pas des prêtres nous venir d'Afrique, de Pologne. Le recrutement va donc s'opérer hors de l'Occident. En outre des aménagements : plus d'obligation de célibat pour un prêtre, accession des femmes au ... diaconat, etc. vont combler les brèches actuelles. »

Malheureusement je ne suis pas homme de foi sous cette forme.

Et si ces déperditions étaient le signe que la fonction, le statut actuels du prêtre devraient être totalement reconsidérés ?

Ce « pouvoir » (eucharistie, confession...) reçu (de Dieu ?) de l'évêque est loin d'être toujours utilisé pour le seul bien du chrétien. C'est aussi un moyen de pression (caché, non reconnu) conforté par les pouvoirs de l'évêque, dont celui de Rome. Il faut bien que l'Église soit « entretenue », confortée par des chrétiens convaincus (soumis ?). En France, ne faut-il pas de bons chrétiens pour alimenter les quêtes qui financent l'organisation, les rémunérations du clergé.

Il demeure vrai que l'Évangile passe pour l'essentiel par ce « canal » bien qu'il soit perverti, détourné et parfois gravement.

Si ma petite hypothèse se confirme : il n'y aurait plus de prêtres tels que « définis » actuellement (mariés ou non...) parce que la transmission de l'Évangile serait appelée à se faire autrement.

Aïe ! Aïe !

Ce seraient donc ces laïcs, actuellement tolérés ou recherchés pour des tâches mineures ou réservées autrefois aux prêtres – catéchisme, inhumation, ADAP (Assemblée Dominicale en l'Absence de Prêtre !!!!!) etc. –  qui auraient à faire face à cette situation. Ce serait à eux, « le peuple de Dieu », d'organiser, d'assurer la mission sans la tutelle, le recours au prêtre. L'Église oui, bien sûr encore, c'est à dire l'Assemblée des hommes tournés vers Dieu avec… des « fonctionnaires » (j'avoue que le mot est un peu fort, mais je n'en ai pas trouvé d'autre...). Plus de couverture réelle, exigeante, parfois insupportable, d'une hiérarchie somme toute bien rassurante. (Au fond quand on pensait Église on pensait plutôt « clergé »). Les manifestations importantes ne peuvent plus et pour cause, être issues du clergé et de sa hiérarchie. Les pèlerinages, les JMJ, les synodes, les congrès eucharistiques, etc.

Je suis un mécréant. Un tantinet, d'accord !

Mais si ma vision pessimiste, critique devait avoir quelque vraisemblance, quid ?

Quid ? quand on sait les faiblesses humaines (toujours masquées dans le clergé!) y compris chez les chrétiens.

Comment l'Esprit pourrait-il surpasser cet abîme de soif de pouvoir, de perversion, etc. pour que les hommes et femmes « de l'évangile » (actuellement les laïcs...) puissent œuvrer modestement, courageusement œuvrer pour le « ROYAUME ».

Peut-on réfléchir à cette perspective avec SON aide ?

J'ai pensé, qu'on me pardonne ma prétention (démentielle ?), que des esprits avisés, cultivés, croyants, engagés, pourraient cogiter sur cette base, si ma démarche n'est pas trop invraisemblable...

« Mon fils, je vous comprends très bien... Vous avez perdu la foi, c'est sans doute une épreuve voulue par Dieu. Sachez qu'il y a des « recommençants »; ils sont nombreux après avoir connu vos difficultés. Que diriez-vous d'un séjour « spirituel », repos, détente, réflexion, dans un monastère par exemple… Et puis soyez-en sûr, je prierai pour vous ! »

J'aimerais une autre réaction que celle-là, assez classique…

            Jean

 

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Mon cher Jean,

Tu soulèves sous un mode que je dirais <prophétique>, c'est-à-dire plus évocatif qu'argumentatif, tes interrogations sur les ministères sacerdotal, épiscopal, tels qu'ils ont évolué au cours des siècles et tels qu'on nous les impose: une caste supérieure de mâles qui ont sans cesse le mot <service> à la bouche, mais que, très souvent, nous n'arrivons pas à percevoir comme de réels serviteurs, d'humbles et pauvres serviteurs, remplis d'ouverture et de compassion...

Deux théologiens québécois ont beaucoup réfléchi sur ce thème. L'un, Rémi Parent, a écrit au début des années 80 un beau livre, Une Église de baptisés, qui l'a fait convoquer à Rome pour y être réprimandé par la CDF. Il essayait de repenser en profondeur la relation clercs/laïcs, de manière à faire disparaître cet esprit de classe supérieure et privilégiée...

L'autre, Richard Bergeron,  a écrit au moment de sa retraite un livre de souffrance et de passion, Les pros de Dieu (compte-rendu sur le site). Il a été lui-même pro de Dieu à un triple titre –  professeur de théologie, prêtre et religieux –  et il essaie de nommer les pièges qu'entraîne le fait de se voir et d'être vu comme « professionnel » de Dieu... L'un de ces pièges, assez terrible, n'est-ce pas plus ou moins consciemment de se croire  en contrôle de l'Innommable, de l'Infini qui transcende tout et de vouloir à ce titre imposer sa vision à tous les autres -- ignorants...

Il y a aussi un texte d'une religieuse bénédictine américaine remarquable, soeur Joan Chittister, une conférence qu'elle a prononcée au congrès internationale de Dublin sur l'ordination des femmes. Elle soutient qu'il faut repenser la question du sacerdoce, des ministères, en termes de <disciplitude>. Approfondir tout ce qu'implique cette dimension fondamentale: être disciple du Christ. Et pour l'homme, et pour la femme... Cela transcende les différences sexuelles!  Et cela révolutionnerait les structures en place!

Tout cela pour te dire que l'interrogation douloureuse que tu portes, d'autres, nombreux, la partagent. C’est l’évolution historique avec ses contingences qui a fait les structures ecclésiales si lourdes, si inadaptées telles que nous les vivons aujourd'hui et telles qu'elles s'enlisent lentement... Jusqu'à disparaître? Ce serait la quatrième hypothèse de Bellet, celle que tu envisages, avec une communauté croyante qui ressurgit et se reconstruit autrement...

Est-ce comme cela que les choses évolueront? Les changements seront-ils moins radicaux, une sorte de transformation intérieure, de conversion de ce qui est en place? Je ne sais pas... l'avenir le dira! Nous venons de mettre sur le site une entrevue avec Mgr Casaldáliga du Brésil qui appelle l’Église et le pape à cette conversion. C'est un grand témoin que nous estimons beaucoup, comme le fut Mgr Romero.

Que la paix et la joie de l'Esprit t'habitent envers et contre tout! En toute amitié,

 

Claude

 

 

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