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En
commençant, l’Auteur nous dit que son livre
« a pris naissance dans l’expérience
d’un effondrement qui a emporté [son] monde clérical
et [son] univers religieux ».
C’est comme un iceberg qui tombe dans la
mer en se détachant du glacier.
Quelque chose de lourd, assez grand pour
qu’on dise que c’est un monde, mais devenu
insignifiant et comme étranger à soi, s’est détaché
de l’Auteur.
Ce monde clérical et canonique effondré
fait désormais partie de ce qui est en dehors,
alors qu’en dedans l’Auteur constate qu’il
se retrouve toujours attaché « à la
tradition chrétienne et aux grandes inspirations
franciscaines (9) ».
Ce livre est consacré à l’exploration
de cet « en dedans » dans sa
composante humaine.
Être attaché à la tradition chrétienne,
c’est une chose, mais quand on s’aperçoit que
cette validité de la tradition subsiste au-delà
de l’écroulement des médiations cléricales et
de l’encadrement canonique des ordres religieux,
on se trouve obligé de chercher les fondements de
cette validation ailleurs, par exemple dans les
ressources internes du sujet.
Ce
qui s’effondre chez l’Auteur, c’est cette
partie de son identité qui se révèle
inauthentique.
C’est pourquoi, à mon avis, la « reconfiguration »
spirituelle dont il fait état dans son livre était
en bonne voie de réalisation, car c’est la
reconfiguration même qui a causé
l’effondrement.
Un ancien monde devenu non pertinent a été
poussé dehors par un nouveau monde.
Ce n’est donc pas une perte subie, mais
un changement de cap voulu.
Il n’est pas une victime.
Ou plutôt il a résolu de cesser d’être
une victime. Il a décidé de vivre dans la laïcité
et la sécularité de sorte que s’il veut
prendre sur lui l’héritage chrétien, ce sera
sans l’interposition des cautions cléricales et
des encadrements canoniques.
Le
voilà dépouillé de son autorité comme prêtre,
religieux, professeur mandaté dans une école
approuvée. Dans
son ouverture aux autres, il pourra seulement se
comporter comme un frère parmi des frères.
C’est pourquoi le discours se déploie à
l’horizontal : une perspective humaniste
exposée avec des moyens humains pour des humains.
D’un autre côté, Richard Bergeron ne
veut pas mettre le couvercle sur cette
horizontalité.
Il y voit au contraire un dynamisme qui
pousse par le haut, un mouvement d’auto-dépassement
dont on ne peut d’emblée se représenter le
terme mais qui dynamise l’intelligence, la
sensibilité et la volonté.
Conformément à un usage qui se répand et
qu’on trouvait déjà dans des théologiens-philosophes
au-dessus de tout soupçon comme Karl Rahner, l’Auteur
appelle « transcendance humaine »
ce par quoi le sujet humain est à
l’origine d’un tel dépassement de soi-même.
Le
monde religieux effondré dont fait état l’Auteur
misait sur un conformisme grégaire et se méfiait
d’une adhésion au message évangélique qui émanait
d’une démarche personnelle.
L’Église cléricale préférait
implanter une culture religieuse standardisée qui
enjoignait à chacun de faire son salut en obéissant
à l’autorité, car il n’est pas facile
d’intimider et de soumettre un croyant libre.
On vous a baptisé, catéchisé, sacramentalisé?
On vous a imposé un code de conduite et un
encadrement juridique?
Ça y est, vous êtes chrétien.
Et l’Église promet le salut à ceux qui
se conforment.
Elle vous rappelle à l’occasion
qu’elle détient tous les droits, puisqu’elle
a en main les clefs du Royaume (Mat 16, 19).
Votre famille, votre paroisse, votre milieu
ont voulu pour vous que vous soyez chrétien.
Cette prévenance de votre milieu
d’origine convient tout à fait à l’autorité
ecclésiastique qui la sanctionne et qui compte
sur cette appropriation de votre existence pour
vous apprendre ce que vous êtes avant même de
l’avoir voulu.
Ce système peut fonctionner aussi
longtemps que le fidèle ne s’aperçoit pas que
l’identité qu’on lui attribue s’est
constituée sans qu’une démarche consciente et
volontaire soit venue de son propre fond.
Il est remarquable que, d’une part, la
connaissance de la tradition chrétienne parvient
au fidèle par l’Église, alors que, d’autre
part, cette Église se comporte comme propriétaire
et maîtresse du message évangélique qui la
fonde et qu’elle est censée servir.
Par son système juridique, moral et
doctrinal, l’Église cléricale met
un cran d’arrêt à cette circularité du
sens et se considère comme point de départ fixe
de la validation de l’Écriture elle-même.
En somme, même le Saint-Esprit est à ses
ordres.
Chacun de
ceux qui, comme Richard Bergeron, en sont venus au
point où ils ont mis en question cet
embrigadement qui a imprimé sur eux une identité
qu’ils n’avaient pas eu à vouloir, chacun de
ceux-là, dis-je, pourrait raconter une histoire
qui lui serait particulière.
Dans cette brèche qu’ouvre le
questionnement, la structure cléricale et
canonique vacille.
Elle apparaît comme une mise en tutelle et
une infantilisation.
Elle perd son monopole sur le rapport
vivant à Jésus.
Elle ne peut indéfiniment occulter le fait
que dans la foi religieuse, il doit y avoir une
validation de la donnée chrétienne qui soit aux
frais du croyant lui-même.
L’entreprise de Richard Bergeron prend
son sens dans cette ouverture créée par le sujet
lui-même en lui-même.
Il pense que cette situation est un acquis
conforme à la modernité et qu’il se trouve en
bonne position pour développer une anthropologie
accordée à une « spiritualité pertinente
à la culture contemporaine (10) ».
Nous voilà avec cette notion
d’une « spiritualité » que la
« culture contemporaine » jugerait
pertinente. Mais peut-être ai-je mal lu et que le
jugement de pertinence se trouve dans le sujet
bergeronien : c’est celui-ci qui juge de la
pertinence de son anthropologie par rapport à la
culture contemporaine. Dans quel sens va la flèche?
L’Auteur ne peut vouloir simplement
s’ajuster à la culture de son temps, car il
perdrait tout le pouvoir critique qu’on le voit
exercer. Il y a une existence personnelle singulière,
d’une part, à laquelle¸ appartient le jugement
de pertinence, et d’autre part il y a cet
horizon culturel contemporain, horizon envers
lequel le sujet entretient des rapports critiques
tout en cherchant à y jouer des coudes.
Comme toute culture, celle à laquelle l’Auteur
demande audience entretient des prétentions à
l’universalité.
Comment cette radicale singularité
qu’est le sujet bergeronien peut-elle bien se
trouver dans un rapport sensé avec la forme
universelle d’une culture?
Au lieu de faire appel à des facteurs
culturels dans la constitution du sujet, c’est-à-dire
au lieu de reconnaître un fond culturel dans la
formation de sa propre subjectivité singulière,
l’Auteur s’efforce de ramener le sujet à une
essence, à une nature.
Il préfère la réduction à un universel
de nature, étant donné le caractère critiquable
de tout ce qui est culturel.
Il lui faut une assise humaine qui soit antérieure
à toute culture et il voudrait nous faire saisir
cette nature humaine dans son anthropologie.
Je crains que cela soit impossible.
C’est le mirage d’un état de nature
cher à des penseurs comme Rousseau.
Je me méfie du vicaire savoyard qui se réfère
a une « lumière naturelle » au fond
de l’âme, lumière dans laquelle se révélerait
une identité première, une innocence originelle
avant la corruption que lui fait subir « les
règles falsifiées du jeu social », pour
reprendre une expression de l’Auteur.
Je comprends bien qu’il faille dire non
« aux façons de faire et de vivre proposées
et imposées par la philosophie ambiante et les stéréotypes
culturels, par la publicité et la mode, par les
convenances sociopolitiques et les impératifs du
principe économique (243) », mais comment
croire que ce déblaiement et cette purification
va enfin nous ramener à un fondement qui soit « la
dimension ultime
et insaisissable, la qualité essentielle et spécifique
de l’homo en tant qu’essence et nature
(85) »?
On voudrait tellement être d’accord et
on y arrive si bien quand l’Auteur déroule son
discours anthropologique sur le mode d’une phénoménologie,
mais il faut bien déchanter quand cela se mue en
ontologie. L’Auteur
détruit de sa main métaphysique ce qu’il
construit de sa main existentielle.
Nous sommes beaucoup plus culturellement
construits qu’il ne le pense et même lorsque
nous voudrions nous persuader que nous touchons le
fond de notre ineffable et intime subjectivité
spirituelle, nous sommes encore loin et de
l’esprit et de la nature en soi.
Certes y a-t-il des conditions naturelles
qui sont nécessaires à l’émergence du sujet
humain, mais cette émergence consiste justement
dans une nouvelle synthèse qui enveloppe ses
conditions naturelles pour les dépasser dans
l’existence proprement humaine.
Ce qui est proprement humain n’est plus
proprement naturel.
Notamment, le discernement entre
l’authentique et l’inauthentique, dans lequel
l’Auteur est expert, ne relève pas d’une
« lumière naturelle » qui serait opérante
indépendamment de toute culture particulière.
Le degré zéro de la culture est aussi le
degré zéro de l’humain.
L’exercice du discernement est de soi déjà
un état de culture. La nature n’exerce pas de discernement.
Heureusement pour son lecteur, Richard Bergeron
manifeste qu’il est une personne éminemment
cultivée, car s’il écrivait à partir de sa
seule nature, ce qui est une hypothèse
auto-destructive, nous n’aurions aucune des
bonnes, et belles, et parfois magnifiques pages
qu’il nous donne.
Il combat une culture par une autre
culture. Le
monde humain, celui de l’existence effective,
celui où nous pensons, sentons, imaginons et
voulons, celui où nous désirons et nous nous
projetons dans l’avenir, celui où nous héritons
d’une histoire et d’une culture, est un monde
de phénomènes et non de choses en soi, un monde
de conventions et non d’évidences naturelles.
Certes y a-t-il, dans ce monde, dans
l’exercice de la pensée, une tension
intellectuelle vers des conventions
universalisables, mais la poussée vers
l’universel n’obtient que des succès mitigés,
révisables, et liés au devenir
historique. Que
l’on songe seulement aux révisions périodiques
des théories scientifiques qui doivent changer
pour s’accorder aux conventions nouvelles.
Ce qui serait impossible si les théories
étaient d’emblée une connaissance de la nature
en soi.
L’Auteur
présente son choix de convention, à savoir le
sujet spirituel, et il y a lieu de penser que ce
paradigme peut remporter les suffrages d’un
grand nombre de personnes de diverses cultures.
On se trouve, avec ce paradigme, sur un
vecteur contemporain d’universalisation qui est
prometteur, mais cela ne signifie pas que l’on
soit parvenue à la limite de sa culture particulière
et à la découverte de l’universel en soi enfin
dévoilé. Ce
serait vraiment trop hâtif.
L’humain dont Richard Bergeron
trace le portrait est une représentation défendable,
un paradigme pertinent pour notre temps, pour
notre situation historique, mais ce n’est pas la
révélation d’une « nature humaine ». Cet humain dont on fait la promotion est encore une réalité
labile, contingente, marqué par la finitude, déterminée
par l’histoire, mais, oui, c’est une manière
d’être à notre portée, et nous pouvons
prendre appui sur cet état, si précaire qu’il
soit, pour nous projeter dans l’avenir vers
l’objet de notre espérance, là où se trouve
notre véritable identité encore inconnue de
nous. « Ce que nous serons n’a pas encore
été manifesté (1 Jean 3, 2). »
***
Comment
expliquer cette fixation sur une humanité-nature? Sous toute réserve, il me semble que l’Auteur soit
passé d’une anthropologie néo-scolastique,
d’inspiration thomiste et aristotélicienne, à une anthropologie qu’on
pourrait qualifier de phénoménologique, sans intégrer
le tournant nominaliste, à l’aube des temps
modernes et sans se préoccuper non plus de la
critique kantienne de la métaphysique.
Ainsi, j’ai l’impression que se côtoient
un souci de penser l’existence, d’une part, et
un reste de conceptualisme réaliste d’autre
part. Quand
vient le moment de présenter l’humanum,
arrive le concept qui encapsule le phénomène
humain et nous le propose comme essence et nature.
Ce concept ne fonctionne pas comme sujet logique
d’attribution, mais comme connaissance de la
substance, et même de la substance en son
existence même.
Malheureusement, je ne peux suivre l’Auteur
sur ce terrain.
Je comprends que l’Auteur veuille éviter
le « je » idéaliste moderne, isolé
dans une pure intellectualité abstraite, et cela
au nom d’un « je » holistique, seul
réel, mais d’un autre côté il fait confiance
à la représentation conceptuelle de ce sujet
comme étant une connaissance de l’être de ce
sujet. Je
peux circuler dans ce livre avec aisance et
acquiescement s’il s’agit d’une phénoménologie
de l’existence humaine, mais je trouve infondée
l’attribution d’une portée ontologique à
cette anthropologie.
***
Aucun
intervenant dans un débat n’est le maître de
ce que devient la sémantique dans l’usage
d’aujourd’hui, mais chacun peut défendre un
point de vue avec des arguments qui ne soient pas
uniquement des impressions subjectives.
Cela me gêne beaucoup qu’on appelle
« spiritualité » un mode
d’existence que chacun peut éprouver s’il se
donne la peine de suivre ce que propose
l’Auteur. Pourquoi
persister dans cet usage après avoir admis
qu’il « y a crise sémantique en la
demeure (32) »? Une entreprise d’autojustisfication
et d’autopromotion humaine peut-elle s’appeler
une « spiritualité »?
Peut-on s’installer dans un état de
« spiritualité » à volonté par un
simple travail de soi sur soi?
Dans mon vocabulaire, qui s’est fixé, il
est vrai, bien avant que le mot de spiritualité
soit à la mode, la spiritualité était quelque
chose que l’on demandait dans ses prières.
Veni Creator Spiritus!
C’était un objet
d’aspiration.
C’était le don gratuit du Saint-Esprit,
l’Esprit de Jésus et de son Père, dans la
mouvance duquel le disciple demandait d’accéder.
Cette spiritualité-là découle de la
nouvelle naissance dont parle l’entretien de Jésus
et de Nicodème, alors que, il me semble,
l’accession à la spiritualité bergeronienne
n’est pas du tout une nouvelle naissance.
Elle est un effort d’authenticité
et une prise de conscience d’une posture
existentielle depuis toujours possible, souvent
certes négligée ou même oubliée, ou encore
occultée, mais
renouvelable et revalidée par choix.
Cela ne fait pas entrer dans une sphère de
réalité nouvelle, puisque tous les ingrédients
sont trouvables dans l’immanence humaine.
C’est de la réappropriation plutôt que
de la renaissance.
La vie spirituelle, au contraire, intègre
des éléments qui ne sont pas d’origine
humaine. Cette
vie-là change l’homme d’une façon telle
qu’on peut parler de nouvelle naissance.
Ce sens plénier de la spiritualité occupe
toute l’aire sémantique et le mot devient protéiforme,
indéfini et fade si on en rabat le sens dans
l’immanence humaine.
Il
y a malentendu si « l’homme lui-même
… est à la fois le sujet et le fondement de la
spiritualité (61) ».
Entre soi et soi, Richard Bergeron est
accueillant pour tout ce qu’il pense nécessaire
pour « achever en soi l’humain intégral (100)
». On
se trouve-là dans un modèle d’adéquation.
On postule une adéquation finale à ce que
l’on doit être et cette idée finale pratique
est dans le soi l’horizon dans lequel
apparaissent les valeurs. Méritent d’être appelées « valeurs », les
projets, les buts, les fins particulières qui
s’intègrent dans cet horizon de valorisation,
s’y unifient et composent la synthèse de l’auto-réalisation.
La spiritualité bergeronienne semble
consister dans la tension et le mouvement entre le
soi originel et le soi final, toutes ces
dimensions étant par ailleurs déclarées
purement humaines. Je me demande si on peut être
aussi certain que l’on n’a affaire qu’à
l’humain dans cette spiritualité.
Résumons :
on nous dévoile un sujet jusqu’à sa nature et
son essence; ce sujet est doué d’une faculté
de valorisation qui le guide dans une auto-réalisation
ou achèvement de soi; cette structure à la fois
essentielle et pratique est le fondement d’une
critique capable de dire non « aux façons
de faire et de vivre proposées et imposées par
la philosophie ambiante et les stéréotypes
culturels, par la publicité et la mode, par les
convenances sociopolitiques et les impératifs du
principe économique (243) ». Me voilà sur la défensive!
Je crains de me faire attraper par une espèce
de piétisme rousseauiste axé sur le mirage
d’une lumière naturelle au fond de ma
subjectivité, lumière dans laquelle se révélerait
mon « essence » dans son innocence
originelle avant la corruption que lui aurait fait
subir « les règles falsifiées du jeu
social ».
Si notre « péché originel »
ne consiste que dans cette perversion, pour ainsi
dire culturelle et sociale, je comprends qu’on
puisse soi-même s’en dégager et envisager une
espèce de rédemption de l’homme par l’homme.
***
L’anthropologie de Richard Bergeron n’est pas une
théorie construite par le seul travail discursif. Elle est plutôt une décantation réflexive d’une
existence qui a précédée l’effort discursif.
Le livre rend témoignage à une identité,
certes non achevée, mais déjà assez consistante
pour fournir les éléments de base d’une
proposition humaniste unifiée.
L’Auteur n’insiste pas sur la chose,
mais, à mon avis, il pratique une analyse réflexive
parce qu’il s’est d’abord soucié d’être
avant de se mettre à nous écrire.
Cela lui permet ensuite de pratiquer un éclectisme
accueillant, car il dispose d’une identité déjà
assez forte et décisive pour soupeser quels éléments
culturels venus d’ailleurs sont assimilables par
la synthèse vivante sur laquelle il réfléchit.
La méthode n’est donc pas purement réflexive.
Elle se prolonge en prospection
exploratrice, mais toujours à partir de ce noyau
existentiel qui est la personne de l’Auteur.
Dans
sa prospection,
il prend soin de préserver l’indépendance de
son anthropologie par rapport à l’orthodoxie
dogmatique de son catholicisme d’origine.
Mais il ne veut pas non plus fermer
l’ouverture à un dépassement comme celui
d’une foi explicite.
Voici comment je comprends cette démarche.
Il ne veut pas que son lecteur se fasse
recruter par le pouvoir ecclésiastique qui détruira
sa liberté en lui serinant que sa foi est
authentique seulement si elle est pour ainsi dire
le produit de la doctrine abstraite de son magistère.
Il pense, au contraire, que la foi ne
s’adresse pas à des propositions doctrinales et
qu’elle dérive, du côté humain, d’une expérience
authentique de ce que c’est que d’être homme,
(cet humanum proposé par son
anthropologie), et, du côté divin, d’une
interpellation de la Parole de Dieu venue jusqu’à
nous par Jésus.
Ce dépassement de soi dans une rencontre
avec Jésus est un couronnement auquel il tient
personnellement, mais qui n’est pas un élément
essentiel à son anthropologie qui opère un
« renversement de perspectives » et
« accorde un primat à l’humain », comme
le demande la pensée moderne.
Ce renversement définit une « approche
nettement anthropologique » qui se démarque
d’une conception (qualifiée de traditionnelle)
qui fait tout descendre de Dieu vers l’homme.
Son livre privilégie ce mouvement humain
ascendant sans prétendre le rendre exclusif de
l’autre mouvement de haut en bas.
Un auteur a bien le droit de délimiter son
objet et de nous en avertir, mais je suis heurté
par le fait que l’adhérent à cette
anthropologie ouverte, mais encore purement
humaine, est déjà qualifié de « religieux ».
Pour moi, il n y a rien de religieux avant que le
sujet, par un acte de foi, s’ouvre à une
anthropologie descendante (incarnation) qui se
coule dans le mouvement ascendant, le rattrape et
l’accroche à son fondement transcendant.
C’est désormais d’en haut que le
croyant attend le jugement décisif qui lui dira
qui il est en le faisant être ce qu’il dit. « Voici : je crée toutes choses nouvelles (Apoc
21, 5) ».
Voilà ce qui mérite de s’appeler
religion. Quant
au jet ascendant de l’aspiration humaine, il ne
peut à lui seul que retomber sur lui-même, comme
le jet d’une fontaine qui s’écrase dans la
vasque. Celui
qu’anime une foi religieuse se lasse de mijoter
dans ce jus humain trop humain.
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